Correspondance

Bienvenue sur mon blogue personnel. Ce journal intimiste exprime un désir de dépassement et d'authenticité.

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Polarsteps



9 février |

Comment pouvons-nous penser à faire un pays alors qu'on est même pas capable de construire un pont ? Existe-t-il un sens qui nous dépasse dans la vie ? Chaque individu est totalement responsable de ses actes et de la création de ses propres valeurs, ce qui génère une forme d'angoisse. La perspective spirituelle du sens de la vie pour beaucoup provient d'une réalité transcendante, souvent liée à un créateur, donnant un but supérieur à l'existence. La question du sens de la vie qui nous dépasse est une interrogation philosophique et existentielle centrale. Si certains trouvent un sens transcendant dans la spiritualité ou la foi, le sentiment de dépassement peut également provenir d'expériences sublimes, comme la contemplation de la nature ou de créations artistiques. J'ai connu des gens qui étaient rébarbatifs aux discussions philosophiques. Bien souvent, ces gens ont peur devant autant d'incertitudes reliées à la remise en question de leur pensée et de leur existence. Il y a aussi ceux qui évitent de se poser des questions. Il y a les matérialistes qui sont tout le contraire des êtres spirituels. Afin de diminuer mon angoisse, j'évite de trouver des solutions qui ne soient pas à ma portée. Ce que je sais aujourd'hui sera ce que je doute demain. À cela, il me faut m'en faire une idée. À chaque jour, les nuages passent et les pensées aussi. Si les pensées s'accrochent, c'est signe que quelque chose ne va pas. Que faire alors ? C'est lorsque je suis loin de la foule que je me sens au-dessus de la mêlée. Éveillés sont mes sens du matin jusqu'au soir. J'éprouve de la fatigue à être aussi imprégné de curiosité et de vigilance. En explorant mon esprit le soir venu, je me retrouve et me quitte. Étrange paradoxe, la dualité trône partout. Je dois retrouver la joie dans tout, même dans mon malheur. Que cesse en moi toute forme d'identification et de jugement. Mais qu'est-ce que j'attends pour être heureux ? Il y aura toujours une bonne raison pour éviter de l'être, alors à quoi bon de souffrir ? Qu'il est bête de trop se mêler de politique et de querelles trop humaines et subjectives. N'existe plus la logique des résultats et des objectifs que l'on ne peut atteindre. Il y a des gens qui croient qu'il faille travailler sans cesse pour être heureux. Soit qu'il travaille pour le bien du monde ou bien pour faire ce que tout le monde fait. Une connaissance ne sait pas pourquoi il travaille, à part se donner bonne conscience et refuser d'avoir à demeurer trop longtemps face avec lui-même. Il n'est pas le seul, qu'on se le dise. Et plus tard, ils se demanderont : qu'ai-je fait de ma vie ? Le bonheur ne provient pas toujours de nos efforts. Le bonheur provient aussi du lâcher-prise. C'est lorsque la récompense ne vient plus qu'il est temps de se poser des questions. Et si la récompense à laquelle j'aspire est de ne plus souffrir. Je m'interroge ces temps-ci sur le rôle que peut jouer la spiritualité dans cette affaire. Et si je me mettais à croire à l'impossible ? Et si je changeais le cours de mes pensées ? Et si je laissais passer Dieu en moi comme une respiration sans y croire ? Et si je cessais de vouloir définir Dieu au lieu qu'il me protège ? Jérémie McEwen me propose une réflexion sincère et profonde en lien avec l'idée de Dieu. Ce n'est manifestement pas un sujet populaire dans les temps qui courent. C'est ainsi que je me porte acquéreur de ce sujet qui rend perplexes les athées et les sceptiques. Et si Dieu se manifestait quand je respire ? Définir Dieu, c'est cesser d'y croire. Et si Dieu possédait des noms différents, serions-nous en mesure de le croire davantage ? Toute cette réflexion est métaphysique car le sujet est aussi métaphysique. Je déteste l'idée que l'Église se soit approprié Dieu pour en faire son dessein. Petit, je m'agenouillais pour prier le soir avant de me coucher. Je demandais pardon pour mes fautes commises en faisant mes vœux pour faire de moi un garçon meilleur et plus heureux. C'était là un moment solennel dont j'étais face à moi-même. Plusieurs ont été meurtris et affamés par la religion. Je n'ai pas connu ce sort mais davantage l'incompréhension devant tant de paraboles inatteignables dans mon esprit et mon cœur. Nous étions là parce que tout le monde y était. À ce moment-là, je croyais que le monde serait toujours pareil.


8 février |

Les chants des hommes sont plus beaux qu'eux-mêmes, plus durables et plus riches d'espoir, raconte Catherine Ringer. C'est quand même étonnant d'exister. C'est quand même étonnant de vivre, considérant tout ce que nous avons et aurons à traverser. Pourquoi chercher des réponses à des questions qui n'ont pas de réponses ? L'idée de Dieu est en une. Je crois que plusieurs qui ont connu la souffrance et la misère ont plus de chance de croire en Dieu. Cette affirmation n'est aucunement une vérité, je tiens à préciser. Parce qu'ils ont tout essayé, il ne leur reste qu'à réclamer la bonté divine et la présence de Dieu pour qu'il se mette à leur service. De plus, nul rendez-vous ou contribution dans une clinique quelconque n'est nécessaire pour s'entretenir avec Dieu. Ce ne fut pas toujours le cas par l'intermédiaire de l'Église et du paradis. Les protestants attestent que Dieu dans la religion chrétienne, doit passer par l'intermédiaire de l'Église pour se manifester aux croyants. Par mes réflexions, je ne tente pas de propager quoi que ce soit. Ma démarche ici est de regarder Dieu comme un sujet métaphysique. On peut définir la métaphysique comme cette discipline prenant pour objet ce qui échappe à toute expérience possible, ce qui dépasse la réalité sensible et physique. Ce qui m'intéresse, c'est le pouvoir de la croyance en Dieu qui s'exerce sur les hommes. Des fidèles qui décident de croire en Dieu même s'ils n'ont aucune preuve de sa présence, s'appelle avoir la foi. Lors d'une visite dans un temple vietnamien, les gens massés autour des statues offrent leurs vœux. Ils croient fermement que certaines statues bougent sous leurs présences et leurs prières. Les statues vivent dans leur croyance. La force de la foi déplace des montagnes, comme il est dit. Le sens des choses entre en soi et passe par l'hospitalité, dit Jérémie McEwen dans : je ne sais pas croire. Ce nouvel ouvrage m'inspire en abordant l'idée de Dieu d'une façon fort différente. N'existe-t-il pas un sens qui nous dépasse ? L'humanité me nourrit. Quand je pense à tout ce temps à vivre dans mon cocon, je peine à respirer tant que cette idée me pèse. La lubie d'autarcie est un mal que j'ai connu. Se suffire à soi-même est une utopie. On aura toujours besoin des autres. Certains diront qu'ils ont besoin d'un Dieu pour être autonomes et affranchis. Parfois je suis gêné de mon infinie prétention que j'ai de croire que je peux vivre seul. Aujourd'hui, j'utilise ces moments de solitude pour reprendre les études que jadis j'avais abandonné trop tôt. Il y a une forme de dualité dans cette prétention de me suffire à  moi-même ; croire ou penser. Travailler au bien du monde est la meilleure façon d'atteindre le véritable bonheur. Je porte cette réflexion au plus profond de moi-même à la lecture de ce passage. Travailler sur soi-même est d'autant plus important que de travailler à tâtons à vouloir sauver le monde. C'est avant tout en travaillant sur soi que l'on peut connaître la direction à prendre pour travailler par la suite sur le bien du monde. Et si c'était en travaillant pour le bien du monde que je réussis à travailler sur moi-même. À première vue, cela peut paraître égoïste, je l'entends. Pour ne pas rater sa cible, il faut au préalable s'exercer et se connaître. Sans certaines connaissances de base, nos actions demeurent insipides et inachevées. Mais pourtant l'amour seule peut faire une différence. Mais l'amour ne vient jamais seul. Les nouveaux dieux à l'heure actuelle s'affirment dans la politique et l'économie. Le monde ne sera jamais satisfait par un projet politique national. Partant de l'idée que c'est un mal nécessaire, il est toutefois grand temps de penser plus loin. Unir notre lien avec la nature est l'une des plus grandes actions que nous pouvons faire pour sauver le monde et par ricochet nous-mêmes. Pour une grande part du monde, la nature ne représente que des actions octroyées à la bourse afin d'accroître nos dividendes et notre pouvoir d'achat. Qu'il est triste de voir à quel point nous sommes devenus indifférents envers la vie qui nous a créée. La nation, la cause, le militantisme ne combleront jamais ce vide en nous qui appelle à plus grand. Seul le sentiment de la communauté du vivant pourra nous sauver. Je ne vois pas à l'heure actuelle des grandes actions portées en ce sens, bien au contraire. Il ne s'agit d'ouvrir la radio ou le téléviseur pour comprendre la mauvaise direction que prend le monde. Comment en sommes devenus que le bien de rallie aussi intensément au mal à notre époque ? Et puis Dieu se tait pendant ce temps-là car nous sommes trop occupés ailleurs pour l'entendre, si jamais il existe. Nous avons tellement d'incertitudes. Là va la pensée, l'énergie va. Je pense ici à l'énergie que le parti québécois mettra pour faire valoir l'identité nationale. Ce parti s'affirme en tant que héros et victime en adoptant un cloisonnement identitaire et un récit dépassé. Répéter l'histoire est la dernière chose à laquelle on doive se soumettre. La liberté est souvent perçue comme une illusion et un rêve. La mise en scène devient bancale à force de répéter les mêmes histoires. Si ces acteurs ne cessent de le faire, c'est qu'ils savent qu'ils trouvent preneurs dans l'assemblée des reclus et des petits morveux. Qu'avons-nous d'autre à régler que de soigner la terre et les gens qui l'habitent ? La maturité intellectuelle n'est jamais acquise, car les priorités ne vont pas dans le bon sens. C'est dans l'effort de déconstruire que nous pourrons laisser le monde vivre. Il faut laisser être l'être. Je ne dois pas outre mesure choisir mes projets et mon chemin, je dois les laisser se révéler à moi-même. Ce n'est que lorsque le vase se vide qu'il peut se remplir à nouveau. Pourquoi tant de résistance pour être heureux et travailler pour le bien du monde ? Et pourquoi je n'irai pas prier pour que mes vœux soient exaucés ?


7 février |

Froid, belle neige. Une veine éclate. Vite, je quitte. Un nouveau fauteuil en tige légère trône au salon. La vue sur la pièce depuis cet endroit m'offre une nouvelle perspective. Le quotidien est fait de ces petites choses qui me rassurent en même temps qu'elles me rendent fou. Je n'y peux rien ou presque. Modifier mes perceptions ? Dans mon gîte, je tourne en rond face à moi-même. Et si j'avais à mes côtés une personne ou une compagne ? Rien ne garantit que le quotidien ainsi ordonné suffirait à ma peine. L'issue ne provient pas de l'extérieur mais de l'intérieur. Il pourrait y avoir pire, c'est ce qu'on se dit pour se rassurer. Ma misère, si elle en est une, est subjective. Que vaut cette expression : c'est en se comparant qu'on se console ? Une douleur sous le pied fait ruminer mon esprit. Dans ces instants trop longs et inquiétants, la pensée du verre à moitié plein devrait me me consoler. Accepter ce qui est et savoir reconnaître les choses que je ne peux changer. Je peux transformer mes émotions. Savoir gérer ses émotions est un thème qui n'épargne personne. Nul ne réagit de la même façon aux événements et aux pensées qui génèrent les émotions. Le cercle vicieux est rempli de pensées qui se transforment en émotions et les émotions en comportements. Monter au balcon et les observer, tranquille. Je prends conscience du souffle. Le nombre de pensées diminue et le calme revient. Tout à coup, la réalité prend une nouvelle forme. Tout ce que je ferai et où j'irai, si je n'applique pas cette règle, rien ne changera en tentant de fuir ou de me mentir. Lorsqu'on a tout essayé et que la douleur persiste, méditer et accepter est tout ce qui demeure. La lumière abonde dans le ciel à mesure que l'hiver avance. Voir le verre à moitié plein, c'est rester assis temporairement en ayant espoir que les choses se transforment d'elles-mêmes dans la paix et la douceur. Si les miracles existent, faites moi-en la preuve. Le repos du guerrier est aussi important que boire et marcher. Mes propos ne relèvent ni de l'art, ni des affaires extérieures, mais bien de la réalité à vivre avec ce que je possède. J'offre quelques leçons de vie en partage aussi bien à ceux qui me lisent qu'à moi-même. Il est de ces choses que je ne peux comprendre dans toute leur entièreté, c'est comme ça. La vie est ce qu'elle est. Tenter d'aller plus vite est vain et surnaturel. C'est ainsi que se déroule une partie de mon quotidien en fin d'après-midi ; à somnoler et à regarder tomber la neige. À défaut de pouvoir marcher à ma guise, je fais marcher mes mots pour trouver la force et l'équilibre. Dans les rites, l'âme se sent bien. Les rituels me permettent de renouer avec un monde familier, ordonné, rassurant, celui de mon identité. La discipline me permet de prendre conscience que je suis un acteur de ma vie au lieu de la subir. Être au repos forcé semble me rendre passif mais en moi un être s'éveille et marche. C'est en lisant que je peux poser mon esprit sur quelque chose de concret. À défaut de lire et de m'occuper, mes pensées se bousculent. Si le présent et la réalité ne m'habitent pas, je souffre. Si l'instant est relié à la présence, il passe par moi. L'instant présent est une force et une responsabilité. Anselm Grün est un croyant invétéré de Dieu. Il ressent sa présence dans tout et surtout dans l'instant présent. Malgré ma laïcité, je m'incline devant ceux qui ont la foi de guérir et d'apaiser. Saint Augustin invite à établir le calme et la tranquillité en soi pour obtenir la paix d'esprit. Quoi de plus élémentaire, mais parfois si difficile. Le plaisir ne pouvant être prolongé, l'éternité recherchée consiste à vivre pleinement le moment présent et à se donner complètement à ce qu'on est et à ce qu'on fait. La conscience du temps qui passe est douloureusement associée aux tâches à faire et au fait de vivre dans le passé et le futur. Le passé est bien souvent inconscient et la pensée du futur symbolise la peur de s'ancrer au présent. Le plaisir est dépassement du temps. Le bonheur est présent lorsque je vois que tout est relié, y compris moi-même au reste du monde. Dans la peur, il y a la division et dans la paix, l'unité. Maître Eckhart part du principe  un avec Dieu permet aux hommes d'outrepasser le temps et d'éprouver l'éternité. Cela est dit dans le mystère de la foi, base substantielle de la croyance en Dieu. Les anciens et les bouddhistes affirmaient la même chose en des puissances différentes. Par exemple, dans la pensée de la douleur, je ne cesse de me projeter inconsciemment dans la peur. Ça commence par le premier pas, le meilleur se voulant dans la présence à soi. L'instant est mien lorsque je lui porte toute mon attention. Bien souvent les souffrances et les douleurs sont un manque d'attention à soi-même. La grâce est de pouvoir accepter et d'accepter la vie telle qu'elle se présente. Le livre de l'auteur : l'art de vivre en harmonie est un ouvrage hautement spirituel où Dieu prend une place considérable. Ici on insiste pas sur les saintes écritures mais simplement sur la présence de Dieu. Je ne trouve pas cela mauvais en soi, ayant passé plusieurs mois sur d'autres thèmes abordant la raison au lieu de la croyance. À vrai dire, cela me donne un peu d'espoir de mettre un peu la raison de côté dans l'instant. Il n'y a pas que la présence de Dieu pour les croyants qui dissout le temps, pour les enfants, le jeu permet d'oublier le temps et ses caprices. Parfois, je trouve absurde de ressentir de l'angoisse à la retraite. N'ai-je pas le loisir de faire et de penser librement sans contraintes de temps ? Je n'ai aucunement les soucis de rechercher du travail, des honneurs et de l'argent, alors à quoi bon m'en faire ? Si c'était aussi simple. Il est utopique de penser qu'à la retraite tous nos soucis vont disparaître. Bien à vous, soyez sur vos gardes. Le travail que vous aviez fait dans votre passé et que vous avez négligé vous reviendra en pleine figure une fois la retraite amorcée. Il est dit qu'une poignée de repos équivaut à deux poignées de travail et à une poursuite de vent. La poursuite du vent ici se traduit par la violence et l'effort. Il y a les bons et les mauvais efforts, à vous de juger. Les objectifs véritables ne peuvent être atteints les dents serrées et les poings fermés, de même qu'il est impossible de retenir le vent. La paix se posera sur mes mains ouvertes et non sur mes poings fermés. Il y a de magnifiques messages dans ce livre qui concernent particulièrement ce que je vis à l'heure actuelle. Encore une fois, c'est le hasard qui a porté ce livre sous mes yeux afin que je m'éveille. Il est grand temps de cesser de me faire violence de différentes façons. Les mots qui se déversent sur ma page ont l'effet de m'apaiser et de me libérer. Encore une fois je le redis, sans l'aide des auteurs qui m'accompagnent, je me demande si je parviendrais à aller aussi loin. En réalité, c'est bien à ça que servent les livres, alors à quoi bon s'en priver. L'avidité, c'est l'obligation d'accumuler sans fin, craignant d'être un jour dans le besoin. Celui qui est mû par l'avidité se croit contraint de travailler sans cesse pour le gain et les honneurs. S'accorder le repos nécessaire s'avère essentiel, même si parfois la culpabilité veut se manifester. À quoi bon la culpabilité, si on ne comprend de quoi il s'agit lorsqu'elle nous traverse ? L'avare ne vit pas, le moment de jouir de la vie étant toujours remis à plus tard. L'accompagnement spirituel qu'Anselm Grün me partage est plus que satisfaisant. Il provoque chez moi une douce détente et une profonde compassion à mon égard. Dans chaque être, un adulte prend soin de l'enfant qui sommeille au profond de soi. C'est lorsque les deux se tendent la main que l'unité et la paix peuvent s'exprimer et grandir.


6 février |

Toute hâte et toute précipitation sont causées par le manque de confiance. Les sages misent sur le ralentissement. Nous possédons tous un rythme adapté à notre vie. Celui qui croit toujours devoir aller vite est mû par la peur. Celui qui a peur ne peut rester en place, ne peut attendre. Il est difficile de vivre ainsi, j'en sais quelque chose. Toujours être en contrôle de ce qui peut advenir est épuisant. Les temps morts peuvent paraître à ce point douloureux qu'il faille toujours avoir des projets ou des courses. Je me méfie de tout, même de moi-même. Il m'arrive même de contrôler les mouvements de mon cœur pour ne pas laisser pris à mon angoisse. Et si un symptôme d'un quelconque mal ou d'une blessure n'atteignait, mon moral s'effondre comme un vulgaire château de cartes. Je reconnais qu'on devient ce qu'on choisi. Je reconnais pourtant que l'on porte en soi des choses qui nous sont prédestinées par notre histoire, notre famille et nos gènes. L'attente est le poids le plus lourd à porter. C'est dans ces moments d'attente que l'on prend conscience que l'on maîtrise peu de choses. Toute notre vie consiste à marcher sur le fil de l'équilibre. En trébuchant, je perds le contrôle de ce que je croyais avoir maîtrisé. C'est la peur qui se cache derrière cette attitude. Je dois accepter la vie comme elle se présente et non pas comme je voudrais qu'elle soit. Ce serait trop demander à la vie de se plier à mes caprices. Accepter de ne pouvoir rien faire dans certaines situations est l'ultime solution pour éviter des maux inutiles. Ne pas prendre son temps consiste à gâcher sa vie et à donner du pouvoir au stress. Qui se hâte, se hait. J'ai souvent eu l'impression de ne pas vivre pour moi mais contre moi. À la lumière de ce texte, je suis apte au repos qui s'impose. La vie quotidienne n'est pas toujours passionnante. C'est le moment alors de contempler le monde réel qui n'est pas toujours fait d'étincelles. La banalité du quotidien conduit à l'essentiel. Mes peurs relèvent de l'absence de la communauté qui s'est imprégnée trop tôt et qui plus tard est devenue trop indifférente à mes côtés. Est-ce là j'en conviens, une autre distraction ou pourrais-je dire, une distorsion de ma personnalité ? Je n'ai jamais appris ce qu'est le réel par les émotions qui me troublent et m'envahissent. Mon regard plagie la réalité et me prête un œil suspect à chaque chose. Nul fautif autre que moi. Et si cette voix qui me parle n'était pas la mienne. Et si l'autre qui vit en moi ne se conjuge que dans le silence et la paix. À écrire comme je le fais chaque soir, il doit bien y avoir quelque chose qui m'inquiète ou que je recherche. Et si chaque mot sur la page blanche devenait une pause légère devant la mer agitée. Et si chaque mot affirmait ma présence devant mes absences trop lourdes à supporter. À chaque jour, j'apprends des choses nouvelles qui auparavant m'échappaient dans la course folle du temps. En réalité, je ne déteste pas les pages blanches. Elles défilent pour que je puisse naître à chaque jour et me réinventer sous une forme nouvelle. 


4 février |

Deux logiques ou sagesses s'affrontent : celle du devenir et celle de l'être. C'est parce que je ne suis pas que ma possibilité de rebond est illimitée, dit Sartre. Les grands rois sont devenus puissants, pour la plupart au combat. L'échec ouvre une porte sur le réel et le réel sur la conscience. Les pieds sont ce qui nous permet de nous enraciner à la Terre, ils sont notre ancrage, notre équilibre, notre confiance et notre force. Je prends conscience de tout cela en étant affligé d'une douleur sous un pied. Je dois cesser de lutter contre cette douleur et l'accepter, si je veux qu'elle s'atténue ou qu'elle ne cesse. Je dois faire confiance à la guérison par le repos au lieu de m'agiter dans tous les sens. Pour moi qui suis très actif, je trouve pénible cette affliction. Il m'est impossible de sauter de joie en ce moment à la pensée de projets et de joyeuses randonnées. Prendre mon mal en patience est le mieux que je puisse faire tout en consultant pour obtenir l'aide dont j'ai besoin. Mon quotidien est à ce point pauvre à certains moments que je peine à trouver de l'inspiration pour écrire quelques lignes. Il est probable que je ne puise pas suffisamment dans les profondeurs de mon être pour y parvenir. Pourtant un monde s'y retrouve avec ses abysses et ses hauteurs. Ce qui m'attriste, c'est de ne pas pouvoir m'envoler ou courir de frénésie comme je le faisais il y a quelques années à peine. Toutefois, il me reste ma céleste bicyclette aux beaux jours pour prendre le large et humer la bonne vieille terre. Je viens de terminer un autre livre sur la vertu et l'échec qui m'a laissé quelques empreintes. En moi, le désir et la peur. Le désir est comme une force qui me conduit au-delà de ce monde. Mon prochain ouvrage à mon chevet est d'Anselm Grün : l'art de vivre en harmonie. Généralement ce genre de littérature ne me plaît guère. Après avoir arpenté plusieurs œuvres philosophiques, j'avais envie de lire un ouvrage écrit par un théologien et auteur chrétien. Sachant très bien que l'espoir est une partie intégrante de la religion chrétienne, peut-être est-ce là la direction que je voulais prendre instinctivement. Tous les livres que je lis me proviennent du hasard et de l'intuition. Né en 1945, Anselm Grün est philosophe et économiste. Allemand de naissance, le moine habite depuis l'âge de 19 ans dans une abbaye en Bavière. Lorsque je débute une lecture, je ne sais jamais d'avance si je me rendrai jusqu'au bout. Cela dépend de mon état d'esprit et de l'intégrité de l'œuvre. Je ne me sens en aucun moment coupable d'abandonner un livre. Parfois je ne lis que le premier ou le dernier chapitre. Je ne fais ni maîtrise, ni boulot, je n'ai aucunes responsabilités à part que de respirer et vivre, ce qui fait de moi un homme libre de penser et d'agir à ma guise. Anselm Grün est profondément marqué par la présence de Dieu. C'est pour l'une de ces raisons que sa lecture attise en moi une curiosité sincère. C'est un auteur prolifique qui est traduit dans plusieurs langues. Il raconte que nous avons tout ce que nous désirons en nous-mêmes et qu'il est vain de trop rechercher à l'extérieur de ce qui nous habite. Un arbre doit pouvoir s'enraciner pour grandir. Tôt dans la vie, j'ai souvent pensé vivre dans une communauté spirituelle. Ma défiance et mon incompréhension envers les paroles de l'Évangile m'en ont empêché. J'ai souvent tenté d'y comprendre quelque chose, hélas, je n'y suis pas parvenu. Je me serais épuisé à nager à contre-courant en vivant dans un monastère ou une abbaye. Ce qui me plaisait en ces lieux était le calme et la compassion qui se dégageaient des murs. Et puis l'occasion ne s'est pas présentée. La spiritualité est devenue une histoire davantage personnelle que collective de nos jours, à ce que je sache, surtout au Québec. Sortir ne me sera pas davantage utile que de rester assis. Sans prendre cette phrase à la lettre, elle représente une vérité qui s'impose dans la recherche de la sagesse. Confronté ainsi à son propre chaos, on peut ainsi renoncer à fuir. C'est possiblement pour cette raison que mon pied me fait souffrir. Il est en train de me dire de rester tranquille en omettant de fuir dans toutes les directions. Ma cellule est mon fauteuil le soir venu, où j'écris de nombreuses heures à rechercher la vérité, s'il elle existe. Il y a eu tant de choses inutiles qui ont eu du pouvoir sur moi : mon orgueil, mon avidité, ma cupidité, mes peurs, mes ennuis, mes déceptions, ma colère. Ce n'est qu'en acceptant tout ce que je porte qu'elles n'auront plus la même importance et le même impact sur mon bonheur. À quoi bon aller au bout du monde si je suis incapable de franchir l'abîme qui me sépare de moi-même ? J'ai souvent abaissé les autres inconsciemment pour croire à ma propre grandeur. Je l'ai compris sur le tard lors d'une discussion vive avec mon meilleur ami l'année dernière. Depuis, nous sommes plus près que jamais. Je ne suis plus le même, heureusement, malgré le fait que mon estime de moi-même ne soit pas à son plus haut niveau. Cela m'a permis de laisser tomber un masque qui était devenu trop lourd. Malgré ces confidences et vérités, il ne sert à rien de m'incomber davantage de différents maux. La première bienveillance à apporter est prioritairement avec moi-même pour ensuite rayonner sur les autres. C'est pour cette raison que fuir n'est pas guérir. Le désir, l'émotion et l'esprit ne représentent à priori aucune valeur positive ou négative en soi. Les vices se manifestent lorsque ce trio n'est pas apprivoisé et compris au préalable. Dans le passé, j'ai constaté la transformation inconsciente des valeurs positives en valeurs négatives en ce qui me concerne dans mon attitude et mes actions. Suis-je en train de me pardonner des erreurs que j'ai commises ? Si tel est le cas, il vaut mieux tard que jamais. J'écris beaucoup depuis quelques mois. Je m'étonne de toute cette énergie déployée à m'exprimer et à me convaincre. À convaincre qui et pourquoi ? À me convaincre que je ne suis ni un idiot, ni un ignorant et que la création me sauvera de la misère. Il est aussi possible que je veuille laisser quelques traces à qui veut bien m'entendre avant de mourir. Un de mes désirs profonds est de tenter de me relier à l'absolu, à l'extase de la création et à la vérité. Je n'ai pas toujours pris le bon chemin, j'en conviens, mais personne n'arrive à bon port sans avoir à naviguer en eaux troubles au préalable. Ce texte est une pure confession qui me sert de tremplin et d'exutoire. L'action d'engloutir tout ce que mes mains touchent sans juste mesure consiste à vouloir combler le vide intérieur. Ce n'est que depuis peu que je réalise qu'il me faut accepter ce que j'ai au lieu de toujours vouloir posséder davantage. Méditer en prenant conscience du souffle est l'une des plus belles réalisations que nous avons la possibilité de faire pour ressentir la paix de l'esprit et du cœur. Bien que je n'aie pas toujours bien agi, je considère que mes intentions étaient loyales. L'exubérance de mes émotions et de mon esprit a porté mes actions trop de fois en eaux troubles. Je ne suis pas en train me repentir en m'exprimant ainsi, mais plutôt de raconter cette histoire qui fut mienne. Je ne relis jamais ce que j'ai écrit les jours précédents, peut-être un jour, si je n'ai plus rien à raconter, ce qui m'étonnerait.


3 février |

Montaigne disait qu'enseigner n'est pas remplir un vase mais allumer un feu. J'ai cruellement manqué de bons enseignants et de mentors. Il y en a eu trois ou quatre auxquels des souvenirs subsistent. Claude Lizotte, qui m'a enseigné l'histoire des religions, est l'un de ceux-là. En plus d'être prêtre, enseignant au collège et à l'université, il était entrepreneur en horticulture ayant acquis de grandes terres agricoles où il a lui-même bâti une splendide maison écologique. Claude, cette encyclopédie universelle, était guide de voyage en histoire des religions au Proche-Orient pour une agence spécialisée en tourisme éducatif. Je me rappelle avoir séjourné quelques jours chez lui, admirant paisiblement ses fleurs et ses arbres fruitiers splendides le long de la rivière Etchemin à Saint-Jean-Chrysostome. Il y a eu aussi Serge Pallascio qui enseignait la communication et les arts visuels au Collège Limoilou. Il était aussi éditorialiste dans la revue Clap, critiquant de nombreux films à l'affiche. Il était un habile communicateur et passionné de l'art. Ensuite, il y a eu Jacques Breton qui enseignait la philosophie et qui, déjà à l'époque, suscitait chez moi un intérêt profond. Il était un grand amateur de plein air, ce qui m'a inspiré tout au long de mon parcours. Certains disaient que telles ou telles matières étaient ennuyeuses, que je comprenais déjà que ce n'étaient pas les disciplines qui l'étaient mais les professeurs. Le dernier était Jean, qui enseignait la musique et la psychologie au même collège. Jean était un formidable joueur de saxophone de jazz. À sa retraite, il a quitté la ville pour aller vivre au fond d'un rang près de la frontière avec le Maine dans le village isolé de St Zacharie. Je lui ai rendu visite à quelques reprises au bout de son monde, lui qui a troqué le bruit et la pollution pour plus de calme et de sérénité. Le collège était réputé à cette époque pour ses enseignements avant-gardistes en sciences humaines. Il s'y faisait là-bas des choses que nulle part ailleurs n'auraient osé faire pour le grand plaisir des étudiants qui ne recherchaient qu'à acquérir des expériences nouvelles et surtout sortir des cadres ambiants. Mes études collégiales ont été rompues promptement pour différentes raisons, dont la première qui fut la nécessité de gagner ma vie rapidement. J'avais de profondes lacunes en connaissances de base multiples et en apprentissage du fait de problèmes familiaux et d'intégration très tôt dans ma vie. Le terme qui me vient est : mésadapté social pour décrire le jeune adulte qui débutère sa vie. Toutefois, vers l'âge de 25 ans, j'avais déterminé un objectif clair en ce qui a trait à mes goûts et ma carrière. J'ai appris à être bourlingueur et aventurier en premier lieu, Tintin représentait mon héros alors. À cette époque, les voyages d'aventures n'étaient pas aussi populaires et accessibles qu'aujourd'hui. Les expériences de voyages d'antan n'étaient pas ce qu'elles sont devenues aujourd'hui. Je rêvais sans cesse d'être un joueur important au sein du tourisme d'aventure, de la randonnée, du cyclotourisme et des voyages hors des sentiers battus. J'y ai réussi car je possédais cette singularité qui était absente chez la plupart de tous à ce moment. À cette époque, très peu de gens pratiquaient la randonnée et le cyclotourisme. J'ai su relier toutes ces activités et ces voyages d'aventure avec celles des rencontres, le succès fut immédiat. J'étais au bon moment et au bon endroit. Mon entreprise fut créée en 1994 et internet a pris naissance en l'an 2000. J'étais un véritable artisan et défricheur jusqu'au jour où internet m'a fait de l'ombre et a sabré la clientèle. Comme il est curieux qu'à la simple lecture d'une phrase, tant de souvenirs et tant d'idées surgissent. Cela arrive à la lecture d'un ouvrage inspirant dans lequel j'avance à petits pas. Je suis très influencé par un tas de choses : les livres, les paysages, la beauté, les bonnes idées, les belles paroles et tout récemment l'immobilité. Je suis de nature intuitive, grand observateur et humaniste. Plutôt visuel que verbal, toutefois je note depuis quelques années un certain rééquilibrage de mes sens et de mes facultés. J'ai passé beaucoup de temps dans l'imaginaire, dans mes rêves. Je suis allé au bout de ceux-ci à plusieurs reprises, sachant très bien qu'il me manquait quelques cordes à mon arc. J'ai fait de mon mieux, et puis voilà. La pauvreté et la misère qui affectent les gens en bas âge ne rendent pas la vie facile à ceux que le destin n'épargne. J'ai appris que l'expérience et l'audace seules ne suffisent pas. En lisant Charles Pépin dans les vertus de l'échec, je prends conscience de l'importance d'avoir de bons enseignants et tuteurs pour un bon développement. Quel bonheur cela aurait été d'avoir eu un professeur de la notoriété de l'auteur et philosophe français. Il m'est impossible de revenir en arrière dans l'amertume et les regrets d'un passé qui n'existe plus. Et si la vie avait été autrement, j'aurais peut-être passé à côté de bien des choses. Dans les classes de mon époque, le format d'enseignement tendait à étouffer les talents singuliers. Le Québec est très loin des apprentissages scandinaves où les enseignements sont davantage personnalisés. À cet égard, le Québec fait piètre figure dans les écoles publiques. Lorsqu'un jeune est laissé pour compte pour des raisons économiques, il en coûtera beaucoup plus cher à la société plus tard d'avoir omis de lui offrir une éducation et du soutien de qualité. Mais nous avons la vie et l'esprit trop courts. La valorisation des gens, ce sont ceux qui sont dans la norme, c'est-à-dire au propre du mot normal. Et puis tout d'un coup on se rend compte que tout le monde est pareil. Il y a les gens normaux et ceux qui ne le sont pas en étant mis à distance. Les gens normaux sont ceux qui produisent le mieux et le plus pour les sociétés qui dictent ce qui est bien ou mauvais. La société est composée de gens normaux qui sont adulés parce qu'ils consomment et se taisent. Le but de l'école n'est-il pas de rendre l'égalité des droits réelle ? Pourquoi un vidangeur serait-il moins payé qu'un avocat ou un notaire ? Ne travaille-t-il pas davantage ? La question se pose. Souvent ces pauvres gens souffrent non pas pour leur désir de réussir mais pour n'avoir pas eu la chance d'être nés au bon moment ni au bon endroit. Ce n'est par manque d'audace que j'ai cessé mes études mais à  cause des contraintes et des préjugés qui s'exerçaient sur moi. Ce que je comprends aujourd'hui, c'est que rien ne se perd et rien ne se crée. Bienvenue à l'école de la norme où tous sont censés avoir un enseignement égal. Bienvenue à l'école du passé qui se donne fière allure parce que tous les étudiants sont bien branchés à des machines normales, brevetées et stéréotypées. Le problème relève entre autres des gigantesques centres administratifs où la norme et la productivité équivalent à aplatir toute forme de singularité. A-t-on déjà vu des travailleurs philosopher au bureau ou à l'usine, qu'en l'espace de quelque temps ils seraient mis au rancart par manque de motivation ? Alors on courbe l'échine le soir après le boulot dans l'autobus ou dans son char sur la banque-route. On devrait valoriser les savoirs utiles tels que soutenir ceux qui le nécessitent. Nous est-il possible de croire que d'autres modèles plus viables, plus humains puissent exister ? Que deviendrons-nous lorsque nos ressources seront épuisées à vouloir faire de la norme une priorité, de la croissance une ambition ? Comme le dit si bien l'illustre éducateur Charles Pépin, une connaissance ne vaut pas en elle-même, mais relativement à ce qu'elle va pouvoir changer dans une vie. Il me rappelle que le mot institution est ce qui ne bouge pas lorsque tout le reste bouge, ce tuteur auquel peuvent s'accrocher ceux qui s'effondrent. Je ne crois pas, par ailleurs, que l'école doive muter au service des entreprises pour s'adapter. Ça prend un juste milieu dans tout, c'est une question d'équilibre. La question qui se pose n'est pas que sais-tu, mais que vas-tu faire de ton savoir ? C'est grâce à l'aide des théories de grands auteurs que j'en viens à penser par moi-même. La grande richesse que nous avons, c'est notre possibilité de partage et d'unité dans nos singularités. Sans les grands auteurs et écrivains qui me témoignent certaines grandes vérités, je ne serais même pas parvenu au dixième de mon apprentissage et de mon éloquence. L'intuition et l'expérience associées aux lumières de leur propos viennent contribuer à établir une base plus ferme pour être plus heureux. N'y a-t-il pas de plus réconfortant que d'être libre de sa pensée ? Certains diront que c'est une affaire de choix, d'autres le contraire, cela revient à nous seuls de nous faire une idée de la liberté. Une vie réussie est une vie questionnée. Si j'étais élu maire ou député, la première chose que je mettrais en place serait d'offrir des ateliers obligatoires de philosophie dans chaque quartier et paroisse pour mettre un peu de lumière et d'espoir dans la vie des gens. Plus tôt dans la vie on développera son esprit critique et mieux la société nous guidera au lieu de nous affaiblir.


2 février |

Il me semble que les sociétés n'ont rien d'autre chose à faire que produire et consommer. Et pourtant, après la construction et la déconstruction du monde, il faudra bien nous lancer à réparer le tissu et le visage du monde, écrivit Achille Mbembe. Il n'y aura pas de fin du monde. Ce sera celle de l'homme mais pas celle du monde, car le rien ne peut exister et qu'il n'y a rien à dire du rien. L'espoir est devenu un produit de consommation. On l'entend à toutes les sauces. Que ce soit pour vendre un remède ou guérir à l'aide de coachs de vie. Il y a de l'espoir pour tout. Mais espérer n'est pas agir, sinon alimenter la propagande de ceux qui s'y intéressent pour en profiter. Le cœur des bonnes paroles de l'évangile en était rempli. C'est parce qu'il n'y a plus rien à faire qu'il y a lieu d'espérer. Rien n'est garanti, sauf que pour ceux qui ont la foi peuvent traverser des montagnes d'espoir. Il y a aussi le désespoir de l'échelle collective qui progresse lentement. L'époque engendre la maladie et vend le remède, raconte Mathieu Bélisle dans une brève histoire de l'espoir. Nous sommes à l'époque de la fin des espérances. Que nous reste-t-il alors à espérer à part d'éviter de souffrir dans ce monde qui nous échappe de plus en plus ? L'étau se resserre devant l'absence de leaders véritables. Que nous reste-t-il à part des règles et des protocoles en cas de danger imminent ? La faculté de prévoir, qui était la prérogative des institutions, est dorénavant portée à la charge des individus. Je suis passé rapidement de l'un à l'autre avec beaucoup de peine et d'angoisse. C'est peut-être trop pour certaines personnes qui n'ont pas appris à se défendre de l'adversité, croyant à tort que les institutions viendraient à leur secours à la moindre insuffisance. Nous vivons à une époque où tout doit être planifié de plus en plus longtemps d'avance. Nous sommes face à une dystopie qui est tout le contraire de mes utopies d'antan. Je ne suis pas le seul à croire de sa présence. Il y a de fortes chances que je m'écroule avant de voir le monde s'écrouler. Comment se fait-il que si peu de gens soient capables de se représenter un monde collectif différent et meilleur que celui que nous vivons ? Comment se fait-il que ce monde tarde à se transformer ? Peut-être agit-il en ce sens et que cela soit imperceptible à mes yeux. Frédéric Jameson a dit qu'il est plus facile de s'imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme. Les révolutions politiques sont toujours plus difficiles à se mettre en branle car les gouvernements sont largement dépassés par l'évolution technologique associée au régime capitaliste. Tout s'accélère si vite qu'il serait plus sage de parler de décroissance en ralentissant la cadence. Les technologies provoquent toujours de plus en plus de vitesse et de croissance qu'il est même devenu difficile de penser à les suivre. Il faudrait penser à s'accorder aux humains plutôt qu'aux machines, comme on le fait largement à l'heure actuelle. Lorsque je prends l'autobus, je ne cesse de me surprendre à la vue de tous ces gens affamés devant leurs machines respectives qui les ordonnent de suivre le rythme inconsciemment. L'homme souffre-t-il autant d'avoir à passer quelque temps seul avec lui-même ? La société souffre d'addictions sévères que les sociétés et les gouvernements entraînent et encouragent. Ne voyez-vous pas là le danger qui court à notre perte ? Si les démocraties libérales implosent, c'est l'histoire même de l'humanité qui touche ainsi à son terme. Je lisais aujourd'hui que les jeunes gens souffrent de plus en plus de dépressions et de psychoses. Ne voient-ils pas là le fardeau du monde sur leurs épaules que leur ont laissé les générations précédentes ? Il faut se rappeler que ce n'est pas la planète qui a besoin de nous mais de nous qui avons besoin d'elle. On n'a qu'à penser à cette île de plastique grande comme le Québec qui flotte dans le Pacifique pour démontrer aux climatosceptiques les erreurs graves qu'ils sont en train de commettre au nom de la postérité et du progrès. Pendant ce temps, des milliardaires de la Silicon Valley s'achètent les quelques îles vierges restantes pour s'abriter des torts irréversibles qu'ils commettent joyeusement. Les ancêtres de la préhistoire ont laissé leurs traces dans des grottes et des cavernes. Que laisserez-vous de votre passage à vos enfants si ce n'est qu'un monstrueux tas d'immondices et d'ordures ? Il y a beaucoup d'égoïsme dans ce monde qui se contracte éperdument devant nos bêtises. Nous ne faisons qu'évoluer dans la spéculation. Le temps des grandes espérances a laissé place au temps des grandes frayeurs. Peut-être que c'est la Terre qui nous donnera lieu d'espérer en s'auto-régularisant d'elle-même avant que nous ayons détruit le seul refuge où nous puissions vivre. C'est parce qu'on ne peut voir devant si on n'a pas su regarder loin derrière. Avant chaque grande décision, un recul est nécessaire en regardant le chemin parcouru et les traces encore fraîches du passé. Le plus grand espoir, s'il existe, c'est le désespoir surmonté, dit Mathieu Bélisle à sa fille pour l'encourager en l'avenir. À la question : est-ce que le monde va brûler, je réponds : il brûle déjà, mais nous sommes encore là malgré les braises et les tourments. Je me méfie des vendeurs d'espoir et des beaux discours. L'espoir, en réalité, est la vie même qui me traverse.

1er février |

La décision, affirmait Aristote, relève d'un art plus que d'une science, d'une intuition plutôt que d'une raison analytique. Je perçois dans mon goût pour la littérature un désir profond de me transformer. C'est paradoxalement la liberté qui nous effraie malgré tout ce que l'on en pense. Je ne retournerais jamais au travail pour rien au monde. Je suis un être profondément social, un humaniste et un démocrate aguerri. Bien entendu mes silences sont parfois lourds mais je tiens à combattre pour maintenir ma liberté durement acquise. Mes idées ne sont pas conservatrices et je ne suis pas nationaliste de surcroît. J'aime la vérité au-dessus de toute chose. Je suis du genre intellectuel, idéaliste arborant des teintes artistiques évidentes. L'angoisse me saisit profondément lorsque j'ai une décision difficile à prendre. Parfois cette angoisse s'éprend de moi seulement à l'idée de rechercher quelconques distractions, des gens à rencontrer et des tâches à accomplir. Tout l'enjeu d'une existence est d'éviter d'être paralysé par cette angoisse. Ma crainte d'échouer est très forte alors que je sais combien il peut être difficile de prendre certaines grandes décisions. Et si j'étais dans l'erreur devant la peur et l'angoisse qui me portent. Durant une grande partie de ma vie, j'ai fait de l'audace un allié. L'audace ne délivre pas de la peur mais elle m'a donné la force d'agir bien malgré elle. J'ai cherché avant tout à éprouver ma fureur de vivre dans la prise de risque maximale. J'ai toujours eu le sens du risque, j'en ai fait mon métier, ma carrière. J'y ai risqué ma peau, j'ai survécu. Depuis la retraite, je n'ai cessé de prendre des risques en m'exprimant ouvertement sur un tas de sujets, en donnant librement mes opinions en direct sur internet. Les risques, j'en ai pris en voyageant seul dans un campeur à travers l'Amérique du Nord durant les cinq dernières années. Le principal risque fut de rester seul sur de très longues périodes, moi qui ne m'étais pas préparé à ce changement radical, ayant passé une partie de ma vie à côtoyer des gens que je n'avais même pas besoin d'aller chercher. Ils venaient à moi par le fruit de mon travail. Étrange phénomène que de passer sa vie au travail sans choisir ni ses collègues, ni sa clientèle. Depuis la retraite, on dirait que je tente de me prouver quelque chose en m'affirmant de la sorte. C'est comme si ma confiance s'était quelque peu dissoute dans l'absence de risques et de la lumière des projecteurs que la retraite propose. C'est que la vieillesse n'est pas valorisée dans la cité qui m'a vu naître. Nietzsche a dit qu'une vie authentiquement vécue exige un tel sens du risque. Ainsi lorsqu'il déclare : deviens ce que tu es, cela signifiait sortir de sa torpeur de conformiste. À l'époque où Nietzsche a écrit ce texte, les mœurs étaient fort bien différentes. S'engager sur la voie de l'amour est aussi un risque qui révèle son lot d'angoisse lorsque la maturité émotionnelle tarde à se manifester. Il n'est plus seulement question de soi ici mais d'un corps étranger dont on a évidemment aucun pouvoir. S'investir ainsi est à la fois ressourçant et angoissant. Qu'il me faut comprendre que le seul pouvoir que je possède est sur moi-même. En comprenant bien cela, la tension diminue en répartissant mon propre pouvoir. La société valorise les règles et moins les hommes. Enfreindre certaines règles, aussi banales soient-elles, peut apporter des préjudices considérables, par exemple le mariage. Je n'ai pas été conçu pour prendre certaines responsabilités qui, à mon égard, m'apparaissaient trop angoissantes pour être soutenues. Toutefois, il y a un revers à chaque chose, comme quoi il n'y a jamais d'idéal absolu. Il n'est pas étonnant que la peur ait pris refuge en moi très tôt, lorsque j'ai su qu'il fallait me soumettre aux normes auxquelles je n'adhérais et ne comprenais pas. Freud disait que ce qui est bon pour la société n'est pas ce qui est nécessairement bon pour l'individu. Il y a fort longtemps, les gens souffraient du refoulement de leurs passions et de leurs rêves. Je me demande parfois à quel point les hommes refoulent leurs émotions maintenant. À défaut de fuir ou de nier mes émotions, je préfère les transformer à bon escient par vagues successives. Il arrive que la peur nous saisisse au seuil de l'audace. Les limites avec autrui ne sont plus les mêmes que dans ma jeunesse, il va s'en dire. Et lorsque tout le monde a la face rivée à son téléphone, on ne s'étonne plus de voir les gens contrariés par des tentatives de discussions fortuites. Il y a eu un grand vent de liberté à la révolution tranquille jusqu'au moment où internet a fait son apparition. Depuis ce temps, les règles et les codes de conduite ont bien changé. Est-ce une révolution ou une rétrogradation ? Je dirais que ça dépend à qui l'on s'adresse et à un paquet de choses dont la liste est exhaustive. Je ne tente pas de répondre à toutes les questions mais j'aborde une réflexion visant à exercer mon esprit critique. Ce sont les questions avant tout qui importent. Je n'aurais jamais fait ni un bon employé ni un cadre dans la fonction publique ou privée. Je regarde à l'occasion les cours offerts à l'université pour le 3ᵉ âge. Il est dit que les groupes peuvent atteindre jusqu'à soixante personnes. Un cours à l'université est généralement un genre de conférence où, assis dans son coin, les interactions avec les autres étudiants sont absentes. Les contenus de ces classes sont sans contredit fort intéressants mais je préfère de loin les formats de discussions en groupe qu'assister seul passif à une conférence face à mon cahier. Aujourd'hui dans la fonction publique ou dans les entreprises privées, des cadres sont engagés pour établir des processus de rationalisation. Des primes au rendement leur sont offertes pour maximiser leur tâche. Et les travailleurs ont toujours cette suspicion de voir leur travail critiqué, réprimé ou rétrogradé. La seule reconnaissance possible est le rendement à l'effort et, comme ce n'est jamais suffisant, leur vie est parsemée de doutes, de contraintes et de méfiance. Et comme l'économie de marché dans la mondialisation a comme seul objectif le rendement et le profit, il n'est pas étonnant de voir autant de gens qui dépriment en silence. Dans tout cet engrenage modélisé et informatisé, la créativité n'est pas bienvenue. C'est ainsi que le mot burn-out prend tout son sens. Le burn-out m'apparaît pas en travaillant trop mais en travaillant coupé de soi-même. Ce sont pour ces raisons que je suis devenu entrepreneur. J'ai opté pour la créativité et le risque au lieu de la soumission et de la peur. Je n'ai jamais regretté. La plupart de mes clients durant près de trois décennies étaient de pures conformistes qui s'ignoraient. Soit que la peur d'être quelqu'un d'autre les affectait, soit qu'il n'avait pas le courage de changer le cours de leur histoire. Mon premier burn-out fut d'avoir tenté de rester trop longtemps près d'eux par peur du changement. Pendant des décennies, j'ai pris des risques à me développer jusqu'au moment où la peur de perdre ce que j'avais créé fut plus intense que la précédente. La réussite n'appartient pas qu'aux bons élèves. Ne pas oser échouer, c'est échouer simplement à vivre. Je n'ai jamais appris à vivre avec le tableur Excel, la vie a plus de goût ainsi, si je ne m'abuse.