Bienvenue sur mon blogue personnel. Ce journal intimiste exprime un désir de dépassement et d'authenticité.
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1er mai |
Ici, l'objet de la consommation devient le pur indice de la culture. La culture de notre société équivaut aux produits de consommation que nous utilisons à grand usage. J'ai parfois l'impression de ne rien créer, mais simplement de copier. Avez-vous l'impression que le monde d'aujourd'hui n'est qu'une grande reproduction du déjà-vu ? L'intelligence artificielle n'est-elle pas le fruit d'une reproduction à grande échelle qui ne fait que copier ce qui a déjà été vu ou entendu ? Sa différence réside dans la vitesse à laquelle elle peut faire des opérations, ce qui est nettement nouveau à l'heure actuelle. En réalité, elle ne crée rien de nouveau à part que de faire des calculs. Il lui manque l'intelligence émotionnelle pour pouvoir créer. Les gens d'aujourd'hui sont devenus des tièdes si on les compare à ceux d'hier. Je pourrai plus longtemps vous parler de la tiédeur en recevant sous peu le livre de Philippe Garnier qui parle de ce sujet. Pierre Nepveu appelle la dévastation programmée et l'effacement tranquille des lieux qui forment nos vies. Serait-ce parce que nous changeons qu'on devient si indifférent ou bien c'est l'indifférence qui nous transforme ? À force de regarder les trains passer, perdons-nous la force de vouloir changer quoi que ce soit qui sortent de nos écrans et de notre torpeur. Est-il possible que nous ayons perdu tout espoir de transformer le monde ? Serait-il possible que nous ayons déjà amorcé la décroissance par notre indifférence et notre désespoir ? Et si la vie, telle que nous la connaissons, n'était qu'un ensemble de cycles qui se répètent sans cesse ? La différence aujourd'hui, c'est que les cycles de la nature se trouvent fortement perturbés par notre pouvoir de destruction quadruplé par les moyens dont nous disposons. La démolition célèbre le culte de la nouveauté sans cesse car nous ne savons jamais nous satisfaire. De ces faits, nous ne cessons d'évoquer le progrès comme alibi. Notre cupidité se cache derrière l'idée du progrès. Marie-Hélène Boyer dit qu'on s'évertue à démolir ce vaste presque-pays depuis des décennies pour bâtir le vide, joyeusement tourné vers l'avenir. Aucune grande bannière ne manque au Nouveau-Monde que nous avons choisi de construire et qui dessine un paysage de partout et de nulle part à la fois. C'est comme ça que le Québec s'est construit depuis des décennies et qui continuera de s'effacer dans la médiocrité pour longtemps encore. On dira qu'il y a des quartiers où c'est différent avec des boutiques locales et personnalisées. Toute cette panoplie de petits commerces au cœur des villes illustre bien les divisions de classes qu'ils exercent par les prix exorbitants qu'affichent l'ensemble des produits offerts. Et pendant tout ce temps, la plupart de nos ressources partent pour l'étranger, garnir les coffres des multinationales qui nous revendront ensuite au quadruple les produits transformés. À titre d'exemple, mon père avait de magnifiques bibliothèques en érable avec des panneaux de verre rétractables. C'était ce qu'il y avait de plus beau chez moi lorsque j'étais enfant. À son décès, ma mère a déposé toutes les bibliothèques à la poubelle sur le bord de la rue. Depuis, la seule bibliothèque que je possède est en mélamine. Les promoteurs d'aujourd'hui ne sont que des pilleurs d'héritage. Il y a tellement de patrimoine enfoui sous le bitume que j'ai quasiment envie de pleurer. Comment arrive-t-on à liquider de cette façon l'héritage que nous a légué les générations qui nous ont précédés ? Cela démontre le peu de respect que nous avons envers ceux qui nous ont mis au monde. Au-delà des budgets souvent faméliques des petites et moyennes villes de la province, il est ardu de départager ce qui relève de la mauvaise foi, de l'ignorance ou de l'arbitraire dans ces motifs tortueux qui guident les décisions de nos élus en matière de sauvegarde du patrimoine. C'est de même car c'est de même, diront certains des plus ignares d'entre eux.
