Un brin de soleil pénètre dans mon logis très tôt le matin pour une heure environ. Une chaise légère et aérée m'accueille à la fenêtre qui me sourit légèrement. Il manque cruellement de soleil ces temps-ci. Il paraît que la santé mentale des milléniaux est plus précaire que celle de la génération qui les a précédés. Cela est dû en grande partie par trop d'écrans. Dans un reportage cette semaine à la Réunion, des naturalistes disent qu'un grand nombre de tortues meurent chaque année pour avoir avaler ou s'être pris dans du plastique. Et le nombre ne fait que croître sans que personne ne remettre en question la production de plastique à travers le monde. Il n'y a pas que les tortues qui se font prendre au piège. Des centaines d'espèces animales disparaissent ainsi chaque année. Nous ne sommes pas faits pour vivre à ce rythme effréné. C'est pourquoi nos corps réagissent par l'anxiété, l'épuisement et la maladie. Nous sommes faits pour la lenteur, le lien, la bienveillance, la nature, le rire et la pleine conscience. C'est là que nous avons notre place. C'est là que nous pouvons revenir. Et pourtant, aucun signe de ralentissement n'apparaît. Le monde est absurde car les humains qui y vivent sont absurdes. Leurs guerres sont absurdes car les hommes qui la font sont absurdes. En temps réel, nous avons les nouvelles du jour, pour ne pas dire de la minute, avec toutes sortes d'analystes et de spécialistes. En même temps, nous avons l'état des bourses qui est plus important que les gens qui meurent à chaque instant. N'est-ce pas là le symbole absolu de l'absurdité ? Et j'en passe. Tout m'angoisse, même l'idée de l'angoisse. Le lointain me fait du bien, il met mes angoisses pour quelque temps à distance. Quel calme ressenti lorsque l'égo se retire lorsque je suis au milieu de nulle part à regarder les étoiles. C'est parfois lorsque je suis le plus loin de moi que je suis le plus près. Je n'ai rien trouvé d'aussi émouvant que de dormir au milieu de nulle part en pleine nature ou dans un village isolé dans mon modeste campeur. C'est à ce moment que j'ai l'impression de ne faire qu'un avec l'univers. Mais cette impression ne dure pas pour l'éternité. L'idée de sécurité est un concept à la fois réel et abstrait. Abstrait, car les peurs qui m'habitent n'ont, bien souvent, rien à voir avec les dangers réels. Le plus grand danger qui me guette est de croire sans remettre en question mes pensées qui me traversent. Le plus grand danger est de m'identifier à mes pensées. Que sont mes peines face à la voie lactée ? Cela ne les annule pas mais les rend plus supportables. C'est pour ça que je possède cette petite boîte de tôle sur quatre roues. Sans cela, je ne pourrais pas trouver l'apaisement nécessaire pour vivre et survivre. Ce qui m'apaise surtout, c'est de faire l'expérience de l'unité qui consiste à faire un avec l'univers. Entre mes quatres murs, je me sens cloisonné et fractionné. J'ai besoin du sentiment d'appartenance à l'universel. L'expérience de l'action et de la contemplation devient essentielle. Voyager en campeur me transforme littéralement en me plongeant dans un monde que je ne soupçonnais pas. C'est pour ça ces temps-ci que j'éprouve davantage de difficultés à me concentrer pour lire et écrire. C'est qu'en réalité, l'appel des grands espaces et de l'inconnu se fait sentir très fort en ce moment. L'attente devient lourde. En moi, il y a une énergie refoulée profonde au point de ressentir certains malaises reliés à l'anxiété et à la perte de sens. L'éclat du chaud soleil me manque pour me donner le combustible nécessaire à ma vitalité. Mon hibernation n'a plus que duré. La lumière et la chaleur du soleil me guideront vers l'espoir. Avez-vous déjà remarqué que la légèreté dans le monde est souvent associé à la chaleur du soleil. Je rêve que bientôt, je ferai partie à nouveau d'un tout, m'imprégnant de beautés intenses et de joies retrouvées. Quand donc suis-je plus vrai que lorsque je suis le monde, disait Camus ? Ce n'est plus d'être heureux que je souhaite maintenant, mais d'être conscient. L'absurde chez Camus est une mystique du silence et de l'immanence. Tout cela avant passera inévitablement sur une politique de la révolte et une éthique de l'amour. Il n'y a plus de dogme, d'acte de foi ou de philosophie, mais seulement des expériences qui font le réel travail. Il y a tant de projections narcissiques et de peurs. Vous est-il déjà arrivé de ressentir une scission entre le moi et le monde extérieur ? Jamais je n'avais ressenti ce sentiment aussi fort que maintenant. La différence entre hier et aujourd'hui, c'est que j'étais davantage intégré et fusionné à la nature. Vous est-il déjà arrivé de ressentir que vous étiez projeté hors du monde ? Dans mon cas, j'ai souvent ressenti que je n'avais jamais été projeté hors du monde pour la simple raison que j'ai toujours cru ne pas en faire partie. Bien entendu, cette affirmation n'est qu'une fausse croyance, étant aussi réelle qu'erronée. Je livre ici beaucoup de secrets et de confidences. Qui devraient-ils s'en vexer ? À constater le peu de commentaires de mes écrits, je prends de plus en plus conscience que le blogue n'est que l'écho de ma propre voix, de mon propre esprit, dans une mer d'indifférence et de solitude. Je sais. Vous n'avez pas besoin de préciser ou de vous justifiez que vous êtes occupé à d'autres choses ou à vous-mêmes.
2 mai |
Le caractère exponentiel du développement du capitalisme produit de la ruine. Ça ne paraît pas toujours à vue d'œil, mais se sont toujours des ruines parce qu'on a tout construit par-dessus ce qui existe déjà. À Québec, jadis, existaient d'innombrables petits ruisseaux qui serpentaient du piedmont des Laurentides jusqu'au fleuve Saint Laurent. La plupart de ces cours d'eau ont été enfouis sous le macadam de la cité dans une multitude de canalisations. En plein cœur de Manhattan, où je suis allé l'été dernier, il y avait à un carrefour un étang où coulait une petite ruisseau. Jadis, c'était le centre névralgique de New Amsterdam, la première colonie européenne à s'installer avant qu'elle change de nom pour New York. Plus rien ne ressemble à cette ancienne colonie où des terres étaient cultivées sous de grands arbres près de l'étang, communément appelé Collect Pond. C'était l'étang historique le plus important du sud de Manhattan au XVIIe et XVIIIe siècle, situé près de l'actuelle Foley Square. Source d'eau douce cruciale, elle a été polluée et comblée vers 1810 en raison de problèmes sanitaires, et remplacée par le quartier résidentiel de Five Points, puis par des infrastructures urbaines. Cette histoire particulière est très intéressante, surtout si on aime l'histoire. J'aime revoir en images et en histoires ces lieux qui, jadis, n'étaient vraisemblablement pas les mêmes. Bien avant que les européens habitaient les lieux, les amérindiens vivaient là depuis des milliers d'années. Qu'est-ce que la spiritualité ? C'est la vie de l'esprit. Mais qu'est-ce qu'un esprit? Une chose qui pense, répondait Descartes. L'esprit est une chose qui doute, qui conçoit, qui s'affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine et qui sent. L'esprit aussi est bien plus que ça. L'esprit n'est pas une substance; c'est une fonction, une force, c'est un acte, nous raconte André Comte-Sponville. Être matérialiste, au sens philosophique du terme, c'est nier l'indépendance ontologique de l'esprit. Le terme ontologique qualifie ce qui se rapporte à l'ontologie, branche de la philosophie étudiant l'être, l'existence et la nature de la réalité en soi. Il y a plus que la conscience, il y a plus que la vérité. La méditation, disait Krishnamurti, est le silence de la pensée. C'est se libérer du connu, pour accéder au réel. Toutes nos explications et nos concepts ne sont que des mots. Il n'est pas question d'y renoncer ; écrirais-je un journal autrement ? J'aime m'imaginer des lieux qui ne soient pas souillés par les hommes. J'aime aussi les lieux qui ne possèdent pas une multitude de sédiments qui recouvrent chacune des générations qui ont vécues sur une terre. La plupart des anciens bâtiments importants que composent une cité ont été construits sur les emplacements des peuples conquis. Il en est ainsi des lieux de cultes qui accumulent diverses couches de communautés soumises par ceux qu'on nomme les conquérants. Aujourd'hui, ces valeureux conquérants s'appellent les promoteurs, envers qui nous prêtons toute notre attention et notre respect pour la simple raison qu'ils ont du pouvoir. La vie me réserve son lot de surprises au quotidien. Aujourd'hui, j'ai trouvé une belle étoile de rotin que j'ai conservé comme porte-bonheur. C'est pas à tous les jours qu'on met la main sur sa bonne étoile. Depuis toujours, j'ai une large collection de petits portes-bonheur. Je crois que le mot porte-chance serait davantage adapté à ces petits objets vibrants de sens et de chance dans la tête des gens qui les possèdent. Je porte beaucoup attention à tous ces signes, et plus encore. Je crois inexorablement à la chance, au destin et au hasard. À défaut d'espérer, j'agis. J'ai tellement trouvé toutes sortes de choses dans mon existence que je m'en étonne encore. Parfois je me demande si les gens regardent en marchant. Le talisman est cette forme de porte- bonheur. L'œil grec est l'un des plus anciens talismans, qui prend son origine dans l'Égypte ancienne. Il ornait les navires pour apporter la chance aux marins devant les dangers de la mer qui les guettaient à chaque traversée. Il protégeait du mauvais oeil. Les porte-bonheur peuvent être aussi bien une amie ou une fleur. Il est intéressant d'énumérer les talismans qui nous protègent dans son environnement. J'ai, depuis aussi loin que je me souvienne, eu des gens qui m'ont apporté de la chance. Il y a toujours eu une personne qui est apparue au moment le plus opportun. Ces bonnes gens se sont relayées au fil de mon existence, telle une longue chaîne humaine qui fraye son chemin le long de la rivière jusqu'à sa source. Le symbole est fort. La vie l'est tout autant. Oui, j'ai eu de la chance, je l'admet. Je suis reconnaissant envers la vie. Malgré l'adversité, une grande part de moi à toujours été libre. Libre de plusieurs choses, mais enchaîné sur plusieurs prismes de ma pensée. J'ai une curieuse appréhension à propos du temps qui arrange les choses. Laissez-moi y réfléchir; je vous y reviendrai demain.

1er mai |
Ici, l'objet de la consommation devient le pur indice de la culture. La culture de notre société équivaut aux produits de consommation que nous utilisons à grand usage. J'ai parfois l'impression de ne rien créer, mais simplement de copier. Avez-vous l'impression que le monde d'aujourd'hui n'est qu'une grande reproduction du déjà-vu ? L'intelligence artificielle n'est-elle pas le fruit d'une reproduction à grande échelle qui ne fait que copier ce qui a déjà été vu ou entendu ? Sa différence réside dans la vitesse à laquelle elle peut faire des opérations, ce qui est nettement nouveau à l'heure actuelle. En réalité, elle ne crée rien de nouveau à part que de faire des calculs. Il lui manque l'intelligence émotionnelle pour pouvoir créer. Les gens d'aujourd'hui sont devenus des tièdes si on les compare à ceux d'hier. Je pourrai plus longtemps vous parler de la tiédeur en recevant sous peu le livre de Philippe Garnier qui parle de ce sujet. Pierre Nepveu appelle la dévastation programmée et l'effacement tranquille des lieux qui forment nos vies. Serait-ce parce que nous changeons qu'on devient si indifférent ou bien c'est l'indifférence qui nous transforme ? À force de regarder les trains passer, perdons-nous la force de vouloir changer quoi que ce soit qui sortent de nos écrans et de notre torpeur. Est-il possible que nous ayons perdu tout espoir de transformer le monde ? Serait-il possible que nous ayons déjà amorcé la décroissance par notre indifférence et notre désespoir ? Et si la vie, telle que nous la connaissons, n'était qu'un ensemble de cycles qui se répètent sans cesse ? La différence aujourd'hui, c'est que les cycles de la nature se trouvent fortement perturbés par notre pouvoir de destruction quintuplé par les moyens dont nous disposons. La démolition célèbre le culte de la nouveauté sans cesse car nous ne savons jamais nous satisfaire. De ces faits, nous ne cessons d'évoquer le progrès comme alibi. Notre cupidité se cache derrière l'idée du progrès. Marie-Hélène Voyer dit qu'on s'évertue à démolir ce vaste presque-pays depuis des décennies pour bâtir du vide, joyeusement tourné vers l'avenir. Aucunes grandes bannières commerciales ne manquent au Nouveau-Monde que nous avons choisi de construire et qui dessine un paysage de partout et de nulle part à la fois. C'est comme ça que le Québec s'est construit depuis des décennies et qui continuera de s'effacer dans la médiocrité pour longtemps encore. On dira qu'il y a des quartiers où c'est différent avec des boutiques locales et personnalisées. Toute cette panoplie de petits commerces au cœur des villes illustre bien les divisions de classes qu'ils exercent par les prix exorbitants qu'affichent l'ensemble des produits offerts. Et pendant tout ce temps, la plupart de nos ressources partent pour l'étranger, garnir les coffres des multinationales qui nous revendront ensuite au quadruple les produits transformés. À titre d'exemple, mon père avait de magnifiques bibliothèques en érable avec des panneaux de verre rétractables. C'était ce qu'il y avait de plus beau chez moi lorsque j'étais enfant. À son décès, ma mère a déposé toutes les bibliothèques et les livres à l'intérieur à la poubelle sur le bord de la rue. Depuis, la seule bibliothèque que je possède est en mélamine. Les promoteurs d'aujourd'hui ne sont que des pilleurs d'héritage. Il y a tellement de patrimoine enfoui sous le bitume que j'ai quasiment envie de pleurer. Comment arrive-t-on à liquider de cette façon l'héritage que nous a légué les générations qui nous ont précédés ? Cela démontre le peu de respect que nous avons envers ceux qui nous ont mis au monde. Au-delà des budgets souvent faméliques des petites et moyennes villes de la province, il est ardu de départager ce qui relève de la mauvaise foi, de l'ignorance ou de l'arbitraire dans ces motifs tortueux qui guident les décisions de nos élus en matière de sauvegarde du patrimoine. C'est de même car c'est de même, diront certains des plus ignares d'entre eux.
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