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Bienvenue sur mon blogue personnel. Ce journal intimiste dans ses récits et propos exprime un désir de dépassement et d'authenticité.

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Polarsteps



28 mai |

L'héroïne de Laurent Mauvignier, Sybille vend la maison héritée de ses parents pour financer un grand voyage. Liquider symboliquement le passé, se libérer des lieux et des places, et tout miser sur le cheminement. Mais le voyage tourne au cauchemar, et le récit semble donner raison au père qui condamnait depuis le début cette entreprise irresponsable. Elle aurait dû se contenter de n'être que cette personne qu'on est, apprendre à vivre de sa médiocrité à l'abri de ses rêves et vivre au calme. Le lieu que je fuis me suit comme une ombre. Cette place que je ne veux plus, je l'emporte avec et malgré moi, quelques soient les efforts pour la dissimuler. Quels comptes avons-nous à rendre à la personne que l'on ne veut plus être? Combien de fois ne m'étais-je poser cette épineuse question en lien avec les lieux où refaire ma vie? Combien de fois je suis parti dans l'espoir de retrouver l'inspiration et la force dans un monde idéal? Vouloir quitter celui que je croyais être? Repartir en neuf en quittant son passé et les lieux qui nous ont vu naître pour refaire sa vie autrement? Toute ma vie ne fut que déplacements dans le désir de fuir ce quelque chose qui m'indispose et qui me fais souffrir. Je sais maintenant qu'aucun lieux ne pourraient me préserver de ces souffrances et que le meilleur voyage devra s'effectuer en grande partie à l'intérieur de moi dans l'acceptation de ce qui est. Le rêve a été bien souvent qu'autrement qu'une fuite en avant, toutefois je n'ai aucun regrets, qui sait s'il en avait été autrement? Nous pouvons être autres de ce que nous sommes en réalité en interagissant avec certains comportements. On est peut-être pas définitivement celui qu'on est où que l'on pense être. Les œuvres qu'on réalisent ont le mérite d'exister et aussi celles que nous avons réalisé. Il arrive un temps que pour exister on doit dépasser son oeuvre soi celle de se raconter.

Identiterre


26 mai | Val Alain, Chaudière Appalaches 

J'ai repris le vélo ce matin après une délicieuse nuit dans un nowhere champêtre. J'ai tellement aimé l'endroit que j'y passe une seconde nuit avant le retour. Le cyclotourisme est, selon moi, la meilleure façon de voyager. On voit tout, on ressent le paysage, ses formes, ses textures, on hume toutes les odeurs du monde en développant son être entier. J'ai traversé de beaux villages; St Louis-de-Blandford, Daveluyville et Marrigton Falls sur les rives de la rivière Bécancour. Dans ce dernier hameau autrefois anglophone il y a un très joli parc avec accès à la rivière pour les canots et kayaks et de nombreux sentiers. Autrefois cette municipalité était le canton de Marrington. J'ai passé de bons moments sur la route avec les lilas en fleurs partout. Le seul cycliste rencontré était un idiot, terme péjoratif qu'il n'en déplaise. À vrai dire nous sommes en réalité toujours l'idiot de quelqu'unSon visage était rempli d'écume, son regard absent, son discours s'apparantait à celui d'un autisme. Plus loin je croise un couple de jeunes randonneurs. On discute. Lui vient de Québec, elle de Montréal. Ils se rencontrent à mi-chemin, le téléphone à la main, ils se sont rencontré sur les médias sociaux. Au retour je demande si je peux remplir mon bidon d'eau à une dame entrant dans sa maison de St Louis-de-Blandford, la capitale du canneberge. Elle me fait entrer et me présente sa fille, sa mère et son conjoint de Beauharnois qui venaient lui rendre visite. Ils se sont marié cette année après trente-six ans de vie communune. La dame est resplendissante comme une jeune femme. On peut dire que ce n'est pas la prudence qui les épargne. Je suis étonné de constater à quel point les gens sont gras partout où je passe. On dirait que c'est seulement dans mon quartier que les gens sont minces. J'aime profondément la campagne. Je prends conscience de la dépendance qu'on les gens pour leurs véhicules et tout ce qui a des moteurs. Je suis aussi dépendant d'eux pour aller dans la nature toutefois je n'ai pas besoin d'autos pour aller chercher mon lait de soya et mes vitamines. Des centaines voir des milliers de grenouilles croassent à côté de l'étang à côté de moi. Oui je fais une bonne vie, c'est toujours une question de choix. Rien ne sera jamais parfait, tout est à reconsidérer à chaque instant. Si je me compare, ce qui n'est pas recommandé, je trouve effectivement que je fais une bonne vie. Ce weekend m'a permis d'offrir une pause à mon hamster, je devrais partir plus souvent quelques jours.


25 mai | Val Alain, Chaudière Appalaches 

Lorsque je pars en van je développe davantage des récits d'aventure dans le blogue. La température fut parfaite aujourd'hui pour le vélo. Le départ fut de Joly dans Chaudière Appalaches vers Val Alain par des rangs tranquilles. Ensuite je fais mon entrée dans le Centre du Québec à Lyster le long de la rivière Bécancour puis vers Notre-Dame-de-Lourdes. Un beau circuit en boucle sur terrain plat de soixante-quinze kilomètres. Pour la nuit en bondooking j'ai trouvé un terrain abandonné dans une petite clairière à côté d'un étang à grenouilles. Le lieu est agréablement tranquille, j'entends les mouches volées. En campeur je me lave comme les paysans faisaient jadis, à la serviette lorsque je ne trouve pas de douches ou de rivières. Ça m'est égal.  Je déteste les campings sauf si j'étais accompagné je ferais des compromis. Faire du cyclotourisme en voyageant en campeur c'est ce que je préfère. Je suis complément détendu le soir venu pour me préparer un repas chaud. Je me sens privilégié de vivre cela à peine quarante minutes de Québec. La canicule étant passé c'est fort agréable de voyager ainsi. J'ai de bons bouquins avec moi pour passer une partie de la soirée par exemple le ciel de Bay City par Catherine Mavrikakis. La température y fait pour beaucoup pour passer de bons moments en vanlife. Je suis littéralement concentré sur mon environnement qui est toujours renouvelé. Je ne crois pas que je me plairais pas dans un chalet déjà que je suis sédentaire en ville. Je réalise qu'il n'est pas toujours nécessaire d'aller très loin pour atteindre le nirvana. Il s'agit essentiellement de partir avec un vélo et des bottes de randonnée. C'est l'automne par temps frais que les randonnées pédestres sont plus agréables.


24 mai |

Je suis de ceux qui ne peuvent boire ni thé, café ou chocolat noir. J'ai davantage besoin de tisanes que d'excitants. L'alcool ne fait plus parti de ma vie depuis déjà plusieurs années car il ne provoque chez moi aucun plaisir, en ce sens j'en ai nullement besoin. Vivre comme un voyageur sans attaches, comme un nomade dans l'existence, qu'en est-il? Cependant il reste le risque d'être enfermé à l'extérieur. Parfois la prison est à l'extérieur précise Gaston Bachelard. Mettre de l'ordre, classifier, ranger seraient nos moyens dérisoires pour lutter contre le sentiment d'un gigantesque désordre ou d'une absence de sens, de l'absurdité de nos vies clame Georges Perec dans penser / classer. De nature excessive j'ai tendance à trop classer, nettoyer ou ranger. Je reconnais ces curieuses habitudes comme le signe d'un désordre intérieur et les symptômes d'un malaise calcitrant. Chez moi je vis dans un cocon où l'ordre et la propreté sont omniprésents, sans cela je m'égare. Je reconnais la cause de ces manies sans vouloir élaborer davantage sur le sujet car suffisamment complexe sans toutefois faire de moi un être complexé pour autant. J'éprouve des difficultés devant les gens qui ne prennent pas soin d'eux, ne font pas attention aux aliments qui ingurgitent, qui ne lisent pas, ne font pas d'exercices. Autour de moi dans mon quartier il y a beaucoup de jeunes gens en forme faisant du jogging dans une apparence propre et soignée. Dans mon quartier il y a beaucoup de gens éduqués et autonomes quoique ce mot est bien souvent galvaudé. Je n'irai pas dans cette direction, le sujet trop complexe à élaborer et, surtout, n'ayant pas le goût de m'y aventurer pour le moment. Seul mon immeuble est un un îlot regroupant des gens différents de la masse environnante avec, dans les alentours quelques immeubles du même caractère. Plusieurs personnes seules y habitent avec, pour certains, des profils sensiblement marginaux par rapport aux résidents de bien nantis et bourgeois du quartier. Plusieurs sont des êtres profondément isolés d'où leurs caractères suspicieux et réservés. Vivant seul et sans enfants, en ce sens, je suis malgré moi marginalisé. Des études prouvent que les gens ayant moins de contacts physiques soient plus fragilisés en rapport avec les couples et les familles. Hier j'ai appris que mon grand ami d'enfance pourrait souffrir d'un cancer, j'en saurai davantage la semaine prochaine. Ce n'est pas son année, sa femme ayant été très malade il y a quelques mois lui infligeant des séquelles. La vie étant ce qu'elle est, si fragile, si courte que je n'ai plus de temps à perdre dans des histoires de pacotilles. Je vois beaucoup de gens autour de moi qui vieillissent mal. Mon bonheur quotidien réside dans l'écriture et les lectures quotidiennes, la marche, le yoga et le sommeil. J'ai développé dernièrement une amitié avec une personne charmante qui m'est chère malgré le fait que nous ne voyons pas souvent. Elle dégage une belle énergie en démontrant une sensibilité et une vive intelligence. Sa longue chevelure lui donnent fière allure dans une apparence jeune et dynamique. Je vais m'abstenir de tous commentaires supplémentaires, elle semble me lire assidûment, en cela je me garderai une certaine discrétion. Si j'aime partir quelques jours hors de chez moi c'est que l'abus de la raison m'exaspère, la vie du raisonneur aussi. N'est-il pas désespérant celui qui a toujours raison? Celui qui, de sa vie, a banni l'errance, le trébuchage et la dérive, celui-là se confine au jardin entretenu de la raison et il se condamne à reproduire sur la terre vierge des carrés de verdure que d'autres raisonneurs ont taillés avant lui. J'aurai aimé écrire ce texte de Serge Bouchard du moineau domestique. Patience, patience tu n'est pas encore mûr pour tant d'éloquences et d'éclats. Il est possible que tu n'arrives qu'à n'être égale qu'à toi-même ce qui serait déjà pas mal considérant le chemin parcouru.


23 mai |

Les urbanismes de la ville ont des visions bien différentes des générations précédentes, ils sont plus adaptés aux besoins actuels en tenant compte davantage de l'environnement. Le problème réside en partie sur les moyens pour embellir la cité et sur le parc automobiles qui croit sans cesse. La ville tisse sa toile ou jadis la campagne régnait. Les municipalités sont au service des entrepreneurs immobiliers et commerciaux en grande partie, les élus dépendent d'eux. Sur ma rue un ancien couvent et une église ont été recyclés avec bon goût pour abriter les bien nantis. Des fleurs et arbustes apparaissent où jadis le bitume prenait place. Depuis quelques années surtout on revitalise les centres urbains d'une canopée généreuse pour le bien-être des résidents. Plusieurs espèces arboricoles ont développé des maladies, ils sont remplacé alors par des espèces mieux adaptés. Pour les plus vieux citoyens ils n'y voient que des dépenses fastidieuses alors qu'il s'agit d'investissements assurés. Les plus jeunes ont des points de vues diamétralement opposés. Les québécois n'ont jamais été en bon rapport en général avec les arbres. Pour la plupart un arbre debout est inutile, sa valeur étant la ressource recyclée en bois d'oeuvre ou pâte à papier. Il n'y a qu'à traverser dans les états et provinces anglo-saxonnes pour le constater. Le directeur de Vélo-Québec a fait une sortie cette semaine en lien avec des accidents impliquant des cyclistes. Il a affirmé que les québécois sont irrespectueux les uns envers les autres dans bon nombre de situations. En se comparant aux autres on ne peut nier cette affirmation. Nous avons perdu les obligations et devoirs collectifs au détriment du me, myselfie and i ou communément appelé droit et liberté individuelle. Je peux confirmer ses dires en ayant voyager beaucoup notamment chez les anglophones. À mon retour je perçois rapidement les différences, cela ne m'empêche pas de vouloir vivre ici en propageant mon bonheur dans ces lieux qui m'ont vu naître. Plusieurs québécois se sont déresponsabiliser avec les valeurs collectives désintéressées. Mon regard n'est nullement défaitiste mais plutôt réaliste. Évidemment tout n'est pas complètement noire ni complètement rose. Les changements pourraient venir autant de soi davantage que vers les pouvoirs publics dont nous sommes trop dépendants et qu'ils deviennent de plus en plus dépassé. Je ne suis aucunement en désaccord avec les lois et règlements en vigueur mais il y a lieu de s'interroger du nombre de ses derniers et de ses applications. Cette réflexion serait longue à développer que j'y reviendrai plus tard. Ça y est j'ai terminé mon éditorial de la semaine ayant exprimer l'essentiel de mes préoccupations. Aujourd'hui j'ai ramassé quelques papiers qui jonchaient la rue et contacté le service forestier de la ville pour remplacer deux arbres en détresse en face de l'immeuble. Dans le passé j'ai planté à grands frais arbres, fleurs et arbustes, la ville m'ayant fait parvenir une lettre m'interdisait d'embellir l'immeuble et en m'objectant à toutes intiatives de ma part. C'est en parti pour ces raisons loufoques que jadis j'ai créé ma propre entreprise. Il est de ces absurdités qu'ils m'est impossible de comprendre. Albert Camus aura écrit un livre étonnant sur le raisonnement absurde; le mythe de Sisyphe dans lequel j'ai puisé jadis mes premières grandes révélations sur les hommes. Dans la vie j'ai appris que les citoyens doivent être autonomes mais pas trop pour ne pas compremettre les pouvoirs en place. Par pouvoir je n'entends pas seulement le politique, les bourgeois et les prolétaires. Seul un esprit sain dans un corps sain libre de toutes autorités morales complaisantes peut définir sa propre liberté sans contrevenir à autrui tout comme l'indique plusieurs ouvrages de Krisnamurti notamment la première et dernière liberté. Je ne prétends aucunement avoir les moyens dont disposent ce maître dans ma quête d'absolu et de liberté mais il m'apparaît sain de m'imprégner de ces lectures libératrices dans un monde de plus en plus en proie à l'inquiétude spirituelle.


22 mai |

Claire Marin indique que l'étymologie de résider c'est avant tout arrêter un mouvement, en latin c'est s'asseoir et mettre fin à l'effort du mouvement et de ses pérégrinations. Résider, c'est exister sur un mode plus apaisé. Je n'ai pas fait de rencontres subliminales au rassemblement vanlife non pas que je n'ai pas essayé. Il est possible que les rencontres effectuées sont plus significatives que je l'ai pressenti et mes attentes trop grandes. Les amitiés prennent du temps à se manifester, beaucoup plus longues à se former qu'à se délier. Seul dans la foule je n'ai passé que deux nuits. Ensuite je suis parti à l'aventure en solitaire. C'est le fruit du hasard et du destin qui agit de la sorte. Néanmoins j'ai fait le plein de nature, de soleil, de vanlife et de cyclotourisme. Puis tout à coup j'ai ressenti fortement le vide, la fatigue et l'inconfort. Courbaturé de la valeur humide qui suinte mon énergie, les cloisons de mon campeur deviennent exiguës. Je suis rentré mardi midi sous une chaleur torride, rassasié à souhait après six jours de pure retraite. Depuis l'acquisition du campeur il y a quatre ans, j'ai l'impression de commencer à maîtriser mon rythme respectant davantage mes limites et mes besoins. J'ai moins besoin de partir longtemps me satisfaisant de moins de paysages défilant sous mes yeux. Aujourd'hui au repos je suis ébloui du parc des Champs-de-Bataille à côté de chez moi. Les arbustes sont tous en fleurs, les feuilles rayonnantes de vitalité offrant de l'ombre sous les grandes chaleurs. Les vacances servent à ça, prendre le recul nécessaire pour apprécier ce ou ceux qu'on quitte. J'habite un beau secteur de la cité, j'en suis conscient. À chacun de mes nombreux retours de voyage je reviens toujours nostalgique. Il va falloir étudié cela de près. Il me serait impossible de demeurer immobile très longtemps. Dans mon quartier je peux marcher dans un environnement distinctif et harmonieux. Les nombreux bancs de parcs m'invitent à la contemplation du paysage et des passants. Depuis quelques mois j'apprends sur moi-même à vive allure. Peut-être est-ce ainsi que la retraite s'effectue? La lenteur de la pleine conscience me va particulièrement bien. Ma journée s'est déroulée dans une béatitude et un calme absolu. Je me gratifie pour la compassion éprouvée pour moi-même et l'atteinte temporelle de l'équilibre. 


20 mai | Rivière Osgood, 
St Jacques-de-Leeds, Chaudière Appalaches

Hier soir il m'était impossible de rester dehors, des hordes de moustiques astreingnaient ma liberté. J'ai quitté ce bled paisible vers le fleuve pour me rendre compte que je n'étais pas le seul à avoir cette idée patriotique. Aussitôt le lunch englouti je quitte les nuées de touristes pour faire la sieste dans mon délicieux hamac au parc des chutes Lysander d'Inverness. Ce petit écrin de douceur à l'ombre des grands pins est ma halte préférée de la région. Quelques heures plus tard je quitte cette farniente qui m'alourdi pour me rafraîchir dans les eaux limpides de la rivière Osgood à St Jacques-de-Leeds. À ma grande surprise l'eau est d'une fraîcheur subliminale. Je nage plus de trente minutes. Plus tard je me délecte de morceaux de rosbif aux champignons et aux choux de Bruxelles. Je m'installe avec Béa, mon fidèle campeur sur la rive joyeuse de la rivière pour une dernière nuit en vanlife. Une famille de chevreuils viennent s'abreuver à la rivière pour me souhaiter bonne nuit. Je repense à cette réflexion puisée quelques heures auparavant; c'est bizarre d'avoir le même âge que les vieux.


19 mai | Ste Gertrude, Centre du Québec 

Je suis parti ce matin pour un délicieux parcours à vélo sur une distance  de soixante-dix kilomètres sur la plaine fertile du St Laurent. Pendant une grande partie de la journée j'ai mouliner paisiblement sur les deux rives de la rivière Bécancour jusqu'au village du même nom à l'embouchure du fleuve. Ce village est magnifique avec en prime le jardin des lilas où je prend une pause à l'ombre des arbustes en fleurs. Je poursuis sur le quai municipal de Ste Angèle-de-Laval en face de Trois-Rivières. De nombreux pêcheurs attrapent des perchaudes. Plus tard je me prépare  à passer une seconde nuit dans le parc de Ste Gertrude, je ne peux pas m'en empêcher. Je fais la sieste dans une légère brise. Je suis dans l'arrière-pays. Ce soir je fais un feu en lisant le livre de Claire Marin; être à sa place. Pourquoi aller dans un cinq étoiles quand il y a des millions d'étoiles au ciel ?


18 mai | Ste Gertrude, Centre du Québec 

Au réveil à Val Joli une grosse pluie s'abat sur le site du grand rassemblement vanlife. J'ai l'impression de me réveiller dans le stationnement du Walmart avec tous les véhicules côtes à côtes. Le grand champs devient moins vert avec tous les campeurs circulant pour aller chercher de la bière à Richmond. Mes voisins sont trop prêts. Ma lune de miel de cet événement est terminée ayant l'impression d'y avoir fait le tour. Le social devient vite superficiel, du déjà vu. Je pars en direction du marais de Kingsbury pour déjeuner tranquille, ensuite je visite le camping de St Xavier Brompton pour en avoir entendu parler. Décidément en solo les campings ne sont pas pour moi, les grands rassemblement non plus. Je quitte les Cantons de l'Est pour le Centre du Québec précisément à Pierreville où se tient le Van-In, un autre rassemblement vanlife. Deux gigantesques amas de chair molle m'accueillent sur une belle pelouse. Pas trop inspirant. Je fait le tour, rien qui vaille de ce côté, de plus le tarif pour le weekend est trop chère. Je suis trop actif pour passer mes journées à bavasser comme des pies dans une chaise pliante. Je m'enligne à Nicolet dans le joli parc sur la rivière du même nom. En lavant ma van je fais la connaissance de Pierre avec son magnifique Westfalia. Il arrive du rassemblement de Pierreville en y ayant séjourné qu'une nuit. Nous avons le même constat à  propos de ce regroupement. On discute. Je lui propose de me suivre à l'Anse-au-Port sur les rives du lac St Pierre. La promenade est magnifique sur les trottoirs de bois. Pierre a 76 ans, il ne fais pas son âge. Je lui vends ma pompe à vélo, je viens de m'en acheter une neuve. Sa femme ne veux plus l'accompagner en campeur alors il part seul. Une grande famille de philipiens nous offre des vermicelles de riz aux légumes sur le belvédère. Nous nous séparons ensuite. Je pars le long du fleuve et je prends un petit chemin de terre dans l'intention de trouver refuge pour la nuit. Mes pneus s'enlisent, je suis pris au piège. Je pars à pied pour trouver un camion. À un kilomètre je frappe à une jolie maison sur la rivière en face d'un étincelant pick-up rouge. Monsieur faisait la sieste paisiblement dans son fauteuil. Il m'accompagne et me tire du bourbier avec le câble en nylon jaune que je traine. Je déguerpi rapidement de ce nid à moustiques vers la grande plaine du St Laurent traversant de paisibles villages agricoles. À Ste Gertrude un joli parc m'attend. C'est le silence totale, j'en suis bien heureux. On dirait un village fantôme. Il y a un foyer et du bois, je suis enchanté. J'ai beaucoup appris durant ces deux premières journées somme toutes assez intenses. La suite sera fort différentes. C'est en cessant de chercher que l'on trouve, c'est en se perdant que l'on se retrouve. Les trucs organisés ça me ressemble pas, je suis trop autonome. Les contacts se feront au hasard de la route, voilà !


17 mai | Cleveland Exposition Fair, Val Joli, Estrie

Il y a beaucoup de joyeux personnages dans ce rassemblement vanlife à Cleveland Exposition Fair de Val Joli près de Richmond en Estrie. C'est un site champêtre, historique et patrimonial. Hier soir j'ai déplacé mon campeur près d'un groupe où plusieurs chantaient et jouaient de la guitare en face d'un grand feu de joie. Les émanations de cannabis se mélangeaient tout autour dans une ambiance décontractée mais pas dans le groupe rejoint. De la musique tzigane était au rendez-vous. Partout des bolides incroyablement aménagés avec soin, des passionnés tout comme moi. Ce matin après avoir passé une nuit d'une grande douceur j'ai préparé mon vélo. Quelques braves me voyant asticoté ma rutilante bicyclette se sont joint à moi. Marcel le chanteur avait un vélo électrique, Marie-Ève qui a eu un accident à ses oreilles causé par une descente trop rapide en avion ultra-léger et Jean qui a subit une chirurgie cardiaque il y a quelques années. En roulant à  vélo le long de la rivière St François son cardiologue lui téléphone pour des recommandations. Son nickname est le béluga blanc à cause de l'autobus gigantesque blanche qui l'amène partout où il y a du plaisir. Arrivé à une courbe à six kilomètres du camping, une série de côtes apparaît à l'horizon rompant l'enthousiasme de mes compagnons d'infortune. Les côtes étaient plutôt abruptes. J'ai fait une admirable randonnée de cinquante-deux kilomètres dans l'arrière-pays avec au loin le mont Pinacle à Danville. À Richmond j'aperçois mes compagnons avec de gros sacs à dos remplis de bières froides. En discutant avec une jeune femme près du campeur elle m'avoue avoir conçue sa petite fille de deux ans dans cet événement ici-même. Depuis elle revient à la source de son inspiration. Il y a beaucoup de rires et de cris d'enfants tout autour. La joie est ici contagieuse dans les odeurs champêtres omniprésentes.


16 mai | Cleveland Exposition Fair, Val Joli, Estrie

Dans le film seul au monde avec Tom Hanks, un homme échoue lors d'un naufrage sur une île déserte. Il trouve un ballon de football sur lequel il dessine un visage qu'il nomme Wilson et qui devient ainsi son meilleur ami. Ma mère biologique est décédée le 12 mars dernier. J'ai eu la lourde tâche de vider sa chambre de son dernier refuge, une résidence privée de retraite. La plupart de ses affaires personnels ont pris la direction des centres communautaires. Je n'ai conservé qu'un petit sac en cuir de couleur bleu pâle avec un gros paquet de photographies et quelques objets hétéroclites dont un petit ourson en peluche. Je l'ai nettoyé et lui ai mis une fragrance de lavande. Il m'accompagne depuis ce matin en vanlife.


Hier fut le service funéraire de Gurty, ma mère biologique. Je l'ai rencontré qu'à mes vingt-cinq ans dans l'année où ma mère adoptive a décédée. Hier, à la cérémonie funéraire suivi d'une méditation avec ma demi-soeur Suzanne et son conjoint, j'ai revu en quelques minutes ma vie en accéléré. Durant ce temps j'ai pris conscience en l'espace d'un éclair que la seule reconnaissance que j'ai éprouvé pour elle sont de m'avoir donné la vie et de m'avoir donné la chance d'avoir une soeur que j'adore. À part ça rien du tout à part un grand vide entre nous-deux. Après le service j'ai partagé les photographies de Gurty avec ma sœur au restaurant asiatique que j'ai décidé à mon retour de mettre à la poubelle la plupart de ces images qui n'ont aucune signification pour moi. Tous les effets personnels ainsi que la chambre de ma mère dégageaient une odeur de mort, de tristesse infinie entremêlée de moisissure propre aux maisons de retraites pour démunis. Gurty fut atteinte de la maladie d'Alzheimer sur une décennie ne reconnaissant plus ses propres enfants. J'ai voulu offrir l'ourson à un enfant au rassemblement vanlife à Val Joli dans les Cantons de l'Est. Juste avant j'ai dégagé les yeux noirs de l'ourson de son pelage hisurte et j'ai aperçu son sourire que j'ai eu la vive impression que je rejetais une personne qui m'est chère. Sur mon île déserte même si je suis dans la foule, cet ourson représente pour moi une forte symbolique. Il ne portera pas le nom de Wilson qu'au moment opportun il sera baptisé du nom qui lui convienne. Ce grand rassemblement pancanadien intitulé Nomad Fest se situe dans un grand champs que borde la rivière St François. Il n'y pas de numéro qui nous sont proposé comme dans les camping traditionnels. Ici se retrouvent des nomades, des sédentaires, des familles et des sans-abris. Plusieurs n'ayant que leurs véhicules comme seul hébergement. Plusieurs le font par choix, d'autres pas n'ayant plus les ressources pour se trouver un logis convenable. À mon arrivée de lourdes effluves de cannabis envoleppaient les lieux. Le coût de la vie frappe de plein fouet les plus démunis. La solidarité entre participants me frappe, chose qui est inexistante dans mon patelin où règne l'indifférence la plus totale. Il y a toutes sortes de véhicules dans ce vaste périmètre de verdure qui me rappelle les rodéos de l'ouest. Un enclos servira le soir venu afin de rassembler les campeurs pour un immense feu et ce, pendant les cinq journées du séjour. Un band animera ces soirées qui se voudront remplies de chaleur humaine et surtout loin de l'indifférence de la ville. C'est mon premier grand rassemblement de nomade du genre. Après seulement quelques minutes j'ai ressenti fortement que j'étais au bon moment et au bon endroit. En petit futé que je suis et en voulant m'introduire rapidement j'ai apporté des sandales Keen à vendre que je me suis mis à faire le tour du site pour les offrir à bons tarifs. J'ai trouvé rapidement trouvé preneur auprès de cette grande fratrie. Mon petit campeur Béa est update et prêt pour l'été notamment avec l'acquisition de deux nouvelles batteries auxiliaires alimentées par les panneaux solaires et l'alternateur du véhicules. Beaucoup de moments riches en perspective et quelques nouveaux amis possiblement  à revoir lors de mes pèlerinages occasionnels.

13 mai |

En morale ce n'est pas faire ce qui compte mais l'intention de faire sinon l'intention de bien faire rapporte Vladimir Jankélévitch. Les attentes sont disproportionnées envers des résultats hasardeux alors que c'est dans l'intention que se traduit la bienvaillance. L'angoisse et les soucis sont omniprésents car la vie telle que nous la connaissont est source d'angoisse et que nous savons que nous allons périr. Le quotidien est un repère nécessaire qui tue lentement, curieux paradoxe. Le bonheur est capricieux, il arrive au moment où l'on s'y attends le moins. Le bonheur arrive souvent dans les moments perdus qui deviennent des moments retrouvés. Il m'est souvent arrivé de me retrouver en perdant mes repères quelques temps. C'est lorsque l'on délaisse les cartes routières et les guides touristiques que la magie s'opère. Le véritable bonheur est inconscient de soi disait Jankélévitch. Je deviens heureux à l'idée de le devenir. Le je-ne-sais-quoi ou presque-rien devient une source intarissable d'inspiration. Quoi de plus ennuyeux que quelqu'un qui ne doute de rien et qui ne sais pas se remettre en question. Quoi de plus ennuyant qu'une personne qui ne part jamais à l'aventure sur des chemins de travers. Quoi de plus ennuyant qu'une personne qui ne dépasse jamais ses limites et qui a toujours réponses à tout. La culture française connaît moins l'utilitarisme qu'en Amérique du Nord. Je déteste l'utilitarisme excessif qui réduit les hommes à des esclaves. Les gens deviennent des êtres utilitaires, la preuve, ils ne peuvent s'arrêter d'effectuer des tâches dans le seul but de faire au lieu simplement d'être. Les hommes s'accomplissement dans l'action sinon un sentiment d'inutilité les envahis sournoisement. Je m'étonne de souvent tenté de trouver des réponses à mes questions alors qu'il s'agirait simplement d'ouvrir mon coeur en agissant spontanément.


12 mai |

Je ferme ce soir une parenthèse avec une dame dont j'ai tenté de me lié d'amitié. Ce fut un court entretien de quelques mois avec une voisine de caractère coriace dont les traits trahis son âge. Je ne divulguerai aucun commentaires négatifs pour ne pas donné suite à ses réprimandes désinvoltes. Je n'ai aucunement besoin d'entendre défiler en continue le téléjournal et les misères du monde lorsque je m'approche d'un être humain. J'ai mis un terme à cet incongru contact car je me respecte. J'ai des limites auxquels je ne veux pas dépassé, je me choisi. Je suis libre et tiens à conserver la plus totale intégrité. Je m'objecte ardemment à toutes critiques qui n'est point constructives, en ce sens je préfère évolué seul qu'à l'intérieur de relations malaisantes. Je ne cesse de croire à la magie de l'existence que je porte dans une prudente enthousiasme allant même jusqu'à l'euphorie transitoire. Cette semaine j'ai parcouru cent vingt-cinq kilomètres de vélo et seize kilomètres de randonnée. Chaque semaine j'effectue plusieurs séances de yoga et de gymnastique pour conserver vitalité et équilibre. Je renoue avec les intérêts qui m'ont toujours porté après une pause de six mois. Le plein air est la pilule magique par excellence qui me sis à merveille en me proposant le recul nécessaire de cette ville qui trop souvent me désenchante par son indifférence. Je reconnais le malaise ambiant qui se déverse en moi qu'il m'est d'une nécessité de prendre distance avec toutes formes d'éteignoirs. Plusieurs voisins de mon trop grand immeuble tristounet me renvoie des couleurs maussades. Mon regard perçoit trop de résidus convexes ou concaves dans l'étreinte matérielle des longs couloirs flétris. La lumière ambiante constante de morosité affecte mon âme que mon seul désir est de m'enfuir avec le vent et les hirondelles. Un copain est revenu la semaine dernière d'Amérique du Sud y ayant séjourné plus de six mois. La chose qui le marque à son arrivée est la morosité ambiante et les regards s'adressant aux trottoirs la tête courbée. Ça me rassure de ne pas être le seul à le constater. En une semaine j'ai fait un trait sur deux personnages, le premier énoncé précédemment et le second, une connaissance dans laquelle je ne me reconnais plus et qui possède une profonde addiction à l'alcool. Toutefois lorsqu'il reprendra sa vie en main en prenant bien soin de lui je serai présent pour faire quelques randonnées avec lui. La vie est trop courte pour s'encombrer de contraintes inutiles dans la mesure du possible. J'ai donné amplement dans le passé et ne souhaite plus faire un retour en arrière en pateaugeant dans le même terroir. Demain débute une nouvelle semaine d'où, fébrilement, quelques défis m'attendent avec enthousiasme et légèreté. De ces expériences transitoires comme la vie j'ai appris.


8 mai |

Il meurt lentement celui qui ne voyage pas, qui ne lit pas, qui n’écoute pas de musique, qui ne sait trouver grâce à ses yeux. Il meurt lentement celui qui détruit son amour-propre, qui refuse toute aide. Il meurt lentement celui qui devient esclave de l’habitude qui refait chaque jour le même chemin, qui ne change jamais de repère ou qui ne parle jamais à un inconnu. Il meurt lentement celui qui ne change pas de cap quand il est malheureux au travail ou en amour qui ne prend aucun risque pour courir après un rêve qui ne se permet, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie de fuir les conseils sensés. Ce texte magnifique est de Pablo Neruda. Cette poésie est le reflet de mon âme. Cette chose affreuse appelée publicité m'exarcèbe aux  plus haut point s'incrustrant partout. Cette perfide manipulation s'infiltre à mon insue dans mon antre. Déjà je ne regarde plus ou très peu la télévision. La publicité intrusive s'infiltrant dans mon téléphone devient maintenant impossible à souscrire. Ce type d'action que permets GAPA est littéralement méprisante et envahissante.  Bernard Emond a écrit un livre sur le sujet; camarade ferme ton poste qu'il me serait difficile de m'en passer dorénavant. L'addiction est totale, plusieurs manipulateurs de tous agabits le savent bien. Je viens de me ressourcer deux jours à la campagne en faisant du vélo et de la découverte. Cette petite excursion sur la rive sud du fleuve fut une réelle nécessité. Hier j'ai rendu visite à un vieil ami habitant en forêt dans sa majestueuse maison en bois rond face à un étang remplie de truites. Nous avons beaucoup discuté de sujets profonds. Je réalise que j'ai beaucoup évolué depuis l'année dernière, mon ami évoluant différemment. Le manque d'équilibre générale causé par un travail incessant et ses récents problèmes de santé en sont responsables. La chose qui soit le plus important dans la vie c'est soi-même en visant l'équilibre dans tout. Il ne sert à rien de vouloir outrepassé certaines règles vitales que la vie se chargera de nous. Tôt ou tard on paie pour les préjudices faits à soi-même. À trop vouloir gagner sa vie on peut la perdre, je n'apprends rien. Toutefois j'adoptais un comportement similaire à son âge il y a quelques années. J'ai su quitter au bon moment qu'il y en qui s'accroche éperdument. Qui suis-je pour faire la leçon, la morale? J'ai 66 ans, je dois avoir appris quelque chose de ces années. Transmettre à quiconque sur ma route me valorise, c'est l'un des dons le plus précieux que je possède, l'expérience. D'un tout autre point de vue mon expérience est superficielle car elle relève d'un cliché du passé. Les autres nous reflètent parfois notre image, en ce sens nous sommes complémentaire. Enfin, c'est surtout l'équilibre le plus important en tentant de mater l'orgueil et les passions douloureuses qui nous habitent. Mon ami a de ces préoccupations que j'ai reconnu en moi plus tôt. Depuis bientôt un an, je m'exerce dans un lâcher-prise à différents niveaux en tentant d'éliminer le plus possible les besoins non-essentiels et à remplacer ceux-ci par une paix intérieure. Serait-ce que lorsque l'on a plus rien à perdre que l'on a tout à gagner? Tout ce qui ne nous sert plus à rien n'est que vanité. Partout la vanité nous démontre nos insécurités et notre orgueil. De toujours j'ai aimé les grands questionnements parfois en heurtant certaines sensibilités et convictions. Certains sujets dérangent au point de s'en soustraire. La valeur auquelle que je porte le plus d'intérêt est la liberté. Elle me permet de ne pas vivre cloisonné en me reliant à l'énergie vitale et à la beauté du monde. Cela n'a pas de prix. En parallèle j'essaie d'atteindre la sereine équilibre qui a tant tardé à se manifester et dans lequel je puise dorénavant mon inspiration créatrice. Dans les traumas certains se guériront par la parole d'autre par le silence. L'équilibre rejoindra simultanément les deux. La retraite n'est pas une fin en soi. Comme disait Fernandoa Pessoa dans l'Intranquilité; agir, c'est connaître le repos. S'agiter est sain en soi mais il faut savoir reconnaître les raisons qui nous font tournoyer, parfois en vain.


5 mai |

Ma fièvre, mon avidité étaient si fortes qu'elles faisaient obstacle à ma joie. Il devait en être ainsi pendant tout le parcours. Je ne savais pas encore à cet âge construire l'équilibre entre le mouvement et l'arrêt. Trop de chaleur, trop de désirs que je ne pouvais même pas nommer me poussaient en avant et les plus beaux présents de l'heure me paraissaient déjà épuisés au moment même que je les touchaient. Joseph Kessel m'enlève les mots de la bouche dans cette introduction du livre de Sylvain Tesson; une très légère oscillation. Parfois les mots me manquent pour décrire ce que je ressens. Parfois je manque d'inspiration pour exprimer les mots exaltants de sens comme dans ce court texte de Sylvain Tesson, grand voyageur, sportif, aventurier et écrivain. Un journal intime est une entreprise de lutte contre le désordre. Sans lui, comment contenir les hoquets de l'existence? Toute vie est une convulsion: on passe une semaine au soleil, une autre à l'ombre, un mois dans le calme plat, une autre dans la vague, et ainsi fusent les années avec l'illusion, à la fin, que tout fut chapeauté par un principe unique, un motif général, un cadre de direction. Quelle foutaise ! En réalité personne ne tient sérieusement son cap. Et ceux qui le prétendent ne se sont jamais retournés sur leur sillage. Ils découvriraient un tracé l'ivrogne dans le couloir de l'immeuble. J'ai toujours souffert des tiraillements exercés par mes penchants contraires. La navigation d'un bord à l'autre est épuisante. Parfois je voulais vivre dans la paix éternelle, allongé sur des rochers chauds pour oublier toute ambition et faire griller mes vanités sous le soleil antique. Et puis soudain, il me fallait retourner tambour battant dans l'épilepsie sociale, renouer avec l'action et les fréquentations. Un jour dans une cabane, le lendemain en ville. Un jour dans la forêt à se lécher les pattes, le lendemain à gloser sur le monde avec les camarades. Un jour sur les falaises enchantées, , le lendemain dans la fourmilière urbaine à sourire à des masques qui renvoient mes grimaces . Le journal est la bouée de sauvetage dans l'océan de ses errements. Le journal est une patrie. Grâce à lui, le sismographe intérieur se calme. Les affolements du métronome vital qui explorait le spectre à grands coups paniqués se réduisent alors à une très légère oscillation. Comment ne pas rester insensible à ces propos? Comment trouver les mots qui m'appartiennent après un tel développement? 


Depuis quelques jours je me surprends à transposé sur le blogue de courts textes. Je laisse ainsi la place à ceux qui ont su cerné l'essentiel avec une éloquence verbale. En donnant la parole à ces écrivains je m'inspire d'eux et avec raison. J'ai ce besoin viscéral de mentors pour ne pas croire que je suis seul au monde dans mes pensées, ces pensées qui sont parfois si difficile à exprimer. Écrire c'est ma façon de ne pas sombrer dans la folie de l'indifférence. Mon plus grand respect se rapporte à ceux qui savent immortalisé les coups de vent et les coup de gueules avec une étonnante introspection en contrant l'indifférence ambiante. Aujourd'hui je tente la rigolade spontané au café avec une dame âgée qu'elle me réponds ne pas savoir vivre. J'ai attendu qu'elle me dise comment comment doit-on savoir vivre. Elle s'est esquisser dans le silence changeant de table. Peut-être est-ce ainsi qu'on sais vivre? En fermant sa gueule et en payant sa facture. J'exagère bien entendu ne voulant aucunement méprisé cette pauvre dame, mais je porte une vive attention aux mots choisis et aux expressions populaires qui bien souvent me laisse patois. Quand je demande qu'elle serait le monde idéal dans lequel vous voulez vivre? Les réponses tardent à se manifester. Je pourrais citer l'expression suivante, c'est ça la vie qu'en creusant légèrement cette affirmation m'apparaît complément obsolète. Enfin par chance qu'il y a ceux qui ont des choses à dire à part du temps qu'il fera demain.


4 mai |

Faisons le point sur les relations amoureuses de nos jours. Cibole que c'est compliqué aujourd'hui. Dans le temps, tu rencontrerais quelqu'un qui te plaisait, si c'était réciproque, on s'embrassait et l'affaire était réglée, t'étais sa blonde, c'était ton chum. On s'aimaient. C'était comme ça et le sujet était clos. Maintenant, pas de consensus. C'est ta date, ta fréquentation, ton ami santé, ton chum, ta blonde. Tu es prêt mais l'autre on sait pas, on lui dit? D'un coup ça y fait peur? Après combien de temps on est un couple? On es-tu un couple? Veux-tu qu'on soit un couple? Ça se demande ça? Puis après combien de temps on peut se dire je t’aime? Qui le dit en premier? Parce que faut surtout pas faire peur à l'autre. Il faut réfléchir, calculer, planifier. Sans compter ceux et celles qui veulent s'engager mais pas trop. L'amour c'est pas supposé être ça me semble t-il. Faudrait trouver les règlements et statuer parce que personne est d'accord sur le sujet. On a tous notre bagage, nos expériences personnelles, plusieurs ont été échaudés, on a eu des déceptions, on ne veux pas répéter. On rencontre quelqu'un puis le hamster part. Tout à coup que là? Pis si jamais? Mettons que? On se questionne, on doute, y a toujours de quoi qui nous tracasse. On lui en parle? Il y a rien de pire que la peur d'avoir peur.


L'amour est devenu un commerce internationnal, vive la technologie, vive internet, vive les sites et groupes pour célibataires. On peut magasiner sur un méchant grand territoire maintenant. On ouvre le catalogue, on regarde la marchandise disponible. Tout y est, poids, grandeur, couleur des yeux, des cheveux, avec ou pas de cheveux, tattoos ou pas. On observe les photos, on like, on commente, on discute. On se rencontre peut-être, possiblement qu'on ressent un clic. Il ou elle nous plaît, mais le catalogue est encore là, puis peut-être qu'on pourrait peut-être éventuellement trouver mieux. On se lance avec lui ou elle? Si oui on se garde un pied dans la porte du catalogue pour échanger? C'est donc bien compliqué. Tout le monde dit que l'amour c'est beau et simple. Merde! Tout est rendu compliqué. Les gens sont devenus compliqués. J'arrive pas à adhérer à toutes ces pures conneries. Il me semble que si on est attiré par quelqu'un, une rencontre est nécessaire. Si on se plait, mettons tous les efforts sur cette personne. Rencontrez-vous encore et au plus crisse, puis le plus souvent possible et si ça continue de cliquer, lâchez tous les sites puis ça presse. Soyons heureux calvaire.


28 avril |

J'ai déjà écrit sur le sujet que je trouve important d'y revenir. L'homme est fait de nature et de culture. Sans cela ses éléments vitaux s'affaiblissent. De nature j'entends aussi de prendre soin de la vie en soi; bien s'alimenter, faire de l'exercice, du plein air, méditer. Dans les villes l'absence de la nature désoriente les gens surtout s'ils sont privé de culture en plus. Par culture j'entends principalement les échanges, les contacts. Vient ensuite la création et les arts. En ville le malheur s'affaisse dans le visage des gens. Cela a beaucoup d'influence sur moi ne pouvant me soustraire à la communauté. Les gens se promènent souvent seuls l'air hagard comme des zombies, les plus jeunes perdus dans leur téléphone, préoccupés. Les regards sont vides et les esprits ailleurs. Méditer est important ne serais-ce qu'une demi-heure par jour. Si on ne fait pas d'excercice régulièrement en vieillissant il y a des risques de maladies et de baisse d'énergie considérable. Tous le savent mais la paresse, le manque de motivation et de rigueur sont omniprésents. Le meilleur investissement c'est prendre soin de soi. Je fais chaque matin un petit yoga qui dénoue mon corps au réveil. J'aimerais développé des amitiés mais je trouve cela difficile. Les possibilités en ce sens doivent passer par des champs d'intérêts communs, même là il n'y a aucune garantie. Avoir des connaissances est une chose, l'amitié est autre chose. Dans mon travail autonome en tourisme d'aventures sur plusieurs décennies j'ai côtoyé beaucoup de gens et peu ou aucun d'entres-eux sont devenus des proches. J'ai gagné ma vie, ainsi j'en ai perdu une partie, celle des relations intimes qui requiert du temps et nourissent le coeur. J'ai recommencé à faire de la randonnée, ça me fait un grand bien. Hier, en marchant à la campagne, mon sac d'hydratation de deux litres a crevé en déversant son eau froide dans mes pantalons. J'aurais pu éteindre un incendie mais je n'étais pas allumé. J'ai fais séché le tout au soleil dans un champs m'y pré-lassant avec mon pique-nique. Le bonheur tout à coup est revenu après ces longs mois d'hiver. J'ai ressenti de la réclusion et de l'isolement n'ayant pas de véhicules durant la saison froide.


Une connaissance me dit que je suis courageux d'écrire publiquement mon journal sur le blogue. À vrai dire m'y exprimer permet à Vert l'Aventure Plein Air de rester vivant à mes yeux. Après trente années d'existence dans lesquelles j'ai vécu les aventures d'une vie, il m'était impossible de tout relâcher ça en un clic. L'aventure se poursuit donc ainsi, sous une forme différente, dans la parole transmise ouvertement et de la continuation partagée loin du placard et du cahier enfoui. À l'arrière de ce nom c'est moi seul qui a tiré les ficelles passionnément et minutieusement avec l'assistance d'un public téméraire et non moins téméraire. J'ai réussi à atteindre tous mes objectifs jusqu'au jour où les médias sociaux ont rivalisés avec mes initiatives. Heureusement c'est arrivé près de la retraite. J'aurais pu poursuivre cet élan mais avec la dernière cuvée de clients je perdais ma fierté et ma dignité dans lesquelles j'ai créé tant de projets exubérants et exaltants. De plus, la relève manquante chez les plus jeunes ont fait en sorte que je m'empêtraient de plus en plus de caractères disloquants. Sur les trente années de voyages et de randonnées tumultueuses j'ai vu bien des changements sociaux, de personnalités hétéroclites surtout lorsque internet est apparu en l'an 2000. Le surmoi et l'individualisme ont submergé avec fracas. Cette dernière flopée de troubadours fut le début du sentiment éprouvé de me sentir seul au milieu de la foule. J'ai ressenti une conspiration à mon égard et avec le club que j'ai mis tant d'efforts à maintenir vivant. J'ai su alors qu'il était temps, comme le fit Forest Gump, de rentrer à la maison. Mais avant la chute final j'ai mis à la porte les randonneurs récalcitrants qui m'ont manqué ardemment de respect et l'institution que j'avais créé trente ans auparavant. Ce n'est pas comme ça que j'entrevoyais la fin de cette aventure toutefois j'ai quitté la tête haute et le sentiment du devoir accompli. Par chance une année supplémentaire me fut offerte avec quelques fidèles et sympathiques participants. Le 26 février de cette dernière année on célébra mon anniversaire que je ne pourrai jamais oublié où une dizaine de compagnons de route étaient présents autour d'une belle table garnie. Je voulais poursuivre une année supplémentaire les activités que quelques jours plus tard on décréta la pandémie mondiale de COVID-19. Les deux prochaines années qui suivirent j'ai obtenu une subvention salariale qui m'ont aidé à atteindre la retraite fort méritée mais troublé de me retrouver ainsi seul. Une nouvelle étape devait être franchi dans le vide laissé devant tant de projets de voyages et de randonnées. Ce passage à vide je l'ai vécu difficilement avec raison que je commence à peine à me relever. Depuis je galère en vanlife car il faut bien des projets et des aventures, moi qui en fut nourrit toute ma vie. Les dernières années se sont manifesté dans l'instabilité et l'improvisation la plus totale mais j'ai néanmoins demeuré actif. Ce printemps je réalise que j'ai fait ce que j'avais à faire, que j'ai conservé mon authenticité et les valeurs qui m'ont accompagné depuis toujours et surtout en apprenant de mes expériences. Aucune ne furent bonnes ou mauvaises. L'important fut d'agir et d'avancer dans cette putain d'aventure que j'ai tant désiré. Nature et culture je me suis lié intensément, voyons voir ce que la suite me réserve.


25 avril |

Plusieurs aînés à la retraite surtout ceux qui vivent seuls vivent les contrecoups de la hausse du coût de la vie. C'est désolant de constater qu'une grande proportion de retraités sont obligés de retourner sur le marché du travail. Il y a deux façons d'accéder à la liberté, le premier en augmentant son pouvoir d'achat, le second en diminuant ses besoins. C'est une question de choix dont certains ne sont pas prêt à faire. Depuis quelques années l'autonomie de plusieurs personnes seules vient de prendre un sérieux coup notamment avec le coût des loyers et les frais de condos. Souvent c'est l'ennui qui pousse les gens sur le marché du travail. La liberté s'acquiert avec beaucoup de courage et de détermination. La liberté ne signifie pas absence de contraintes. La liberté ne s'achète pas, elle est le produit d'un état d'être qui n'est pas relié à l'avoir. Évidemment un minimum de sous est requis pour les besoins de base. Faire l'inventaire de ce qui est nécessaire est prioritaire quitte de se départir du bois mort. En perdant des choses on acquiert des nouvelles. Pensons au bonheur durable par exemple. Le chocolat ne l'est pas car si on en mange trop on devient malade. Le travail n'est pas un bonheur durable car après un certain nombre d'heures consacrer au boulot le corps et l'esprit deviennent malade. Une chose qui représente le bonheur durable est l'amour. La qualité de ses pensées aussi est du bonheur durable. Un esprit sain apporte le bonheur durable. Les rencontres fortuites sont pour moi des occasions d'apprentissage. Bien souvent les gens sont peu disposés à s'ouvrir. Il sera de plus en plus difficile aux gens de prendre le temps car plusieurs en manque en dehors du travail, de la famille et des obligations. Dans ce contexte la culture s'amenuise au détriment des tâches routinières. Je n'ai jamais été un homme conventionnel, ni un spécialiste, je suis un penseur social et un artiste dans l'âme débordant de curiosité et d'imagination. Ne pouvant assuré une sécurité matérielle à une famille je me suis retrouvé marginalisé et isolé en dehors de la boîte. Très jeune mon schéma fut le rejet et l'abandon qui a façonné ma personnalité empreint de méfiance. Je deviens rapidement indisposé en tentant de suivre le rythme effréné de la masse. Je ne suis pas de nature négative quoiqu'en pense certaines critiques à mon égard mais je suis réaliste dans ma perception. J'ai souvent dit tout haut ce que les gens disaient tout bas. Avec le temps j'ai appris à me taire pour me protéger et pour choisir mes batailles. Je possède certes des habiletés sociales mais je crois trop parlé. Mon écoute est parfois déficiente mais je fais des efforts. Il m'est difficile d'écouter des sornettes, des programmes télévisuels stériles et les grandes gueules. Je crois bien me reconnaître mais le danger c'est lorsque je me sens isolé sur une trop grande période de temps. Mon esprit alors se mets à entretenir des discussions belliqueuses en lien avec le sentiment d'isolement ressenti et le doute. La solitude désirée est une bonne chose mais lorsqu'elle ne l'est pas la souffrance qui incombe altère les pensées, les émotions et le comportement. En identifiant cette connaissance de cause je demeure vigilant et alerte pour ne pas immerger dans les profondeurs abyssales. 

24 avril |

Louis-Ferdinand Céline a écrit; on a beau dire et prétendre, le monde nous quitte bien avant qu’on s’en aille pour de bon. Voyager c'est bien utile, ça fait travailler l'imagination. Tout le reste n'est que déceptions et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force. Céline était le meilleur écrivain selon Jack Kerouac. Je termine sa bibliographie, il avoue que ce ne sont pas les plus grands écrivains qui reçoivent les prix. Kerouac est mort à quarante-sept ans. Cet hiver aura été ma plus longue période sans quitter la ville. Au plus loin que porte ma mémoire je ne me rappelle pas de cette absence prolongée de la nature. Il en a été ainsi. Je ne m'en porte pas plus mal que bientôt je ferai mon retour loin du bitume. Ce fut un passage obligé pour me recentrer et me reposer d'une agitation excessive. Mon coeur a traversé des montagnes russes dans la défunte saison mais j'ai le sentiment d'en ressortir grandi. La fierté que j'ai éprouver est d'avoir créer et maintenue une entreprise de tourisme d'aventure. En second lieu ma fierté s'est portée par l'acquisition à la retraite d'un petit campeur avec des expériences nouvelles du vanlife. Toutefois je préférais vivre ça à deuxEnsuite je suis fier de la résilience démontrée dans la discipline et la simplicité volontaire pour me rendre où je suis présentement. Cette semaine je vais assisté à un atelier sur l'amitié. Cet excercice a pour but d'exprimer tout haut ce que je garde profondément en moi. Ces ateliers m'offrent les élans nécessaires pour avancer et retrouver l'inspiration viscérale. 

Dans les médias la santé mentale fait beaucoup couler d'encre même si elle ne sert plus à rien. Je vois venir ça depuis déjà belle lurette. Ce sont les actions et préoccupations venant de la société qui feront émergé de nouvelles pistes, les gouvernents ne faisant que répondre aux urgences. Quoi qu'il en soit la santé mentale est, et demeure tabou. Elle est en contradiction avec le monde du travail et de la culture de performance des sociétés. Il va de soi qu'il faut travailler en amont, chose que les gens ne sont prêt qu'en face de leurs murs. Depuis six mois j'ai entrepris de fermes introspections et travaux sur moi qui m'obligent à observer la souffrance au lieu de la fuir. Autant ne pas se faire d'illusions, les gens n'ont rien à se dire, ils ne se parlent que de leurs peines à eux chacun, c'est entendu. Chacun pour soi, la terre pour tous. Cet extrait de Céline exprime ma pensée. Je trouve désolant de ne pas être capable d'apporter vers moi les richesses de ce monde telles l'amour, le partage et l'amitié. Restera bientôt l'air frais des bois et les somptueux paysages pour compenser la présence tardive d'un être cher. Un jour Robert, personnage quelconque, a appelé le 911 et quand il est arrivé à l’urgence, le médecin lui ai demandé: pourquoi êtes-vous ici? Il m’a dit; docteur, je meurs de solitude, ne me renvoyez pas là-bas. Des organismes, encore trop peu nombreux et marginaux tentent de remédier à ce fléau qui cangrène les sociétés modernes. Des lacunes et des préjugés existent. Les moyens efficaces pour les atténué existent, pour avoir tenté d'y faire face, mais la volonté et le courage n'y parviennent pas. L'orgueil et la honte indisposent la mise en place de moyens durables pour atténuer la solitude. Ce thème est celui que j'ai mis le plus d'énergie à dégager de ma vie. Pour plusieurs la volonté est là mais les moyens sont déficients. Je ne blâme personne devant ces faits accomplis. Je ne fais que relever des aspects qui me touchent et dont je me sens impuissant. Peut être est-ce ainsi le destin de l'homme, le mien? S'affranchir à chaque jour de ses malheurs et savoir relativer la nature humaine est prioritaire j'en conviens. De tous les temps les hommes ont été troublé de ces maux à différents degrés. L'histoire nous démontre que le chemin des hommes est ardu. L'utopie des temps modernes en rapport avec le bonheur se fissure insidieusement. C'est pour cette raison que le monde se replie sur lui-même actuellement. Heureusement qu'il y a la littérature pour mettre un beaume sur mes plaies. Heureusement que le soleil brillera à nouveau.


20 avril|

Les gens étant ce qu'ils sont, le monde étant ce qu'il est, il serait prétentieux de ma part de vouloir changer qui ou quoique se soit, je n'ai pas toujours été ainsi. L'éducation doit être priorisé afin que tous et chacun détiennent de solides bases pour apprendre à réfléchir et s'épanouir en harmonie avec soi-même et son environnement. Dans une certaine mesure l'espace rétréci avec le temps. Les possibilités s'amenuisent contre ma volonté. Cette semaine au café philosophique le cours de la soirée était dispersé. Il aurait été convenable de faire bifurquer la discussion vers des sujets davantage philosophiques. La politique et les jugements de société ont été largement priorisés. Il y manquait de profondeur malgré les tentatives exercées. Malgré tout j'ai passé une bonne soirée en admettant que le groupe reflétait la société en général avec ses grandes gueules toujours prêt à changer le monde dans pour autant se regarder en face. Je me suis abstenu de parler pour ne pas m'engager dans le populisme. L'écoute dans les groupes sans jugement m'apparaît soudainement révélateur. Ce qui détonne dans certains propos concernant le consumériste c'est que le monde le décrit âprement et que la plupart en font grand usage. Une dame me dit trouvé aberrant le nombre d'objets inutiles se retrouvant dans les commerces. S'ils s'y retrouvent c'est parce que des gens les achètent. Qui est à  blâmer alors? Un ami critique le prix exorbitant des petits déjeuners offerts dans les restaurants. Près de cent dollars pour quatre personnes pour quelques oeufs, du café et un peu de pain. Pourquoi y va-t-il alors? Ce genre d'attitude est ridicule. Il en est de même pour les élus. À peine ils sont au pouvoir qu'ils se font critiqué. Raisonnement absurde comme l'écrivait Albert Camus. Il m'apparaît difficile de me joindre à des groupes, le privé empiétant impitoyablement sur le public. Je me sens exclu et j'éprouve des difficultés à bien en comprendre les raisons. Plusieurs ne voient pas les mouvements culturels d'exclusion étant eux-mêmes dans des réseaux hermétiques et sélectifs. Personne n'est obligé de quoi que se soit envers moi. Mes attentes sont grandes, mes besoins affectifs inassouvis j'en convient. Beaucoup de gens s'aliènent de leur travail, de leur groupe d'appartenance, l'alcool ou d'autres addictions tels les médias sociaux dans lesquels ils sont affilié. Sombres illusions bien souvent. La place publique est devenu qu'un large spectre de réseau fermé où les gens s'entassent dans la foule indifférente. Ils ne semblent pas demandé davantage que cette illusion grotesque du sentiment de ne plus être seul. Seul dans la foule, je connais ça, le problème dans la solitude prolongée se sont certaines pensées qui tournent en boucle. À compter de la semaine prochaine je pars en forêt et sur les routes prendre un recul de ce cirque ridicule de l'indifférence. L'important est de ne pas être indifférent envers moi-même malgré l'absence d'amour partagé. En attendant j'apprécie le sentier de la nature des Plaines d'AbrahamGet out of the box cet l'été sera mon rituel pour rompre de ma sordide et nécessaire routine. Dualité toujours dualité qui draine son lot d'incertitude et de contradictions. Mon signe astrologique est poisson, son symbole est deux poissons reliés ensemble nageant dans des directions opposées, dualité extrême. Le monde est d'une complexité inouïe qu'il ne faut pas trop tenté de comprendre au risque d'y perdre son temps et son énergie. Seul le mouvement demeure nécessaire pour ne pas perdre l'équilibre. Dans notre malheureux monde, celui qui a est, et celui qui n'a pas n'est pas.


14 avril |

L'inspiration littéraire me provient ces temps-ci d'une bibliographie de Jack Kerouac, l'auteur du célèbre roman sur la route. La vie de l'auteur franco-américain de Lowell au Massachusetts ne sait pas fait dans la dentelle. Il fut le fondateur de la beat generation avec Allen Ginsberg et William Burroughs. C'est l'époque du jazz des années 40-60 à New York. Beat signifie le rythme associé au jazz. Le terme sert à désigner un ensemble de jeunes adultes paumés, nomades, qui deviennent auteurs et sujets de chroniques et textes. Cette période précédée du mouvement hippie et rock représentait une fracture sociale du conformiste américain, la contre culture. La différence entre la beat generation et le mouvement hippie est fort simple. Dans le premier, l'individualisme et les connaissances littéraires étaient mises de l'avant alors que le mouvement hippie des années 60 favorisait les communautés et la culture de masse. Toutes les deux étaient appuyés sur un modèle révolutionnaire et réfractaire à la culture en place. La drogue, l'alcool et la sexualité débridée étaient accompagnés des mouvements révolutionnaires non violentes de la contre culture. On retrouve quantité de terme associés aux mouvements. Hipster signifie un jeune urbain qui affiche un style vestimentaire et des goûts à contre-courant de la culture de masse. Le terme hobo provient de vagabond, clochard qui a précédé la beat generation qu'a repris Jack Kerouac dans ses aventures. Les hobo voyageaient dans les trains de marchandises au début du XIXème siècle qui a fait éclater sa propre culture. Le mouvement hippie est considéré la dernière résurgence spectaculaire du socialisme utopique. Le dénominateur commun de plusieurs artistes se retrouve dans leurs parcours parsemés de souffrances. Bob Dylan, récipiendaire d'un prix Nobel en littérature en 2016 fut l'un des plus grands porte-parole de ces époques révolutionnaires et encore acclamé aujourd'hui. Les modèles, tuteurs et influences ont fait défaut pour la plusieurs d'entre-eux. Ils ont rêvé d'idéal, d'utopie. Ils ont voulu changé le monde qui leur a échappé, plusieurs ont payés chers de leurs naïvetés. Certains ont réussi à se faire une place par leurs talents exceptionnels et leur détermination courageuse. Il n'y a rien de bien nouveau dans mon exposé historique. Il a ceci de fascinant que ma jeunesse l'a traversé en conservant des traces indélébiles. L'histoire m'aide à comprendre la société actuelle. Sortir du cadre me permet d'agir autrement en innovant. Get out of the box comme disent les américains est le recul nécessaire pour vivre consciemment. Aujourd'hui par hasard je rencontre deux anciennes connaissances plus jeunes que moi, le premier est devenu bipolaire et le second est atteint de la maladie de Parkinson. Un troisième a laissé sa femme à 72 ans après dix-huit de vie commune pour vivre son homosexualité. Ici je ne parle pas de tous ceux rencontré dans un passé qui m'apparaît pas si lointain que j'ai peine à reconnaitre. The time they are a changing chantait Bob Dylan comme si nous étions tous dans une gare pour une destination inconnue. Une montagne est comme un Bouddha. Pense à leur patience. Il y a des centaines de milliers d'années qu'elles sont parfaitement silencieuses, comme si elles priaient pour les êtres vivants dans le silence, attendant que nous mettions un terme à notre agitation et nos stupidités affirmait Jack Kerouac. En 1956 le poète, militant et anarchiste Gary Snyder, une connaissance de Kerouac écrit; j'entrevois la grande révolution des sacs à dos. Des milliers, des milions de jeunes américains, boudant leur rue et prenant la route, escaladant des montagnes, tous transformés en fous du zen, lancés de par le monde pour écrire des poèmes inspirés et des mots d'amour.

7 avril |

Le bon vieux jazz à mon goût; Chet Baker le matin, John Coltrane le soir. Les figures majeures sont les pianistes Duke Ellington, Oscar Peterson, Herbie Hancock et Count Basie, les trompettistes Louis Armstrong, Miles Davis, le contrebassiste Charles Mingus, les saxophonistes Lester Young, Charlie Parker et John Coltrane, le clarinettiste Sidney Bechet, et les chanteuses Nina Simone et Ella Fitzgerald. Dans un tout autre ordre d'idée, l'essai littéraire adopté est un travail écrit de réflexion concernant un ou plusieurs sujets précis. Il aborde divers domaines, à savoir la philosophie, la politique, l'histoire, la science etc. Ouvrage en prose, l'essai littéraire développe un discours libre et affectif. L'essai est un genre argumentatif proche de la réalité et rejetant la fiction. Il est toujours écrit en prose reposant sur l'observation de faits et sur une analyse de l'auteur qui présente sa propre opinion sur un ou plusieurs sujets étayées d'arguments et d'exemples tirés de son expérience personnelle. L'essai littéraire se distingue par un style simple et clair, typique de l'observation, l'analyse et l'explication. Le raisonnement se fait de manière logique en utilisant idéalement la première personne du singulier, le je. Sur un autre sujet, Heidegger se contentera de rappeler que la vérité n'est pas la construction d'un mécanisme explicatif pour tout ce qui arrive, mais le dévoilement de l'être par la parole poétique, dévoilement dont aucun mécanisme explicatif ne peut rendre compte. L'homme absurde n'a pas de sens car sa vie ne va nulle part, mais, n'allant nulle part, il lui semble permettre de vivre chaque instant avec intensité. Je peux me rapprocher de la vérité en sachant bien que je ne la posséderai jamais que ce soit envers moi-même ou autrui. Chercher la vérité, c'est comme disait Socrate, faire de la philosophie. La recherche de la vérité commence avec un aveu d'ignorance. Aucun jugement ne me donnera accès à la nature profonde des hommes et des choses.


4 avril |

Durant le long weekend de Pâques, j'ai mis de l'ordre dans mes affaires. Je mets ainsi le pied dans la nouvelle saison en ressuscitant parmi les morts, un peu comme l'autre gars. Un ami Roger, octogénaire vif d'esprit et de corps voudrait mon aide pour l'initier à internet et ses applications. Il était sociologue de formation, il possède un assez bon discernement, il a toute mon admiration. Il ménage la parole et privilégie l'écoute active. Dans un premier temps j'essaie de lui venir en aide avec son téléphone. Après quelques minutes je perds patience du faible degré de connaissance avec l'objet sacré. Quelques semaines passent que je pense à lui et ses intérêts qui me semblent contradictoires. En réalité il n'aime pas s'amuser avec son bidule à part d'avoir des nouvelles de ses quatre enfants à l'extérieur de la ville et prendre les appels de sa conjointe qui partage sa vie harmonieusement depuis quarante ans. Au café j'entrepends de pousser plus loin sa réflexion sur le sujet. Une seule et unique raison de sa motivation est d'envoyer sur la toile ses opinions diverses sur la société et le monde. Je lui demande s'il veux communiquer, échanger ou débattre. Dans la négative il ne semble vouloir qu'exprimer ses opinions en crachant son venin comme tant d'autres dans cet étrange univers. Il y a beaucoup plus d'émetteurs sur internet que de récepteurs. Les gens croient participer mais en réalité ils sont en face d'un monde cruellement vide. À moins d'y tenir un journal pour seul exercice exutoire comme je le fais par ailleurs son intention m'apparaît inconsistante. En le mettant face à lui-même vis-à-vis son intention, il a rapidement compris que son objectif était insensé et qu'il devait davantage tenter de s'exprimer dans le monde réel avec des gens réel. Ce n'est pas que les utilisateurs des médias sociaux ne soient pas réels mais le véritable dialogue est limité dans cet univers égocentrique et paradoxal. Depuis quelques mois j'ai la nette impression d'évoluer dans la bonne direction. Je revisite les forces qui m'ont toujours habité en déterminant méticuleusement mes intérêts profonds et les valeurs auxquelles je m'identifie. La retraite m'a permis de me détacher du rôle matérialiste qui fut celle de vendre mes idées et mon temps dans ce qu'on nomme le travail. Comme dit le dicton; le monde ne sait pas fait en une seule journée. Je dois prendre mon mal en patience que bientôt je récolterai le fruit de mes efforts. Ma force principale étant ma résilience, l'équilibre sera mon salut.


31 mars |

J'écris toujours le blogue de mon téléphone en débutant mon brouillon dans le bloc-notes. De ne pas être toujours dans la même position statique me fourni l'inspiration. De toujours j'ai été dans la simplicité volontaire et involontaire par défaut. Je voulais voyagé. J'ai réussis avec plus de trente pays côtoyés sans compter toutes les montagnes et le reste. Si j'avais travaillé pour les autres on ne m'aurait pas permis ces voyages. De plus, en accompagnant des touristes j'avais un salaire et mes dépenses modestes étaient payées. C'était loin d'être parfait tout comme le reste mais j'ai réalisé de grands rêves. Tôt dans la vie avec mon cheminement, mon énergie débordante, mon besoin d'attention et de reconnaissance, il m'était impensable de travailler pour les autres. De toujours j'ai pris des chemins de travers. Je fus un autodidacte engagé et je continue fièrement de l'être. De toute ma vie j'ai rêvé pour oublier l'indifférence et l'ennui. Je viens de lire les touchants poèmes de Raymond Lévesque dans l'espoir n'est pas un nuage qui descend du ciel. Le poète était un grand défenseur de l'amour. Il dénonçait vigoureusement la guerre, la misère, l'indifférence, la spéculation visant à enrichir les uns aux détriments des autres, de la nature et l'accumulation de richesses excessives. Dans une section du recueil il parle de la cité. Parmi la foule qui le bouscule, il se cherche un ami mais ne trouve rien. C'est chacun pour soi dans la course pour la survie. Peuplée de gens dont le coeur est ailleurs, la cité fait des hommes durs et égoïstes. La grande ville est un forgeron impitoyable, le profit et l'enrichissement pervertissent sans mesure. Là où il n'y a pas d'amour, il n'y a pas de civilisation. Partout des gens qui ont peur qu'on leur prennent quelque chose, de leur temps ou leur âme. Le poète éprouve du respect pour le bois qui représente la vie mais pas pour le fer qui représente la guerre et la mort. Le poète est rude envers les hommes. S'est-on déjà demandé si cela est normal qu'il y est un coût à la vie ? Que signifie gagner sa vie selon l'adage populaire ? Et l'on rajoute inlassablement; c'est ça la vie. Le Canada vient d'atteindre quarante et un millions d'habitants. Un million durant les derniers neuf mois. Le Canada est une terre d'accueil. Oui nous sommes généreux et naïf. Je crois en la diversité quand elle se porte bien. Pour le reste tant pis pour nous. Une fois j'aimais, et je crus qu'on m'aimerait, mais je ne fus pas aimé. Je ne fus pas aimé pour l'unique et grande raison que cela ne devait pas être. Je me consolai en retournant au soleil et à la pluie et en m'asseyant de nouveau à la porte de ma maison. Les champs, tout bien compté, ne sont pas aussi verts pour ceux qui sont aimés que pour ceux qui ne le sont pas. Tiré du gardeur de troupeaux d'Alvaro de Campos, hétéronyme de Fernando Pessoa. Je marche beaucoup seul en ville, malgré la relative tranquilité, rarement on ne m'aborde dans les cafés ou les lieux publics. De tout temps j'ai fait les premiers pas. En m'interposant la plupart du temps, les gens sont étonnés qu'un étranger leur adresse la parole. Ce n'est pas le propre à Québec mais à la plupart des villes. Toutefois c'est ici que j'ai grandi et vécu. Je me sens familier aux lieux mais pas aux gens. Les villes ne sont pas adaptées pour recevoir autant de gens, pour créer du bonheur. On ne se pose peu la question hors des préoccupations pécuniaires. Heureusement que les beaux jours s'en viennent et que le vent du large m'incombe le répit nécessaire devant ces réflexions blafardes. Raymond Lévesque fut un être contrarié avec raison. La vie n'a pas de sentiments, que des lois. Les lois sont au-dessus des gens riches. Ceux qui ne les respectent pas sont condamnés à mourir. Je suis un ressuscité comme l'autre gars cette semaine. Le poète nous aura donné une chanson éternel; quand les hommes vivront d'amour.