Cyclotourisme Île du Prince Édouard

Bienvenue sur mon blogue personnel. Ce journal intimiste dans ses récits et propos exprime un désir de dépassement et d'authenticité.

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18 juillet |Naufrage Harbour, East Side, Île du Prince Édouard 

Jour de pluie, je ne bouge pas. Bien installé sur le quai de Naufrage Harbour, je lis et me repose pour la journée de vélo sur East Point demain. C'est vraiment un beau spot ici, mon flair est impétueux. De ce côté de l'île, à East Side, j'ai droit au lever du soleil, alors qu'à West Side, ce sont les couchers de soleil qui s'invitent. Hier soir, un pêcheur du nom de Bob est venu lancer sa ligne à côté de moi, restant tard dans la nuit. Il est guetteur de bateaux avec son petit chien, genre idiot du village. À Québec, ils sont plus nombreux. Le réseau est quasi inexistant à Naufrage Harbour, cela m'oblige à lire davantage, quoique j'en aie moins envie en voyage. J'ai la plage longue de deux kilomètres aujourd'hui pour moi seul. La vie est douce dans les Maritimes, les gens sont simples et accueillants. J'ai mis quelques accessoires dans la van pour plus de confort. Lorsque le vent tombe, les maringouins me guettent à la moindre défaillance. Je passe du bon temps, comme il y a deux ans en Nouvelle-Écosse, que j'ai adoré malgré le fait de n'avoir pas fait de vélo. Les eaux du golfe sont beaucoup plus chaudes que sur la côte atlantique néo-écossaise et les vagues quasi-inexistantes. J'aimerais bien aller à Terre-Neuve un jour, mais c'est trop coûteux pour le vélo. Si je n'ai pas la possibilité de faire du cyclotourisme dans mes voyages en van, je vais m'ennuyer, c'est assuré. Il y a deux ans, j'ai fait la côte acadienne du Nouveau-Brunswick. Je n'ai pas aimé ça. La Gaspésie, je n'y vais plus aussi, la route 132 est la seule voie praticable avec trop de circulation et de vitesse. La plus belle partie de la Nouvelle-Écosse, selon moi, se situe entre Halifax et Yarmouth, ce qui représente environ 250 kilomètres de pure merveille. La Nouvelle-Écosse est assurément la meilleure destination des Maritimes pour sa beauté et sa diversité, avec Terre-Neuve pour sa nature sauvage et rugueuse et sa population accueillante. Dans le passé, je suis allé à maintes reprises dans les îles des Caraïbes, mais maintenant, je n'ai plus aucune envie d'y retourner, ayant tout ce qu'il faut en Amérique du Nord. J'ai fait l'Ouest canadien et américain en vanlife, je n'ai plus le goût d'y retourner pour la simple raison que le cyclotourisme n'est pas adéquat dans ces régions et que les distances à parcourir sont trop grandes. L'un de mes meilleurs voyages en vanlife fut sans contredit le cyclotourisme le long de la chaîne Appalachienne des États-Unis et en Nouvelle-Angleterre. Depuis 2020 que je bourlingue ici et là en Amérique du Nord avec Béa, ma van fidèle. Je commence à prendre mon rythme et à distinguer mes intérêts.

17 juillet | Naufrage Harbour, East Side, Île du Prince Édouard

Ce matin je pars en van vers Summerside, Kensington pour ensuite bifurquer vers Cabot Beach Provincial Park à Malpeque Bay. J'y prends une douche, Béa aussi. Il y a vingt ans j'avais camper ici avec un groupe de cyclistes. C'est étonnant comment notre vision des lieux après autant de temps se transforme. Ensuite je file pour la section la plus inintéressante de l'île pour moi, Cavendish. Il est vrai que Prince Edward Island National Park est très beau mais je ne vais plus dans les parcs nationaux, exceptions à la règle pour quelques-uns qu'il me reste à voir aux États-Unis. De toute façon j'y suis déjà aller et je préfère les parcs provinciaux car ils sont plus conviviaux. Les villages sur les cartes n'ont parfois qu'une dizaine de maisons sans aucun commerces. Une fois dépassé ce secteur très touristique je file vers East Side Island quittant le centre de l'île. Il y a beaucoup moins de circulation, c'est beaucoup mieux. Cavendish est réputé pour ses plages et les familles de Charlottetown, la capitale aiment bien y passé quelques jours. Je m'installe tout au bout du quai à Naufrage Harbour. Ce sera un bon point de départ pour ma prochaine randonnée à vélo. Toutefois on prédit de bonnes averses demain jeudi ce qui chassera cette foutue canicule qui me poursuit depuis une semaine. J'attendrai ici, j'y jette l'encre. J'ai une vue panoramique sur la mer et les plages environnantes et de plus il y a une douche sur la plage. L'ambiance de ce côté de l'île est différente avec davantage de rosiers et la mer prends son large de ce côté.


16 juillet | Miminegash Harbour, West Side, North Cape, Île du Prince Édouard

J'ai dormi comme un bébé, la porte ouverte avec les moustiquaires. Le vent soufflait un vent frais. Aujourd'hui, je me repose en profitant de ce lieu hors du temps. Des pêcheurs de plusieurs générations vivent et travaillent ici à Miminegash Harbour. Je marche sur la plage des kilomètres, deux ou trois baigneurs sont présents et heureux de l'être, sauf une ontarienne avec son neveu et son père qui s'ennuie des magasins de la banlieue de Toronto. Elle verrait ça différent si elle faisait du vélo. Je discute avec grands nombres de pêcheurs, tous me saluent cordialement. Il n'y a qu'un seul commerce au village qui sert de restaurant, de station-service et de dépanneur. Pour ma première semaine de voyage, je me paie une assiette de pétoncles, trop de friture à mon goût. Tout se déroule à merveille. La différence entre les États-Unis et les Maritimes, c'est qu'ici, je suis chez moi et que la francophonie est respectée et représentée. Toutes les informations routières et touristiques sont bilingues. Les seuls animaux sur l'île, à part les oiseaux, sont les renards. Je ne crois pas que j'aurais le courage de rester à Québec les mois de juillet à octobre. Dans ma ville natale, les contacts sont creux. Les voisins de mon immeuble d'où j'habite depuis trente ans ne savent rien de moi et ne veulent rien savoir, comme la plupart des gens de la ville. Il y a trop de monde, trop d'indifférence, trop d'automobiles, trop de béton. Si j'avais du courage je partirais mais pour aller où? Après ces séjours dans les régions reculées et rurales, je serai heureux de revenir quelque temps à la maison pour me poser et faire le lavage. Idéalement, je serais content d'avoir une compagne de route, mais la vie est trop courte pour attendre sur mon canapé ou sur internet. Cela ne m'empêche pas de rêver, comme je le fais intensément ici dans ce coin de paradis marin. Je passerai une seconde nuit sur le quai dans cette délicieuse ambiance maritime que m'offre Miminegash Harbour, le point fort de cette première étape à l'Île du Prince Édouard. C'est évident que je ne vois de ces lieux qu'un aspect superfiel des choses car je passe rapidement et que je n'y vis pas. Il est peut-être mieux de passer comme le vent ou les étoiles filantes et ne m'attacher à rien.


Je viens de m'apercevoir que la dépense énergétique de mes appareils est plus grande que la recharge. Je croyais que mon chargeur lent aurait rechargé les batteries auxiliaires sur une prise électrique au port. Malheureusement, il n'est pas assez puissant. Je me dirige à la première maison venue du village, demandant à un chic type du nom de Peter assis sur sa galerie s'il a un puissant chargeur. Il sort rapidement l'engin et sa femme en attendant m'offre des muffins en discutant dans le confort de leur maison. Peter habite la maison familiale sur Sesame Street, car on y a tourné jadis un épisode de cette populaire émission. Je repars ensuite m'installer au quai sous une légère pluie. Demain matin, en passant à Summerside, je tenterai de faire inspecter le système qui relie les panneaux solaires aux batteries auxiliaires et possiblement de me procurer un nouveau chargeur de dix à douze ampères pour éviter de vider complètement les batteries, ce qui est dommageable pour elles. À première vue il me semble que ce soit une trop grande consommation du petit ventilateur branché sur un ondulateur qui est la cause. L'humidité très élevée a fait en sorte que la chaleur devenait intolérable dans le véhicule.


15 juillet | Miminegash Harbour, West Side, North Cape, Île du Prince Édouard 

Il fait beaucoup plus chaud dans les grands champs à perte de vue, mais pas à l'extrémité de North Cape. Il n'y a pas d'ombre et d'arbres pour s'abriter du soleil à vélo. Ma randonnée s'effectue au départ du port de Miminegash sur West Side de North Cape. Je roule 83 kilomètres en boucle dans une relative fraîcheur dans un temps légèrement couvert. La première moitié est fort agréable sur West Side, la plus belle partie, et surtout avec le vent dans le dos. Jusqu'au centre d'interprétation tout au bout de l'île c'est vraiment bien mais l'autre moitié ne me plaît pas à cause du trafic, du vent de face et de la route moins distrayante. Au centre d'interprétation, on m'offre un ruban pour être venu ici au bout de l'île. Au passage sur la pointe Est plus tard, je recevrai un second ruban et on me fera parvenir par la poste un certificat. Je termine la randonnée par une baignade rafraîchissante à Miminegash. La plage s'étiole à perte de vue du village qui est un typique port de pêche. Pas de touristes de ce côté, de même qu'à North Cape. La route 2 est l'épine dorsale de l'île, c'est là qu'on retrouve les commerces. Sur le littoral, il n'y a rien. Par chance, j'ai toujours des réserves de nourriture avec moi. La pêche est déclassée comme activité principale de l'île par les festivals des tondeuses. Les habitants de l'île sont les islanders. Les anglophones appellent les francophones Évangélines. Le drapeau acadien est représenté par le rouge, les souffrances du peuple martyr, le blanc, l'innocence des mœurs que le peuple acadien doit s'efforcer de conserver, et le bleu, sa foi dans l'avenir et dans la survivance. L'étoile dorée témoigne à tous les peuples de la dévotion des Acadiens envers Marie. Je suis installé au quai. Tous les locaux viennent tourner en rond avec leurs voitures sur le quai qui mène aussi aux plages. Ce genre d'endroit me va bien pouvant converser avec les gens de la place, les touristes en général m'attirant guère. Je suis fier d'avoir relevé mon premier défi de rouler en trois jours 280 kilomètres dans ma première étape du voyage. Je tente de pêcher au quai, les prises sont nulles, possiblement le lieu car aucun autres pêcheurs ne sont présents. Peut importe, ces bords de mer authentiques me vont bien. Comment pourrais-je faire pour trouver du plaisir devant les visages ternes de Québec après ce passage dans les Maritimes ? Mon pied à terre en ville me sert de dortoir en attendant de voir le vrai visage du monde. Le problème avec la ville que j'habite est que la population est trop grande pour que les gens s'épanouissent. En réalité c'est pas la ville qui a un problème mais plutôt moi qui n'est pas tout a fait à la bonne place. Quoiqu'il en soit ma van a changé ma vie.


13-14 juillet | Presbyterian Pionner Cemetery, West Cape, Île du Prince Édouard

Le jardin du golfe est le nom donné à l'Île du Prince Édouard pour sa grande production agricole. Lorsque les premiers colons sont arrivés, ils ont vite constaté la richesse du sol. Ils ont défriché largement l'île. Aujourd'hui, l'immigration vient aider à l'agriculture, ce qui fait augmenter la population étrangère. Ce matin, je décide de partir à vélo de West Point, car lorsque j'aurai terminé mes 90 kilomètres à 39 d'humidex, je serai bien content de la plage et surtout des douches à Cedar Dunes Provincial Park. La température de l'eau est exquise, surtout avec la chaleur torride. Je suis parti pour une longue randonnée en boucle jusqu'à Albiron dans la baie Cascumpec. La première partie fut ma plus belle randonnée à vélo des Maritimes de West Point à Campbellton. Aucune circulation, le plaisir fut total avec la fraîcheur de la mer. Ensuite, la chaleur s'installe dans un ciel bleu mur à mur. Le vent est faible, j'ai très chaud, beaucoup plus qu'hier. J'ai compris pourquoi je ne vois personne à l'extérieur. Je demande à une dame à O'Leary de l'eau pour remplir mes gourdes, qu'elle me fait entrer à l'intérieur à l'air climatisé. Une charmante maison abrite un couple du Manitoba venu s'installer à l'île. Dans la salle de bain, je m'asperge d'eau froide le crâne avec le pommeau de douche. J'ai droit à de la glace dans mes bidons, on discute un peu. Tous les gens rencontrés sont d'une grande générosité et d'une grande bienveillance. Tous ceux rencontrés me saluent gentillement. La ville de Québec possède quatre fois plus d'habitants que toute la province de l'IPE. La plupart des gens de l'île ne m'envient pas pour avoir été au Québec à plusieurs reprises. Mon attache principale est non pas la culture, mais la langue, quoique cette dernière soit un trait de culture. Sans culture, la langue française perd de la vitesse. Vers 15 h 00, il fait très chaud. À mon arrivée, je plonge avec extase dans le golfe. Étant plutôt fatigué pour me trouver un spot pour la nuit, je décide de retourner à Presbyterian Pioneer Cemetery de West Cape. De grandes éoliennes indiquent qu'il vente fort de ce côté, c'est un choix judicieux. Vivement les deux ventilateurs en soirée pour me rafraîchir. La météo indique de grandes chaleurs jusqu'à jeudi. Je vais m'ajuster d'ici là. L'île du-Prince-Édouard est véritablement une belle destination pour le cyclotourisme, bon choix !


Au lever, je gonfle mes pneus de vélo à bloc. Je stationne tout près de mon campement de la veille à  côté d'un mémorial aux vétérans, j'ai combattu aussi, mais pas sur les mêmes champs de bataille. Il fait très chaud, le vent de la mer rafraîchit et rend supportable ma randonnée en boucle de 96 kilomètres. Je ne pourrais pas m'imaginer faire des voyages autrement qu'en cyclotourisme ponctués de pauses culturelles. Je mouline chez les Acadiens. Ils sont 5,000 répartis sur l'île. La population actuelle de l'île est 170,000 habitants. C'est la province La plus densément peuplée. La région traversée aujourd'hui représente la plus grande et belle communauté. Il y a beaucoup de magnifiques églises blanches en bois et des petits cimetières. Je roule en grande partie sur la route côtière, North Cape. Je m'arrête au retour du festival Bluegrass à Abram-Village. Les Acadiens sont très accueillants. Je passe une heure à écouter de la musique et à discuter avec eux. À  la radio il y a beaucoup de musique acadienne et autochtones qui est très belle soi-dit en passant. Je pourrais m'installé pour la nuit au festival mais j'opte pour la solitude du Presbyterian Pionner Cemetery de West Cape. J'aime mieux les terrains gazonnés que le sable. Je suis seul avec les morts, je ne serai pas dérangé et ça leur fera de la compagnie. Les épitaphes font écran entre la van et la mer. L'endroit est sublime avec le coucher du soleil. Je suis vraiment choyé pour mes spots, on a ce qu'on mérite il paraît. Beaucoup de gens me saluent à vélo me cédant le passage vonlontier. J'aime de très loin passer du temps chez les anglophones pour leur civisme, leur respect, leur calme, leur modération et j'en passe. Ceux qui ne sont pas d'accord avec ça sont dans le total déni ou complètement ignorant. La preuve est en contastant la population respective des deux protagonistes  en Amérique du Nord. Bien sûr il y a les peuples opprimés, par exemple les autochtones. Tant pis si mes propos vous choquent, ce sont mes plus humbles observations. Je ne suis ni chauvin ou nationaliste par manque de conviction évidente. Les maringouins sont omniprésents partout, les anti-moustiques sont obligatoire et les moustiquaires du campeur. Auparavant, je me suis arrêté à vélo au Green Provincial Park à Malpeque Bay pour prendre une douche froide gratuitement. Ça valait le détour avec une température humide à 35 degrés. Plus loin, je passe à West Point au Cedar Dunes Provincial Park. Je croyais y passer la nuit, mais je préfère les endroits isolés. Sur mon vélo, j'ai l'impression d'être un pionnier, comme le cowboy d'antan sur son cheval. Je pourrais traverser l'île en quelques jours en van, mais j'aurai l'impression de n'avoir rien vu. En roulant à vélo, les odeurs quasi tropicales m'aspergent délicieusement. Mes yeux se régalent de ce qui se présente à moi à chaque instant précieux que ce voyage me permet.

12 juillet | Arsenault Pond, Baie-Egmont, Île du Prince Édouard

Murray Beach Provincial Park est un très beau camping. La partie où je suis installé est gratuite, j'y suis seul. Après une bonne nuit, je prends le pont de la Confédération vers l'île du Prince Édouard. Le tarif est 50$ aller-retour, on paie à la sortie de l'île, toutefois, je prendrai le traversier plus loin, ce qui m'évitera le péage au pont. Sur l'île, certaines routes possèdent du trafic très lourd, notamment vers Summerside, la direction empruntée. Plus loin j'arrive sur la route côtière vers le nord dans la région acadienne. De ce côté, plus aucune circulation. Je prends mon lunch à Linkletter Provincial Park d'Union Center. L'endroit est désert à part les moustiques et une ontarienne qui vit dans sa van à l'année, elle fait son yoga sur la plage. Ensuite, je roule jusqu'à Arsenault Pond de Baie-Egmont. L'endroit est désertique. Le gazon est fraîchement coupé sur une colline qui surplombe l'étang est magnifique, je suis au bon endroit pour u e partie de l'après-midi et la nuit. Je possède un flair inouïe pour trouver les bons spots. Demain, je partirai d'ici pour mon départ à vélo en boucle le long de la côte en retournant par l'arrière-pays. En vanlife, j'aime la musique country qui parle du plaisir de la route et d'amour. J'aime aussi en tout temps les christmas songs version crooner. Le country est le style de musique le plus populaire en Amérique du Nord. Associée au roadtrip, c'est une musique joyeuse qui s'harmonise au paysage. J'ai un petit ventilateur qui fait un excellent travail, la nuit j'actionne celui du toit. L'un des vérins à gaz qui sert de bras hydraulique pour grimper le pop top était fatigué que spontanément il a repris sa forme initiale. Ça fait ma journée, ces pièces sont difficiles à trouver en Amérique, le toit étant importé d'Angleterre. Ce soir, je mange des pâtes pour être prêt demain pour ma première sortie à vélo. Dans le passé, je suis venu deux fois à l'île rougeâtre des patates. La première fois en autostop, la seule chose que je me rappelle de ce voyage est d'avoir dormi dans un homardier désert près de Tignish sous de grosses pluies. La seconde, j'animais un groupe de cyclistes où l'on campait au Prince Édouard National Park et au Cabot Beach Provincial Park. Le vélo s'effectuait sur le sentier de la Confédération qui traverse l'île au complet. C'est un long sentier de gravier plutôt monotone. Je n'avais pas l'expérience encore et je débutais ma carrière de guide. Je me rappelle des joyeux vacanciers qui faisaient la fête sans cesse. L'un d'eux, Gabriel, décédé aujourd'hui, s'était fait une amie dans le groupe qui, l'année suivante, fut obligé d'appeler la police pour lui faire quitter sa maison, comme quoi qu'il n'y a pas toujours des aventures heureuses. Pour l'instant, je profite du spectacle en face de l'étang Arsenault devant une grande variété d'oiseaux maritimes et un calme absolu. Le vert intense domine l'île à son plus large 64 kilomètres 225 kilomètres de long. Charlottetown est la capitale de la plus petite province du Canada. En 1864 c'est de Charlottetown que fut créé le Canada à la conférence de la Confédération.


11 juillet | Murray Beach Provincial Park, Westmoreland, Nouveau Brunswick

Deux cent kilomètres sous la pluie abondante, je roule pour m'arrêter et passer la nuit dans la section gratuite du magnifique Murray Beach Provincial Park à Murray Center au Nouveau-Brunswick à quelques kilomètres de la Nouvelle-Écosse. Je suis à quelques kilomètres du pont de la Confédération pour traverser sur l'île du Prince Édouard demain en matinée. En attendant je dors une partie de l'après-midi dans une grisaille sans fin entre deux bagels de saumon fumé.


10 juillet | Fanjoys Point Lighthouse, Grand Lac, Waterborough, Nouveau Brunswick

Longue route de Québec vers le Nouveau Brunswick. Jour un des grandes vacances à vélo en direction de l'île du Prince Édouard. La chaleur est accablante, les odeurs tropicales. Les restes d'un ouragan balairont la région demain. Pour ma première journée, j'ai trouvé un emplacement de rêve. Je suis sur les rives du plus grand lac de la province, le Grand Lac. Je suis seul au pied de Fanjoys Point Lighthouse à Waterborough. Je me suis baigné dans une eau rafraîchissante et limpide. C'est le bonheur total dans cet espace d'une grande beauté. Au menu, riz au cari, tofu aux légumes et huile de sésame. Je suis entre Fredericton et Moncton à quelques heures de la mer. Le tonnerre gronde, c'est le calme avant la tempête. Je suis au première loge, pas de presse.




léger de partir en vacances. Oui, c'est de cela qu'il s'agit, de vacances réelles à l'intérieur d'une préparation méticuleuse et soignée correspondant à mes intérêts et besoins. Mon cheminement est sain et réaliste plus que jamais. En cela je suis heureux et fier de poursuivre ma mission Vert l'Aventure. Il est terminer le temps de pelleter en avant et de vivre pour les autres. Aucun plan n'est effectué pour dormir dans ce périple tout comme ceux effectué depuis l'acquisition du campeur. Je suis complètement autonome n'ayant besoin que de carburant pour Béa ma van et de nourriture à l'épicerie que je devais quand même faire en demeurant sagement chez moi. Les départs sont toujours accompagnés de retours, sans l'un et l'autre je mourrais. La différence cette année est que j'atteinds ma vitesse de croisière. Kalispera !


9 juillet | Québec 

Départ imminent tôt demain matin vers l'île du Prince Édouard. Il était temps, la dernière semaine en ville avec la foule, le bruit et la chaleur accablante ne fut pas de tout repos. Je connais ma date de départ, pas celle du retour. Je suis prêt autant physique que mental. Être libre demande un certain courage. Alexandre Jollien a écrit un beau texte qui résume bien ce que je ressens à l'aube d'une belle et grande aventure dans les Maritimes. Le courage de se libérer d'un semblant de sécurité. Le courage d'oser être soi. Le courage d'assumer ses choix. Le courage de se détourner de ce que les autres attendent. Le courage de se faire passer en priorité. Le courage de se responsabiliser. Le courage de n'attendre rien de personne. Le courage d'apprendre toujours plus. Le courage de donner le meilleur de soi. Le courage de choisir, se choisir. Et le courage d'aimer qui on veut. Oui, dans cette société basée en grande partie sur la conformité, qui nous conforte par habitude, dans une forme de victimisation, il faut un certain courage pour oser briser ses chaines, prendre soin de soi, et être en sortant du cocon devenu inconfortable, et vivre. Tout simplement. À la piscine avec une vieille connaissance aujourd'hui, je réalise comment je suis différent du sédentaire compagnon qui habite à quelques maisons de chez moi dans un somptueux manoir. Il aime la routine, la ville et ses chimères. Je réalise à ses côtés à quel point je suis non-conformiste, réactionnaire, artiste et aventurier à ses côtés comme à bien des gens avec qui je discute. J'ai fait la connaissance d'une belle personne cet hiver avec qui je possède des atomes crochus. Une synchronicité d'une telle intensité n'arrive jamais pour ainsi dire. Nous avons des goûts et intérêts communs, en cela, ça me rassure de ne pas être seul sur mon île. Victor Hugo a écrit ; et puis il y a ceux que l'on croise, que l'on connaît à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute, une demi-heure et changent le cours de votre vie. Rarement je n'ai eu autant le cœur léger de partir en vacances. Oui, c'est de cela qu'il s'agit, de vacances réelles à l'intérieur d'une préparation méticuleuse et soignée correspondant à mes intérêts et besoins. Mon cheminement est sain et réaliste plus que jamais. En cela je suis heureux et fier de poursuivre ma mission Vert l'Aventure. Il est terminer le temps de pelleter en avant et de vivre pour les autres. Aucun plan n'est effectué pour dormir dans ce périple tout comme ceux effectué depuis l'acquisition du campeur. Je suis complètement autonome n'ayant besoin que de carburant pour Béa ma van et de nourriture à l'épicerie que je devais quand même faire en demeurant sagement chez moi. Les départs sont toujours accompagnés de retours, sans l'un et l'autre je mourrais. La différence avec cette année est que j'atteinds ma vitesse de croisière. Kalispera !

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5 juillet |

À chaque jour, des gens de mon âge m'apparaissent de plus en plus en piteux état, plusieurs vieillissent mal. L'étroitesse d'esprit et le système dans lequel nous vivons sont responsables en partie des maladies autant physiques que mentales que nous subissons. Le système est le résultat de nos gestes jusqu'au moment qu'ils deviennent presque impossible à transformer. Nous récoltons ce que nous semons. L'un d'eux, un musicien de la rue que je rencontre depuis des décennies, me raconte ses chutes à vélo alors qu'il consomme alcool et drogues sur une base régulière. Il se soucie d'une légère cicatrice au visage, alors que sa consommation lui laisse des cicatrices intérieures qui, naïvement, ne l'intéressent guère. La vie est belle, l'homme est absurde. Chaque jour qui passe, j'en suis témoin. Un ami avec qui je marche à l'occasion m'accompagne à la piscine municipale sans se mouiller s'installant à l'extérieur du site pour lire sur son téléphone. L'addiction est totale. Mon ultime ressourcement se manifeste loin des foules. L'indifférence des villes est lourde et omniprésente augmentant avec la présence accrue du bitume et du béton. Mon ami adore le bitume et le béton. Quels sont les liens qui nous réunissent à part l'expression de nos descriptions de tâches respectives ? Geste absurde dans un monde fragilisé et fragmenté de plus en plus. Beaucoup ne sont à l'aise que dans un environnement contrôlé. L'utilisation excessive du téléphone en est la preuve. Les relations interpersonnelles deviennent malaisantes, trop intimistes pour certains, la véritable proximité s'échappe dans la technologie energivore. L'isolement s'intensifie dans cet univers contrôlé insidieusement. N'en demeure que la bête est ultile mais son utilisation démesurée. Le privé orne le paysage. Une femme à la radio dit à la blague vouloir faire une offre d'achat sur la ville de Québec parce qu'elle l'aime. Les trottoirs sont davantage entretenus en face des résidences privées haut de gamme que partout ailleurs. C'est la preuve que les valeurs collectives perdent de leurs éclats au détriment de la vie privée. En réalité ce sont les cinquante années d'après-guerre qui étaient différentes. Au festival d'été les gens trop propres sont ennuyants dans leurs bulles et leurs vies privées respectives. Je ne m'y habitue pas. J'assiste à un bon spectacle comme si j'étais devant le téléviseur, seul personne ne m'adresse la parole ne me signifiant aucun brin de courtoisie. L'un d'eux me dit froidement de baisser le ton lorsque je parle à un africain. Geste absurde. Les gens sont profondément seuls dans la foule. La plupart seront heureux de retrouver leurs condos aseptisés et leurs téléphones davantage intelligents qu'eux. Lors d'événements festifs en région la différence est frappante. Je n'ai qu'à traverser les ponts vers la rive-sud pour retrouver de l'humanité et des échanges ressourçants. À vélo en Beauce on n'hésite pas à me saluer au passage qu'à Québec les vibrations des gens sont l'équivalent d'un poteau de téléphone. L'apparence compte pour attirer l'attention lamentablement à voir la façon comment la mode se consomme allègrement. La mode dans les cités étend ses ficelles partout, malgré des fissures apparaissent. La mode c'est l'appât pour obtenir l'attention qui peine à se manifester. Ça m'est égal d'une certaine façon : je n'ai plus trop le goût de faire des efforts pour aller vers les autres, la tâche est devenue presque impossible dans cette ville qui m'a vu naître. La question qui se pose est pourquoi aller à leurs rencontres si ce n'est que pour poser des gestes et des paroles absurdes. Les grandes cités sont comme ça. Mon grand bonheur sera mon départ dans quelques jours à destination de l'Île du-Prince-Édouard à vélo et en Nouvelle-Écosse. Je n'ai pas de date de retour, c'est la beauté de la retraite. Le cœur léger je partirai à la découverte des paradis marins et des communautés de pêcheurs sur ma céleste bicyclette et ma fidèle fourgonnette.

28 juin |

Cioran dit que s'efforcer de comprendre la souffrance d'autrui ne diminue pas pour autant la sienne propre. Combien de fois m'a t'on parlé d'empathie? À quoi bon tenter de remédier aux maux d'autrui si on ne peut diminuer la sienne au préalable. Avant de prêter main forte aux malheureux, il s'agit avant tout de se relever soi-même. Charité ordonnée commence par soi-même dit le proverbe. L'aide accordée aux autres doit être proportionnellement reliée à celle que je dispose pour moi-même. Tout est une question d'habitude et de volonté. Cette habitude doit-être délibérément rompue occasionnellement pour nourrir sa créativité et s'offrir l'espace nécessaire. Elle ne s'est pas développée naturellement chez moi qu'on me pardonne, car d'ores et déjà je me suis pardonné. Combien de fois je me suis culpabilisé en me comparant aux autres sur ce sujet et en tentant de répondre aux critères d'employabilités, du désir de plaire et d'autres sottises du genre. J'appelle ça apprendre à la dure. Je suis davantage promeneur que piéton, voyageur que touriste. J'aime particulièrement les chemins de travers, rêveur et errant de nature. Serge Bouchard de mentionner ; depuis que la liberté s'achète et que l'espace se consomme, la terre est pleine d'évadés qui, en tous sens, la sillonnent. Mais personne n'a de chance de réussir son évasion. De petites fenêtres persistent à me libérer de sa lumière éphémère et spontanée. À quoi bon tenter de sauver le monde si je ne puis me sauver moi-même? Qu'une chose me rassure et mes lecteurs par la bande avec mes textes, c'est que désormais, ils passeront sous la loupe du correcteur de l'intelligence artificielle, mon intelligence naturelle n'ayant pas la patience ni le temps d'apprendre parfaitement la grammaire et la syntaxe. J'aurai ainsi seulement à me préoccuper du fond au lieu de la forme.

26 juin |

Me reposant après une journée de courses folles, mon attention s'est faufilée sur ce passage du livre Mange, prie, aime. Il rassemble en quelques mots mes pré-occupations du jour. Laisse les choses se briser, arrête de t'efforcer de les garder. Laisse les gens s'énerver. Laisse-les te critiquer, leur réaction n'est pas ton problème. Laisse tout s'effondrer, et ne t'inquiète pas pour l'après. Où vais-je aller? Qu'est-ce que je vais faire? Ce qui doit partir partira de toute façon. Tout ce qui doit rester restera. Ce qui part laisse toujours de la place à quelque chose de nouveau, c'est la loi universelle. Ne pense jamais qu'il n'y a plus rien de bon pour toi, juste que tu dois arrêter de contenir ce qui doit être lâché. Chaque journée suffit sa peine comme dit le dicton. Une sage connaissance avec qui les liens sont rompus me disait souvent lors de passages difficiles; demain sera un autre jour. Tellement simple qu'on peine à y croire.

25 juin |

On a tous eu un mentor dans sa vie, que ce soit un enseignant, une connaissance, un parent, un guide. J'en ai eu quelques-uns qui ont influencé mon parcours de vie, la plupart avec des personnalités hors du commun, un fort leadership et des connaissances approfondies sur plusieurs sujets. Claude Lizotte est l'un de ceux-ci. Il est à la fois horticulteur, enseignant, guide-accompagnateur et théologien. Lorsque je vais à vélo le long de la rivière Etchemin en passant à Saint-Jean-Chrysostome, je m'arrête chez lui sur le rang Terrebonne. Effectivement, la terre fut suffisamment bonne pour qu'il s'y établisse en créant de ses propres mains une maison éco-énergétique et l'un des plus beau centre jardin du Québec. Je n'exagère pas en disant que c'est un endroit d'une grande beauté qui s'imprègne d'un savoir-faire inégalé. À ses quatre ans il a fait son premier jardin. Claude m'a enseigné l'histoire des religions au collège Limoilou. Ayant repris mes études après quelques années d'arrêt pour voyager, j'étais en classe toujours l'un des plus vieux étudiants, ce qui plaisait à mes enseignants qui voyaient en moi un jeune homme plus mature. En plus de ces multiples tâches que Claude faisait avec beaucoup de conviction et d'énergie, il accompagnait des groupes au Proche et Moyen-Orient pour Voyages Lambert. Cette agence située à Québec est née de projets académiques rigoureux par des enseignants de l'Université Laval. Les voyages étaient axés sur l'histoire, la religion, la culture, etc... ce qui faisait de cette agence l'une des plus prestigieuses au Québec. Claude accompagnait ainsi des passionnés de voyages en Israël, en Turquie, en Palestine et bien d'autres destinations. Il était prêtre de sa paroisse et exerçait son métier d'enseignant en parallèle avec sa gigantesque entreprise horticole. Étant étudiant, il m'invita chez lui pour un ressourcement. Ses connaissances et son ouverture m'imprègnèrent de curiosité. Je me suis arrêté chez lui tout à l'heure et j'y ai retrouvé un vieillard au physique diminué mais pas son esprit. La prochaine fois que je repasserai dans le rang Terrebonne, il sera peut-être absent. C'est certain qu'au ciel on va lui dérouler le grand tapis rouge pour les bonnes grâces qu'il aura partagé durant sa vie. Les serres Claude Lizotte lui survivra. Quel beau personnage, un véritable modèle et mentor. Peu de gens ont vraiment été significatif dans ma vie par contre j'ai eu la chance d'avoir eu plusieurs anges gardiens dans différentes étapes de ma vie. Je me suis toujours intéressé à l'aventure et à la philosophie pour aller aux sources. Je suis un artiste dans l'âme, je puis en toute humilité le reconnaître. On a tous connus des gens qui étaient, comme dit l'adage, plus catholiques que le pape, des personnages by the book en anglais. Deux de mes plus chers amis ont ce profil. Nous sommes complémentaire, en ce sens nos échanges sont sincères. Ce sont de fidèles amis détenant de grandes valeurs et une générosité affichant des règles rigoureuses. Ils sont à l'extrême opposé de ma personnalité et c'est bien ainsi. Ils ont toute ma confiance et sont capable de me ramener dans certaines situations difficiles. Aujourd'hui à vélo, j'ai découvert un endroit à Lévis qui m'était inconnu et que j'ai bien aimé: les ruines de l'ancienne abbaye Notre-Dame-du-Bon-Conseil des sœurs cisterciennes de St Romuald. Construite en 1901 et démolie par une série d'incendies en 2001, peu de choses demeure aujourd'hui. Depuis 2022, le parc de la rivière Etchemin a été créé sur le site de l'abbaye qui appartient à Valero la raffinerie. Il ne reste que quelques pierres qui jadis abritaient un bâtiment gigantesque. Les grands arbres sont encore déployés pour nous rappeler sa longue histoire religieuse qui lentement disparaît du paysage québécois. C'est dommage, en Europe ces endroits sont chèrement protégés et rénovés, ce qui démontre notre peu d'intérêt pour notre passé, notre histoire. Peu de choses sur nous retiendront les visiteurs si aucunes traces tangibles ne subsistent. Poser la question, c'est y répondre. Pendant ce temps on fait de la petite politique sur la fête nationale.

23 juin |

Journée de pluie estivale. Ça me va bien après une semaine tumultueuse de belles et énergisantes activités de plein air, de découvertes et de rencontres. Un bilan assez positif, notamment au rassemblement de vanlife en Chaudière-Appalaches. J'ai approché grand nombre de gens différents provenant de partout, même d'Europe. Un couple de retraités suisses ont fait la traversée transatlantique avec leur motorisé. Le véhicule, un Toyota Land Rover provenant d'Oman dans la péninsule arabique, sur lequel un campeur très original et sophistiqué m'a rendu jaloux. De très joyeux interlocuteurs avec un bagage plus qu'intéressant étaient mes voisins. Je me suis rappelé un voyage d'aventures au Maroc à titre de guide auprès d'une quinzaine de randonneurs. Deux guides marocains et moi-même conduisâment ces Land Rover sur plus de seize cent kilomètres de pistes dans les montagnes et les déserts. À la vue de cette camionnette d'une résistance inquiétante j'ai plongé dans des souvenirs inoubliables. Mes voisins de gauche, deux couples d'aventuriers cyclistes, parcouraient les rangs des alentours selon mes recommandations. Des vélos haut de gamme accompagnaient leurs escapades l'été au Québec et en Nouvelle-Angleterre, l'hiver dans le sud des États-Unis. Cent cinquante voyageurs possédant des expériences et des origines multiples m'ont enrichi par leurs contacts, et ils étaient fort nombreux. Une grande solidarité se dégage de ces rassemblements pleinement stimulants avec en prime les cowboys adjacents s'amusant à leurs passions équestres. J'ai beaucoup appris sur moi en peu de temps, sur mes intérêts, mes limites, mes besoins. Je ne suis pas conçu pour un seul cadre, me nourrissant d'un ensemble de milieux de vie. Le défi à venir sera d'équilibrer escapades, apprentissages, voyages et contacts sociaux. Depuis un an, je ressens que je me rapproche de l'essentiel, de l'équilibre. Jadis, dans mon travail, j'arpentais un cadre précis avec des limitations, des règles, un rôle; dorénavant, ce cadre, s'il en est un, s'avère fort différent. La liberté est une chose précieuse qu'il faut savoir apprivoiser pour l'apprécier à sa juste valeur. Si son tir n'est pas précis, on peut se buter ardemment à un mur. Le but n'est jamais l'essentiel, seul le chemin pour l'atteindre importe. Seul le mouvement entremêlé de réflexion, de lâcher-prise, d'introspection et d'amour nous offrira un sentiment fort d'accomplissement, pour ne pas dire de bonheur durable, car je n'y crois pas pour la simple raison que rien ne dure ici-bas. En attendant, ici-haut tout aussi bien en profiter au maximum.

22 juin | Overland Fest, St Agapit, Chaudière Appalaches 

Dans Oiseaux migrateurs de Claire Marin, l'auteure écrit que dans les lieux de passage, étrangers ou indifférents, le cadre m'aide à m'oublier, me distrait de moi-même. Il est possible que l'on ait aussi besoin d'un endroit où l'on ne serait pas, où l'on serait en vacances de soi. On pourrait alors compter sur des lieux de passage pour nous refaire du poids de l'habitude, compter sur des endroits dans l'histoire pour écrire différemment la nôtre. Depuis hier, je fais différemment en tentant aussi de me penser différemment. Installé sur le site de la foire agricole pour le grand rassemblement annuel de vanlifers d'Overland Fest, je suis un peu à l'écart entre deux mondes, celui des cowboys à l'action auprès des bêtes et celui des campeurs avec leurs motorisés. Je ne me considère pas encré dans la ville ni à la campagne, de même que je ne m'identifie pas au monde sous mes yeux. Je suis ailleurs, mais de plus en plus intégré dans ma différence singulière. J'ai toutefois le profond désir de créer des ponts, de trouver un endroit pour jeter les amarres. Concernant les gens de pouvoir notamment les politiciens, je note ; nous savons qu’ils mentent. Ils savent qu’ils mentent. Ils savent que nous savons qu’ils mentent. Nous savons qu’ils savent que nous savons qu’ils mentent. Et, pourtant, ils persistent à mentir. C’est le dissident russe du siècle dernier, Alexandre Soljenitsyne, qui avait ces mots pour décrire le régime soviétique. Ces mots, on pourrait aussi les utiliser pour résumer la tragi-comédie qu’est devenu le troisième lien. Mentir, c'est aussi se mentir à en perdre la raison. C'est dans cette énergie ce matin que navigue mes pensées. Ils y ont toujours été, mais ce matin, je leur fais face objectivement. Je ne dois pas arborer l'uniforme du combattant, mais celui qui observe froidement la réalité qui m'habite. Mes voisins sont agréables. Plusieurs, malgré les apparences, ont des préoccupations bien matérielles. Depuis quatre ans que je possède le campeur, c'est la première fois que je mets le grand tapis de nylon strié de noir et blanc à l'extérieur. L'aménagement de ma van Béa est très acceptable, j'en suis fière. Elle a été conçue sur mesure pour mes besoins, il n'y en a qu'une seule ainsi. Mon enthousiasme est toujours le même, mais je ralentis le rythme. Ce matin, j'ai l'esprit à la réflexion et à la lecture. Mon regard ainsi apaisé retrouve la sérénité nécessaire pour la suite des choses. Nous ne sommes pas encrés, tels les arbres ou les montagnes, nous ne sommes pas enracinés, car nous habitons l'espace dans un mouvement interminable. Nos gîtes ne peuvent être que temporaires, sinon ils reflètent une forme d'insécurité. Tous et chacun sommes différents dans nos cheminements et apprentissages. La peur invite une forme d'immobilisme, le mouvement incessant à la fuite. La vie offre un formidable spectacle à qui sort de son nid, de sa zone de confort. Ce que j'ai appris depuis hier, c'est que je dois apprendre à équilibrer les moments d'arrêt et de mouvement.

21 juin | Overland Fest, St Agapit, Chaudière Appalaches

Solstice d'été, c'est la journée la plus longue de l'année. Je suis dans un très ancien site de foire agricole à St Agapit dans Chaudière-Appalaches pour l'événement Overland Fest, un grand rassemblement de campeurs nomades. Cent soixante-quinze Vanlifers y sont réunis pour festoyer pour la fête nationale du Québec et assister à des conférences sur le nomadisme. En parallèle, une grande association américaine organise des compétitions de rodéo se déroulant dans les grands pavillons. C'est le seul événement de l'Association au Canada. Des cowboys venant des quatre coins du pays se suivent pendant plusieurs mois avec leurs bêtes et leurs familles dans d'immenses maisons-écurie. Je profite de l'occasion pour socialiser un brin avec des pèlerins de passage en assistant joyeusement aux compétitions de rodéo. Les cowboys doivent faire six compétitions afin de se classer aux finales en Ohio. Je suis légèrement à l'écart des joyeux bedonneux dans un espace vert rassemblant mon côté sauvage. Je dormirai aux cris des veaux qui ne cessent de braire. Demain en fin de matinée, je partirai vers un autre ailleurs. Par chance que les cowboys et leurs bêtes étaient de la partie, ce fut là ma plus belle fascination.


19 juin |

Dieu, comme on l'a connu chez nous, n'est plus le centre de connectivité comme il l'a été jadis. Les connexions réseaux sont devenues les adeptes généralisés des nouvelles religions. Dieu a quitté les églises et leurs états sont lamentables au Québec. Si Dieu a existé, il est où maintenant ? Avec les médias sociaux et Internet, jamais le monde n'a autant progressé individuellement. Il est moins certain pour les avancées collectives. Les jeunes et les moins jeunes ont délaissé la télévision ; dorénavant, le téléphone est devenu obsolète. À un administrateur d'un groupe dont je voulais régler un problème en tentant de lui téléphoner sur face de bouc, j'écris que cela devenait trop intense. C'est qu'à défaut de conversation, il manque des éléments importants de communication. C'est devenu la règle, je dois m'adapter ou périr, comme dit le dicton. Tout autour de moi, je ne cesse de m'étonner de l'addiction insipide des médias sociaux dans la vie des gens et la partie est loin d'être terminée. Les éducateurs ont depuis jeté la serviette à maintes reprises, car ils sont eux-mêmes obnubilés par leur joujou indissociable de leurs vies professionnelles et personnelles. Il fut une époque où les gens étaient moins libres. La question qui se pose aujourd'hui est de savoir si nous sommes davantage libérés dans cette hyper-connection permanente et les alertes récurrentes ? Les ficelles sont gérées par l'activité économique qu'engendrent les nouveaux dieux. On appelle cela le progrès, j'appelle ça la régression culturelle dans une banalisation et une insouciance généralisée. Je ne suis aucunement à l'abri de cette addiction, mes réseaux étant quasi-inexistants, que mon réflexe premier est de pavaner sur la toile à la fois séductrice et insipide. À cela ne tienne, je n'y peux rien, car les forces en place vont toutes dans la même direction. Le flux de la toile influence nos perceptions, nos comportements, nos identités, nos relations et notre santé globale. Sur le perron des églises, les citoyens discutaient, sur les places publiques et les forums, les gens échangeaient des idées et faisaient de la politique. L'impression d'être réseauté dans la toile est en grande partie une illusion qui nous berce dans une tranquille désinvolture et une croissante indifférence. Dieu aura puni bien des sociétés pour bien moins que cela. Malgré tout, ce dieu m'est toujours apparu inconsistant en réalité. Il est triste de voir à quel point les milieux de vie spirituelle sont désertés. Il est inquiétant de constater le vide dans les places publiques. Heureusement qu'on entend encore les rires et les cris des enfants.

18 juin |

Brutal est le texte d'Anthony Hopkins qui m'interpelle suffisamment pour le retranscrire dans le blogue. Laisse partir les gens qui ne sont pas prêts à t'aimer. C'est la chose la plus difficile que tu auras à faire dans ta vie et ce sera aussi la chose la plus importante. Arrête d'avoir des conversations difficiles avec des gens qui ne veulent pas changer. Cesse d'apparaître pour les personnes qui n'ont aucun intérêt à ta présence. Je sais que ton instinct est de tout faire pour gagner l'appréciation de ceux qui t'entourent, mais c'est une impulsion qui vole ton temps, ton énergie, ta santé mentale et physique. Lorsque tu commenceras à te battre pour une vie avec joie, intérêt et engagement, tout le monde ne sera pas prêt à te suivre à cet endroit. Cela ne signifie pas que tu dois changer ce que tu es, cela signifie que tu dois laisser partir les gens qui ne sont pas prêts à t'accompagner. Si tu es exclu, insulté, oublié ou ignoré par les gens à qui tu offre ton temps, tu ne te rends pas service en continuant à leur offrir ton énergie et ta vie. La vérité c'est que tu n'es pas pour tout le monde et tout le monde n'est pas pour toi. C'est ce qui rend si spécial quand tu rencontres des gens avec qui tu as de l'amitié ou de l'amour partagé. Tu sauras à quel point c'est précieux parce que tu as vécu ce qui ne l'est pas. Il y a des milliards de personnes sur cette planète et beaucoup d'entre elles vont les trouver à ton niveau d'intérêt et d'engagement. Peut-être que si tu arrêtes de venir, ils ne te chercheront pas. Peut-être que si tu arrêtes d'essayer, la relation prendra fin. Peut-être que si tu arrêtes d'envoyer des messages, ton téléphone ou ta messagerie resteront sombres pendant des semaines. Cela ne veut pas dire que tu as ruiné la relation, ça veut dire que la seule chose qui la tenait était l'énergie que toi seul donnais pour la maintenir. Ce n'est pas de l'amour c'est de l'attache. C'est donner une chance à ceux qui ne le méritent pas. Tu mérites tellement plus. La chose la plus précieuse que tu as dans ta vie est ton temps et ton énergie, car les deux sont limités. Aux gens et aux choses que tu donnes ton temps et ton énergie, définira ton existence. Lorsque tu réalises cela, tu commences à comprendre pourquoi tu es si impatient lorsque tu passes du temps avec des personnes, des activités ou des espaces qui ne te convient pas et ne doivent pas être près de vous. Tu commenceras à réaliser que la chose la plus importante que tu puisses faire pour vous-même et pour tous ceux qui vous entourent, est de protéger ton énergie plus férocement que tout autre chose. Faites de ta vie un refuge sûr, où seules les personnes compatibles avec toi sont autorisées. Tu n'es pas responsable de sauver qui que ce soit. Tu n'es pas responsable de les convaincre de s'améliorer. Ce n'est pas ton travail d'exister pour les gens et de leur donner ta vie. Tu mérites de vraies amitiés, de vrais engagements et un amour complet avec des gens en bonne santé et prospères. La décision de prendre de la distance avec des personnes nuisibles te donnera l'amour, l'estime, le bonheur et la protection que tu mérites.


16 juin | Rivière Noire, Béthanie, Montérégie

J'ai terminé mon enquête journalistique concernant l'Hôtel Equus de l'Avenir en discutant avec un fermier sur son tracteur à côté du site. Le propriétaire Roger Dubois détenteur de l'Ordre du Canada est un véritable mécène multi-millionnaire de Drummondville. Curieusement j'ai passé il y a quelques jours le long de la rivière St François en me demandant quel étrange personnage pouvait bien abrité un château semblable. Un immense parc avec des centaines de grandes statues blanches dont plusieurs représentaient des musiciens pour son amour de la musique. Veuf récemment sa femme était musicienne. Canimex est le nom de son entreprise multinationale opérant dans différents domaines. Il soutient les sports, les arts, les organismes de charité et bien plus. En discutant avec l'agriculteur il me raconte certaines règles agricoles, les permis et profils d'entrepreneurs. L'actionnaire de l'Hôtel Equus a récolté le maximum de l'établissement en investissant presque pas. Pour obtenir le permis de tourisme champêtre il devait posséder des chevaux qui n'étaient là comme panneau de réclame. Ces derniers n'étaient pas bien traités mais les touristes accouraient en masse surtout les français dans les années 80. L'hôtel offrait une immersion champêtre en nature complète. 


Je quitte avec Béa ma fidèle van direction Béthanie en Montérégie pour mon prochain départ à vélo. Je stationne sur le terrain ombragé de l'église en ruine. Les Cantons de l'Est sont à quatre kilomètres que je roule joyeusement vers le canton de Roxton. Aujourd'hui je parcours soixante-dix kilomètres sur un terrain légèrement à moyennement vallonné la moitié sur des routes asphaltées et l'autre moitié sur des chemin de terre. Ces derniers en Estrie sont lisses comme le bitume. Deux kilomètres parcourus en trois jours, je suis pleinement satisfait et gonflé à bloc d'air pur et de paysages. Les Cantons de l'Est offre la plus belle expérience cyclotouristique du Québec si toutefois on ne tombe pas dans les trappes à touristes telles les pistes cyclables et bien d'autres. Plus loin Roxton Pond et son lac d'où jadis la compagnie Stanley fabriquait des outils dans plusieurs grands bâtiments qui ont tous été démolis récemment. L'eau du lac est tellement polluée que les résidents interdisent à leurs chiens de s'y baigner. Toutefois le village est fort joli. Depuis quelques années on a restructuré les canalisations afin de mieux protéger le lac, le mal étant déjà fait. Mon prochain objectif est de trouver le camping de la rivière du passant à St Joachim-de-Shefford pour le visiter. Je me suis joint à un groupe de vanlifers à la fin juin. À partir de Roxton Pond les côtes s'amoncèlent, les chemins de terre aussi. J'ai de la difficulté à me repérer voulant éviter les touristes au parc national de la Yamaska. Je suis à dix kilomètres de Granby. Un grand réseau de pistes cyclables abondent, ce n'est pas mon truc. Ce parc comme bien d'autres ne sont pas des endroits pour s'abreuver de solitude. Le côté nord du parc est pas mal avec une flore abondante. Deux barrages ont été érigés sur la rivière Yamaska pour créer le réservoir artificiel Choinière. Je trouve mon camping. Des fautes de français ornent lamentablement les affiches du camping. Des palmiers en plastique me font penser à un parc d'attraction. La piscine est fermée car elle doit être clôturée, ordre des contrôleurs. Elle ne sera pas prête pour les festivités qui s'en viennent. Je n'irai pas en séjour à la fin du mois, c'est confirmé. De là je rejoins Béthanie par de somptueux chemins de terre désertiques. En van je rejoins la rivière Noire que j'aperçois un chemin à travers champs. Je l'enfourche et aperçois une affiche indiquant chemin de luxe. Effectivement je suis au paradis. Tous les résidents des quatre petits chalets rustiques ont quitté. Le lieu est magique. Encore une fois ma boussole ne me trompe pas. Je largue les amarres dans un décor enchanteur où aucun touristes ne mettra jamais les pieds ici, c'est assuré !

15 juin | L'Avenir, Centre du Québec

J'ai dormi profondément, mieux que dans n'importe quels hôtels. Au petit déjeuner, chocolat chaud noir au lait de soya bouillant et de la musique classique. Le pré est rempli de fraises sauvages, les odeurs champêtres ressuscitent en moi de délicieux souvenirs. En regardant bien les lieux d'où je me réjouis, je constate qu'ici était le site d'un hôtel champêtre important. J'ai effectué des recherches sur internet et je découvre que l'Hôtel Resort Equus trônait ce paysage bucolique. Je suis dans le dernier village du Centre du Québec avant les Cantons de l'Est. Le bâtiment était rustique de couleur jaune et rose construit dans les années 70 qui a été démoli en 2022 car trop vétuste. L'herbe est rasée et les lieux sont propres. Une vieille piscine devenue un marécage, des vieilles balançoires nostalgiques, une immense écurie abandonnée, un hangar délabré rempli d'objets hétéroclites que j'aperçois par les carreaux brisés sont encore présents pour rappeler un glorieux passé. L'hôtel se spécialisait dans les promenades équestres, les sports et le plein air par les nombreux terrains de tennis en décrépitude qui surplombe un monticule. Ce domaine hôtelier incluant l'hôtel, un camp, des cabins et un motel ont été construit sur plusieurs étapes avec l'ajout d'étages et de bâtiments adjacents. La vue de l'emplacement fait 360 degrés sur les montagnes vertes. En 2011 la fondation Equus a voulu acheté l'hôtel pour réhabiliter des jeunes adolescentes ayant subi des sevices sexuels. Les chevaux auraient servi au processus de réhabilitation avec l'écriture et les sports. Le projet n'a jamais eu lieu faute de financement et les bâtiments ont lentement tombés en ruine. Ce site est d'une beauté indescriptible. Dans une époque révolue on respectait l'architecture issue du passé. Le Québec subit une rupture intergénérationnelle dans son savoir-faire ancestral. La belle province s'enlaidit dans un urbanisme de mauvais goût faisant fi de son passé car trop coûteux selon les spécialistes. Les villages d'autrefois sont à la merci d'entrepreneurs véreux dont le seul souci est de s'enrichir rapidement en faisant accroître les taxes municipales. Les élus émettent des rapports financiers positifs en tenant compte du profit au détriment de la beauté. Le Québec rural perd son lustre. J'exagère, je sais bien que tout n'est pas mauvais mais je dois fouiller davantage pour trouver la beauté et le charme d'antan.

Je file à Richmond pour débuter ma randonnée de vélo dans les Cantons de Cleveland et Shipton. Jadis Richmond était une ville prospère grâce à son chemin de fer et sa gare. Un déclin suivra jusqu'à tout récemment où les familles modestes affluent pour les coûts modestes actuels des maisons. Ce n'est que de courte durée avant que les promoteurs s'y déploient. Je roule jusqu'à Trenholm le long de la rivière St François pour prendre Townline Road jusqu'à St Félix-de-Kingsey et ensuite Danville. Ulverton est la porte nord des Cantons de l'Est, Danville la porte vers l'est. À Danville je m'arrête dans un café. La dame semble épuisée par les mauvaises affaires ou ses responsabilités je présage. Le bled pittoresque accueille trop de cafés, la compétition est féroce pour l'achalandage estival de courte durée. Ce sont de magnifiques villages d'origine anglo-saxons. Je suis dépaysé à la vue des brides d'architecture authentiques d'où le temps n'a pas encore fait son oeuvre. Mon parcours de soixante-cinq kilomètres est parsemés de montagnes à travers des chemins de terre pittoresques sur les trois quarts du parcours. Le vent est fort et frais, aucune automobiles en vue, je suis au paradis du cyclotourisme. Mes jambes se renforcent dans les côtes, ça semble difficile mais ce qui monte fini toujours par redescendre. Le foin fraîchement coupé aux odeurs sucrées de fleurs sauvages m'enivre. Avec celles du pin ce sont mes préférées. Je reviens par la route de la vallée jusqu'à Richmond et de là en van jusqu'à mon spot vers l'Avenir. Ce site est l'un des plus beaux effectués au Québec par sa volupté tranquille et champêtre.


14 juin | L'Avenir Centre du Québec

Ce matin j'étais dû pour une grande virée en vélo à l'extérieur de la région de Québec. Le concierge de mon immeuble a fait une chute, il aura des séquelles le reste de sa vie. Ça ne prends que quelques secondes de distraction pour devenir impotent. La vie est courte, elle nous réserve des surprises alors ne perdons pas de temps. Je roule sur de petites routes tranquilles en faisant le vide au maximum. Le départ à vélo s'effectue de Ste Clotilde-de-Horton aux confluents des rivières Nicolet du Sud-Ouest et Bulstrode. Je suis situé entre Drummondville et Victoriaville dans un paisible village. Sur une distance de soixante-cinq kilomètres je traverse Ste Séraphine, St Lucien-de-Drummund et Kingsey Falls. Hier j'ai rencontré mon ancien médecin de famille, Jean-François. On parle vacance, il me raconte une anecdote qui fait ma journée. Plus jeune il possédait un Westfalia des années 70. Dès lors les gens se regroupaient pour partager leurs passions de voyager différemment sur ces bolides rutilantes extrêmement populaires. Un groupe s'étaient donné rendez-vous sur la Côte Nord. Une dizaine de hippies dont faisait parti Jean-François allaient rejoindre les autres sur place qu'ils se sont vu refusé l'entrée derrière la barrière, de là provient le nom du groupe qui existe toujours, les wests l'autre d'bord d'la gate. Les exclus sont devenus plus populaires que le groupe initial. J'aime cette histoire. En revenant sur ma journée de vélo, J'ai dû m'abriter le temps qu'une grosse averse traverse l'horizon. Le terrain est plat à légèrement vallonné. Sous une pluie fraîche j'ai roulé avec gaieté en humant les odeurs des sous-bois environnants. Je me suis rappelé les nombreux voyages effectués à titre de guide à vélo en Hollande. J'ai traversé sept fois à bicyclette les Pays-Bas, j'en garde un souvenir mémorable. Parfois il pleuvait un mois consécutif sans oublier les vents forts de la Mer du Nord. À Kingsey Falls je croise le parc Marie-Victorin célèbre pour ses arbres taillés. Je n'arrête pas et je roule dans les piedmonts des Appalaches. Je suis situé sur la ligne de trois régions; le Centre du Québec, les Cantons de l'Est et la Montérégie. Au retour en van, je file à travers Drummondville pour traverser le pont de la rivière St François. Mon objectif pour la nuit est l'Avenir ou Ulverton. Je trouve un magnifique bondooking à l'Avenir dans un grand pré surplombant les montagnes vertes de l'Estrie. C'est privé mais je suis complément seul tout comme la journée où je n'ai croisé que très peu d'automobiles. De grands pins majestueux, de nombreux chevreuils avec leurs petits se prélassent dans le champs avec les pommiers. Les oiseaux gazouillent autour de la van, les lucioles m'allument, tout est somptueux. En marchant près d'une vieille clôture rouillée, ma surprise est de constaté que de nombreux terrains de tennis arpentaient les collines. Aujourd'hui c'est complètement désertique, on voit même l'affiche  délabré illisible qui indiquait le nom de l'auberge. C'est vraiment un bel endroit, beaucoup mieux que n'importe quel camping cinq étoiles. J'ai du flair pour trouver ces lieux magiques. Demain je récidive avec ma céleste bicyclette, j'ai plus le goût de m'arrêter.

10 juin |

Les évènements qui me troublent après les problèmes de santé et les deuils sont les sentiments de rejet ou d'abandon. Dans mon enfance j'ai vécu des problèmes d'intégration sociale et d'isolement sévère. Cette semaine un évènement m'a procuré une forte émotion de rejet non justifié d'un groupe face de bouc. Le responsable est doté d'une immaturité qui se caractérise dans un déni total. À tort et à travers des incidents comme ceux-ci j'ai tendance à dramatiser davantage la situation. Cela est en rapport avec certaines blessures d'enfance. Je me permets ces quelques lignes pour revenir sans trop m'attarder sur cet incident. Je suis rassuré en étant pas le seul à être mis à l'écart, des centaines d'abonnés ont été rejetés d'un seul clic. Ainsi est le monde virtuel, ainsi est une partie du monde qui m'entoure. Ce sentiment ressenti ou la blessure de l'égo en est la cause car c'est de cela qu'il s'agit, la cause de la souffrance. Le véritable problème est de croire que je suis mis à l'écart alors que c'est celui qui agit ainsi qui se met à l'écart. En cela la souffrance sera subit à celui qui installe les barricades. Bien entendu il y a différents exemples qui démontrent l'inverse dans des cas extrêmes. Que cela ne tienne, ce type fera face un jour à sa propre justice et il découvrira que sa vie ne tient pas à grand chose. Deux options se révéleront; le suicide ou la réhabilitation par ricochet au thème cher d'Albert Camus, l'absurdité. Qu'une personne se fasse du mal est une chose mais qu'il blesse des gens sur son passage par ses frustrations en est une autre. Je connais ma valeur certes, toutefois j'ai de la difficulté à passer sous silence les injustices, et préjudices subit non justifiées. Écrire dans le blogue m'apparaît encore plus essentiel dans ces moments. Cela représente un exercice salutaire et bénéfique ne s'adressant qu'à moi-même et tant mieux si des gens y sont interpellé. 

Dans un tout autre ordre d'idée, en Europe et partout dans le monde il y a une montée de l'extrême droite qui indique un niveau d'intolérance à la hausse. Depuis les années 50 une relative paix dans le monde s'est exercé en continue comme jamais auparavant. Depuis quelques années des ruptures tendent à se manifester dans la cohésion sociale en parti causée par l'indifférence, l'injustice, l'appât du gain démesuré, la misère et l'ignorance. Les préjudices ne veulent plus passer sous silence comme autrefois, la pression monte, les voix s'élèvent, les conflits se multiplient. Si des actions concrètes ne se manifestent pas sous peu et si les ressources viennent à manquer devant des changements climatiques majeurs qui se pointent à l'horizon, j'ai raison de m'inquiéter de la stabilité du monde que j'ai connu. On se souvient guère d'un passé qui n'était pas si facile mais en ce moment interviennent des conjectures différentes et fort peu rassurantes. Nul ne peut prédire l'avenir. La seule chose que l'on possède c'est de chérir son quotidien et d'espérer. Nous naissons seul et nous mourons seul, voilà la réalité. Entre les deux des éclats de bonheur parsemés sporadiquement et la tentation d'oublier la fragilité de l'être. Soyons indulgent pour soi-même se reflétera dans notre entourage immédiat. L'univers est trop grand pour intercepter notre appel, qu'à cela ne tienne à moins d'être un fanatique de l'ésotérisme. Mon esprit me joue de vilains tours qu'il est de ma responsabilité de lui apporter quelques considérations en n'attendant rien de quiconque. Il n'y a que notre amour qui pourra nous sauver et le monde. Voici mes convictions en évitant surtout de me perdre dans des théories abstraites. Prendre sa place n'est pas une mince tâche dans une société de plus en plus gangrenée d'amertume. Mais attention les actions non ciblées qui ne respectent pas nos limites et besoins s'annulent dans un vertige ambulant et dérisoire. Demain une journée limpide se pointera laissant la dernière averse derrière. Après ces moments troubles cette légère oscillation ne sera plus qu'une expérience parmi tant d'autres, ni bonne, ni mauvaise. C'est l'interprétation que j'en fait qui incombe.

8 juin |

Dans le fil d'actualités sur face de bouc j'y retrouve ce que l'on appelle les reels. En consultant ces courts vidéos je n'y découvre qu'une série de visionnements absurdes de très mauvais goût. Ces vidéos sont générés par TikTok, un phénomène grandissant chez les jeunes et les moins jeunes. Que de complaisance et de médiocrité ornent ainsi cette page soi-disant personnelle. L'addiction des médias sociaux est totale pour certains, c'est voulu ainsi. Le pire seront les traces laissées qui auront des répercussions dans le giron de votre vie privée. C'est une spirale sans fin pour dépendre du joujou et perdre un peu de vous-mêmes, là est le but. J'éviterai d'énumérer la quantité incroyable de stupidités et bassesses associées dans ces douteuses vidéos. Que du populisme dégradant et insidieux, je m'étonne que tant de spectateurs s'y enlassent dans une perte de temps incommensurable. C'est que l'affaire est payante pour les gestionnaires exemptés de pudeur et de bon goût. Incapable en plus de suspendre ces conneries sur mon appareil, je me réfugie rapidement dans mes lectures quotidiennes, la télévision n'étant guère plus réjouissante. L'écriture est le lieu immatériel qui me sert de refuge. On écrit pas sans avoir beaucoup lu. Cioran écrit qu'il est des expériences auxquelles on ne peut survivre. Si l'on continue à vivre, ce n'est que par la grâce de l'écriture qui soulage cette tension sans bornes. La création est une préservation temporaire des griffes de la mort. On dirait que depuis quelques années tout conspire pour nous aplanir vers le bas. Je résiste, malgré tout, à force de détermination pour m'alimenter de créativité et de contemplation. Grâce à mes amis les écrivains je suis moins seul et si l'ennui me prends je file quelques temps dans la nature. Je sais qu'il y a beaucoup de solitude qui se vive ainsi, je reconnais que le jardin n'est pas fleuri pour tous. Un cordonnier qui avait hérité de son père et qui détenait le commerce sur plusieurs décennies près de chez moi a vendu la boutique perdant ainsi une partie de sa personnalité. Une profonde dépression s'en suivi pour le remettre sur les rails, c'est à  ça que serve les dépressions. Je le croise occasionnellement, ses intérêts sont creux comme les pneus de sa Corvette. Un jour il comprendra, je lui souhaite. La douleur associée à l'inconscience est reliée au temps qu'on a dormi j'en déduis. Le réveil peut être brutal selon la fragilité de l'être qui se camoufle sous le masque. Se réveiller un jour étranger à soi-même est épouvantable. Il s'agit alors en toute humilité d'accepter ce qui est en changeant de trajectoire avec une délicate et profonde attention. Un jeune cousin lointain m'appelle parfois pour me raconter ses déboires. Ça me fais plaisir de pouvoir l'aider par quelques conseils judicieux. Passer au suivant est un signe de réhabilitation, en ce sens je me porte bien. Les nuages ne sont jamais les mêmes au-dessus de nos têtes est la leçon à retirer. Parfois je me demande pourquoi j'ai tant eu ce besoin étrange de déplacer autant de choses autour et en moi.

7 juin |

À chaque courts ou longs voyages une transition s'effectue au retour pour me recentrer dans mon sédentarisme. J'ai besoin de quelques jours pour reprendre le blogue, les propos étant forts différents sur la route qu'à la maison. J'ai trouvé un beau vélo pour une amie, je suis content pour elle, le vélo est magnifique. J'espère bien lui faire découvrir de beaux endroits pittoresques qui me sont chers. Lors de mes recherches d'un bon vélo sur internet, j'ai croisé quelques retraités qui étaient mal en point. Malades, ils vendent leurs bécanes chéries n'ayant plus la capacité d'en faire, ce fut troublant. L'un des vendeurs habitaient les Jardins Mérici. Ce gigantesque complexe est une ville dans la ville. Il y a beaucoup de vieilles personnes sombrant dans l'indifférence d'où je fus surpris qu'à un moment donné ils parlaient tout seul. Je penserais à vivre dans un pareil endroit. Le vendeur Benoît a passé plus de temps à me raconter ses peines qu'à me vanté les mérites de la bicyclette qui trône depuis plusieurs années sous la poussière du caveau de son immeuble. Plus tard je suis à Beauport pour une annonce éditée par le petit-fils d'un vieillard mal en point. À ma grande surprise, il y avait une différence de près de deux mille dollars entre l'annonce et le prix réel. Le type, pas trop sympathique, me reçoit bêtement dans un chandail imbibé de nourriture abondante. Il arrivait tout juste de se procurer un triporteur pour ses problèmes d'équilibre et autres problèmes de santé évidents. Son vélo était correct mais il affichait une saleté s'incrustant partout. Après plusieurs tentatives je mets la main sur le bon vélo, propriétaire d'une artiste-peintre de Ste Foy. Je reconnais la piste de l'Oregon sur l'un des tableaux. Je fais mon offre, c'est réglé. Joyeusement satisfait de cette curieuse journée je terminé ma tâche avec un léger ajustement de la bête. L'immeuble où je me réfugie depuis trente ans est une île séparée du reste des habitations du secteur. Il y a un gouffre entre les résidents de mon refuge et des bourgeois siégeant à proximité. Le quartier regroupe des personnes ayant un niveau de vie plus élevé que dans cette île qui me sert d'abri nécessaire ce qui cause ce fossé culturel. Néanmoins je signe et persiste dans ma détermination à ne pas me projeter dans d'études ruminations n'ayant tout simplement pas de liens d'appartenance ni à l'un ou l'autre de ces groupes. Simplement l'exprimer me renvoie ailleurs que dans ces identifications illusoires. Mieux vaut ne pas s'y attarder trop longtemps et prendre la route lorsque je divague ainsi. Je suis un artiste, je puis en toute sincérité l'affirmer en m'engageant à assumer pour le meilleur et le pire ce scénario unique. À défaut de posséder une quantité de vertus non-négligeables, il y a tout au moins celle de la nouveauté perpétuelle de la sensation libérée qui se rattache à la créativité assortie du désir de liberté traversant les frontières de l'ignorance. En cela personne ne pourra me l'enlever. Il pleut ardemment, je m'engouffre sous les couvertures dans un sommeil profond.


4 juin | Ste Jacques-de-Leeds, Chaudière Appalaches

La rivière Yamaska prend sa source au Lac Brome dans les Cantons de l'Est. Ses eaux sont très brunes se qui m'empêchent pas les pêcheurs d'attraper de la barbotte. Ce poisson s'apparentant au barbu est le repas traditionnel, la gibelotte de Sorel. Les îles de Sorel bordées au lac St Pierre sont l'une des plus grande biodiversité du Québec avec le lac Champlain. De nombreux oiseaux et poissons sauvages arpentent les chenaux, marais et îles sauvages. Les rivières Yamaska et St François alimentent en parti cette puissante biodiversité à protéger. Ce matin je flâne à Massueville n'ayant pas le goût de partir. Je fais la connaissance de plusieurs résidents authentiques qui me racontent leurs histoires, Ghyslain est l'un d'entre-eux. À  la retraite il fut enseignant en science dans un collège privé de jeunes filles à St Hyacinthe, sa femme l'a quitté. Sa maison plus que centenaire est magnifique autour du carré Royal du village. On ose même philosopher dans une discussion ouverte et décontractée. À deux rues du parc au centre du village je découvre un magnifique camping administré par un couple de Rawdon. Pour un dollar je prend une douche et trouve deux dollars par terre, jour de chance, de plus ma banque dépose dans mon compte des ristournes. Mon séjour est largement défrayé. Je n'aime pas les campings, prendre un numéro et payer ne me ressemble pas. Les seuls intérêts sont pour la douche et la piscine lorsqu'elle est ouverte et s'il n'y a pas de plans d'eau à proximité. Vers midi je roule vers St François-du-Lac en retournant au Centre du Québec puis en longeant la rivière St François jusqu'à Drummondville sans toutefois m'y arrêter.


Mon objectif maintenant est d'atteindre Ste Clotilde-de-Horton notamment pour voir se qui reste de l'ancienne asile ou maison Dorval. À vrai dire je veux poursuivre l'exploration d'il y a deux ans lorsque le propriétaire m'a délogé rapidement voulant me faire payer un prix exorbitant pour la visite. À ma surprise les bulldozers ont démoli cette hospice dont ornait une immense pierre indiquant laissez venir a moi les enfants. Le site était d'une grande beauté et isolé du village. Il y a deux ans je me suis passionné de ces anciennes institutions psychiatriques en Nouvelle Angleterre, les asylums. On appelle ça Urbex, contraction anglophone d'exploration urbaine. Je n'y reviendrai pas ayant documenté largement le sujet sur le blogue par le passé. En voyant le vide créé par le pic des démolisseurs, je me suis rappelé la chanson de Bradley Cooper; maybe it's time to let the old ways dies. Je crois avoir été au bout de quelque chose qui m'a largement passionné à propos d'une époque révolue et qui ont donné naissance aux orphelins de Duplessis et des traitements qu'ils ont subi. Je poursuis ma route pour ma dernière nuit me rafraîchir à St Jacques-de-Leeds avec joie sur les rives de la cristalline rivière Osgood. Les truites jaillissent joyeusement autour de moi dans une nature douce et généreuse. Demain matin retour en ville après de belles découvertes champêtres à  vélo au soleil.


3 juin | Massueville
(St Aimé), Rivière Yamaska, Montérégie

Parcours de vélo parfait le long des deux rives de la rivière Yamaska sous une température parfaite. Que du bonheur, de plus aucune automobile. De très légers vallons défilaient sous mes yeux dans une harmonie totale. Je suis sur la plaine du St Laurent sur les terres les plus fertiles du Québec notamment au sud du lac St Pierre. À St Hugues je vois au loin le mont St Hilaire dans le smog de pollution provenant de Montréal. Au retour à Yamaska, mon point départ après soixante-cinq kilomètres je fais la connaissance d'André Parenteau, le Fred Pellerin du village. Il fut bassiste dans son jeune temps pour Robert Charlebois et d'autres groupes. Il me raconte un tas d'histoires sur Yamaska, le lac St Pierre et les Îles de Sorel. Le village n'a pas encore subit les affres des promoteurs immobiliers mais avec la création de l'usine Northvolt la vie va probablement changé avec notamment la hausse de prix des maisons. À l'embouchure de la rivière Yamaska se retrouve les Îles de Sorel, un immense réseau de chenaux et de canaux abritant une faune et une flore incroyable. Après quelques courses je pars faire la sieste dans mon hamac à Massueville, mon coup de coeur du voyage notamment pour son green en face de l'église. J'y passerai la nuit avec bonheur et sérénité.

2 juin | Yamaska, Montérégie

À compter de la mi-juin, il fera trop chaud pour faire du vélo dans le Centre du Québec. Le long des rivières Nicolet, St François, Bécancour et Yamaska sont les meilleurs endroits pour le cyclotourisme au Québec, après ça dépend des goûts. J'ai aimé les petites villes de Nicolet, Pierreville et Yamaska pour leur grandeur humaine et le calme qui s'y dégagent. On y ressens encore les rumeurs du passé. Il y a une forte ambiance champêtre en lien avec la culture et ses grands espaces agricoles. Ici le progrès diffère des centres urbains d'où le temps semble s'être arrêté. Hier, à Batiscan, j'ai flirté avec la terre ancestrale des premières familles Lacourcière installées en Nouvelle-France. Un mémorial a été érigé pour commémorer la venue des premiers colons. La plupart des signes religieux du passé tombent en décrépitude. Bien souvent je passe la nuit en bondooking sur les terrains du bon Dieu. Je crois qu'il a déserté les lieux il y a belle lurette, de cette façon je ne dérange personne. Les terrains des églises au Québec de même qu'aux États-Unis sont les endroits les plus sûrs et tranquilles pour passer la nuit. Ce matin j'ai quitté Ste Monique-de-l'Île sur les rives de la rivière Nicolet pour aller déjeuner à la Visitation-de-Yamaska. Après deux délicieuses crêpes de seigle avec bananes et confiture je me mets en branle pour un magnifique parcours à vélo. Je suis heureux de pouvoir me préparer des repas santé. J'évite ainsi toutes les poutineries, casse-croûtes et bars laitier partout où je vais où les grosses gens s'y donnent rendez-vous assidûment. Le circuit en boucle passe en premier lieu sur la rivière Nicolet du Sud-Ouest vers Ste Perpétue pour remonter la rivière Nicolet vers Ste Monique-de-l'Île. Aucun automobiles, les rangs sont à moi tout seul avec des centaines, sinon plus, de fermes d'élevages de toutes sortes. Toute la région au nord de Drummondville en allant vers Yamaska, Nicolet, Pierreville et Bécancour à l'est regorge de routes pastorales pour oublier que j'habite la ville et sa folie. Il fait chaud, un vent léger et sec me rafraîchi. Je suis au paradis, surtout je cesse de ruminer et de m'inonder dans un océan de mots. Au retour je mange un bagel de saumon fumé et prend la route vers Yamaska après une journée bien remplie à vélo sur une distance de soixante-quinze kilomètres.


1er juin | Rivière Nicolet, Ste Monique-de-l'Île, Centre du Québec

Départ à vélo de Ste Anne-de-la-Pérade en Mauricie pour un parcours en boucle de soixante kilomètres. Batiscan, St Narcisse, St Prosper, St Stanislas furent les villages traversés. Rapidement j'ai quitté la rive nord pour la rive sud du fleuve au Centre du Québec, ma région préférée pour le cyclotourisme. Trois Rivières est une désolation, rien d'autres à dire. Je fais en moyenne une vitesse de 20-25 km/heure. Ma distance moyenne est cinquante à soixante-quinze kilomètres selon le relief et le vent. J'ai cuisiné un couscous au parc municipal de Nicolet pour ensuite me diriger pour la nuit à Ste Monique-de-l'Île sur la rivière Nicolet. C'est la dernière fois que je prends la 132 ou la 138 le long du fleuve. Cette route achalandée est pour les promeneurs du dimanche. Ces routes ne sont pas pour moi préférant de loin l'arrière-pays, ses aventures avec ses gens authentiques et ses paysages champêtres. Je suis installé dans un champs sous un chêne derrière une entreprise. C'est très beau, je m'y sens en harmonie. Il y a une maison pas très loin avec une famille dont le type parle très fort, c'est comique. J'imagine qu'il va se calmer une fois la nuit venu. Lentement le printemps passe aux teintes de l'été.


29 mai |

Il se pourrait pourtant que tout faire pour trouver une place nous amène à la manquer. Ou, plus exactement, nous conduise à naviguer dans l'entre-deux, comme si l'on restait marqué par cette expérience du passage, de la traversée des mondes. Peut-être n'arrive-t-on jamais tout à fait quelque part, quand on a tant traversé pour y parvenir. Comme si l'épreuve du trajet s'était substituée au lieu, telle une inquiétude caractéristique de notre personnalité, comme si cette oscillation entre le point de départ et d'arrivée était devenu une sorte de mouvement intérieur, une intranquilité impossible à calmer. Ce magnifique passage de Claire Marin dans être à sa place indique parfaitement où je me situe, dans un entre-deux bien souvent inconfortable. Ni tout à fait chez moi, ni tout à fait à destination. N'est-ce pas là l'essentiel de mon passage dans un long mouvement impitoyable. Un homme est mort subitement cette semaine, ça faisait plus de trente ans que je le voyais sans jamais lui avoir adressé la parole. Silencieux, il habitait au coin de la rue, sa seule présence était ses fleurs. Au même moment des tas de gens meurent au même instant, parfois dans un oubli considérable. Mon ami d'enfance à reçu de mauvais diagnostics de santé, il devra passer une multitude de tests pour connaître la nature de ses douleurs. Lui aussi est dans l'entre-deux, l'étranger au coin de la rue est arrivé à destination, il ne connaîtra plus la crainte du voyage. Trouver une brèche de passage vers soi exige parfois de laborieux sacrifices. Le vendeur du marché détrempé sous la pluie entre à la bibliothèque par hasard et découvre les livres. Il vient de passer la brèche d'un nouveau monde. Jamais plus il ne reviendra à son point de départ. Écrire devient une nécessité si on veux changer sa destination ou en connaître de nouvelles. Certains utilisent les outils, les ordinateurs, les lois, les matériaux, les idées. Avant de faire la connaissance des livres j'étais un bon à rien naïf érigeant sa carapace dans les entre-deux. Je ne savais pas ce que je fuyais ne sachant pas où je m'en allais. J'ai appris avec le temps qu'écrire exige un point de départ à partir d'un sujet, d'une idée, d'une émotion. À partir de là les péripéties s'amoncèlent vers des destinations de plus en plus détaillées. Au fur et à mesure, tel le voyage, la destination n'a plus d'importance, c'est le chemin qui importe. Les livres m'offrent le départ, de ces lectures j'en fais ce que je veux. Cette connaissance précieuse parfois mouvante est synonyme de liberté et permet à mon esprit subjectif de se libérer du connu. Cette liberté acquise au contact des livres me propulse à  l'extérieur de moi dans  d'exaltantes découvertes. En ce sens je quitte mon point de départ à de multiples reprises libérant ainsi l'ignorant de l'emprise de son passé. Il me suffit d'un paragraphe pour me faire rêver et parachever mon oeuvre à la recherche de vérités. Ainsi la brèche était si près, moi qui ayant pris de si longs détours. Serait-ce la seule raison valable de vieillir, celle de comprendre, celle de savoir s'arrêter? Parfois on s'en va pour réfléchir, parfois on s'en va parce qu'on réfléchi.


28 mai |

L'héroïne de Laurent Mauvignier dans Continuer, Sybille vend la maison héritée de ses parents pour financer un grand voyage. Liquider symboliquement le passé, se libérer des lieux et des places et tout miser sur le cheminement. Mais le voyage tourne au cauchemar et le récit semble donner raison au père qui condamnait depuis le début cette entreprise irresponsable. Elle aurait dû se contenter de n'être que cette personne qu'on est, apprendre à vivre de sa médiocrité à l'abri de ses rêves et vivre au calme. Le lieu que je fuis me suit comme une ombre. Cette place que je ne veux plus, je l'emporte avec et malgré moi, quelques soient les efforts pour la dissimuler. Quels comptes avons-nous à rendre à la personne que l'on ne veut plus être? Combien de fois ne m'étais-je poser cette épineuse question en lien avec les lieux où refaire ma vie? Combien de fois je suis parti dans l'espoir de retrouver un monde idéal et vouloir quitter celui que je croyais être? Tant de fois j'ai voulu repartir en neuf en quittant mon passé et les lieux qui m'ont vu naître. Me refaire ma vie autrement comme on dit? Toute mon existence ne fut que déplacements et dégagements dans le désir de fuir ce quelque chose d'insoutenable. Je sais maintenant qu'aucun lieux ne pourraient me préserver de souffrances. Je sais que le meilleur voyage devra s'effectuer en grande partie à l'intérieur de moi dans l'acceptation de ce qui est. Le rêve a été bien souvent qu'autrement qu'une fuite en avant, toutefois je n'ai aucun regret car j'ai la conscience d'avoir essayé toute qui m'étais alors possible de faire. Qui sait s'il en avait été autrement? Nous pouvons être autrement de ce que nous sommes en réalité en interagissant avec certains comportements et surtout sa pensée. On est peut-être pas celui qu'on est ou que l'on pense être. Les œuvres qu'on réalisent et que l'on a réalisé ont le mérite d'exister. Il arrive un temps, que pour exister, on doit dépasser son oeuvre en la racontant. Il est possible que l'oeuvre soit le récit ou en devenir de l'être. Comme disait Fernandoa Pessoa, je suis toutes ces choses, bien malgré moi, dans le tréfonds obscur d'une sensibilité marquée par la fatalité. Et Georges Perec de dire; vivre, c’est passer d’un espace à l’autre, en essayant le plus possible de ne pas se cogner.