Adirondack | New York State

Bienvenue sur mon blogue personnel. Ce journal intimiste exprime un désir de dépassement et d'authenticité.

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Polarsteps



30 août | Millon Pond, Cranberry Lake, Adirondack, Upper New York

Ce n'est pas quelques brins de pluie, du vent et une température de treize degrés qui m'ont empêché de partir à vélo. Deux parcours en un, j'ai bien planifié ma journée qui fut impeccable. Chose inusitée, c'est la première fois à vélo que je ne vois aucune station-service, dépanneur ou quelque chose du genre avant soixante kilomètres. C'est à ce moment-là que je tombe sur Donnelly's Ice Cream. Dans mon guide parcours datant de 1995, le kiosque agricole y apparaissait déjà. Il fallait faire une grande file pour obtenir la gâterie. En arrivant à la caisse, malheur, ils ne prennent que l'argent comptant. Le couple derrière moi m'a offert le cornet tant attendu. On discute un brin. Ils viennent de la banlieue de New York. Il vente très fort. On voit au loin les High Peaks. Le parcours fut très beau avec de grandes sections sans aucune circulation. L'immersion en nature est totale. Le terrain est facile. Je termine avec soixante-dix kilomètres au compteur. Il est tôt, je garde la forme malgré un arrêt d'un mois. La mise au point de la bicyclette et du campeur ont été effectuées avant le départ. Le bonheur est total. Direction en véhicule à Saranac Lake et Tupper Lake. À partir du dernier endroit le tourisme se fait rare, sauf pour les amateurs de pêche. C'est quasiment le far west à comparer à Lake Placid et Saranac Lake. La pluie reprend de plus belle. J'atteins mon objectif : Cranberry Lake. Je m'installe pour la nuit à la sortie du village à Millon Pond. Le repas est délicieux.


29 août | Moose Pond, Saranac Lakes Wild Forest, High Peaks Region, Bloomingdale, Adirondack, Upper New York

Les couleurs saupoudrent les arbres lentement. La pluie n'a pas cessé depuis mon départ. Parfois, elle s'est montrée particulièrement déchaînée. Je passe l'avant-midi à lire et à faire des exercices. Je fais une tournée à Saranac Lake, une bourgade magnifique et paisible. Les lacs qui l'entourent sont multiples. Je mange dans un restaurant chinois. La région des High Peaks où je me retrouve, les paysages sont sublimes, les routes sont belles et les villages coquets et charmants. Tout est en parfaite harmonie dans les Adirondacks. Le mont Marcy culmine à plus de 1,629 mètres, c'est assez remarquable la hauteur lorsque le plus haut sommet de l'Est des États-Unis est le mont Washington à plus de 1,917 mètres. Jadis, je venais souvent grimper les hauts sommets des High Peaks accompagné de groupes de randonneurs. En plus d'organiser de coriaces randonnées, je devais préparer matin et soir les repas pour vingt-cinq personnes en camping sauvage. J'ai marché un grand nombre de sommets, il y a déjà longtemps dans le cadre de mon travail. J'avais le goût d'y revenir en campeur avec l'œil renouvelé. Comme il est plus facile de voyager en sa compagnie et de découvrir les affres de la liberté. Les Adirondacks étaient sur ma liste depuis quelques années. Tout me semble plus beau, même si je grimpe plus comme avant. Après la visite de Saranac Lake, je prends la direction de Lake Placid au cœur des High Peaks, plus touristique. Je reviens à Bloomingdale au même spot qu'hier soir sur Moose Pond par de petites routes secondaires derrière le mont Whiteface qui a déjà accueilli les Jeux olympiques d'hiver. Après le souper, je marche sur Moose Pond Road, je rencontre Ed et Debbie qui baladent deux gigantesques moutons à poils ras. On discute. Ed fut un guide naturaliste et Debbie s'occupe des activités pour les aînés. Leur maison est remplie de fleurs et de bosquets sauvages, ce qui est absolument magnifique à côté de Saranac River. Le mot qui me vient à l'esprit lorsque je voyage chez les anglais est cozy. Le ciel se dégage, laissant entrevoir des milliers d'étoiles sur le bord de Moose Pond. Que la vie est belle ici ce soir. La différence entre les américains et les québécois est leur relation historique avec la religion, catholique et protestante. La culture protestante octroyait davantage de responsabilités individuelles et civiles aux citoyens. Les engagements éthiques des protestants refoulaient la corruption sans aucun intermédiaire. J'aime comprendre ces différences fondamentales entre les deux cultures. Les Québécois ont toujours eu des intermédiaires pour leur salut alors que pour les anglais, ça passe par eux-mêmes, d'où provient un plus grand sens des responsabilités. Chez les anglais, on s'appelle souvent par son prénom et on s'en souvient. Je me suis souvent demandé pourquoi est inscrit sur les plaques d'immatriculation au Québec ; je me souviens car la plupart semblent avoir tout oublié. Lire Henry Miller me fait grand bien. Je me sens moins seul en le lisant. L'histoire me fait découvrir un tas de choses que nous, Québécois, aimerions ne pas voir ou entendre. Le petit peuple ne se soucie guère du passé et du futur dorénavant. Ils sont en mode survie depuis qu'ils savent que les liens collectifs qui les unissent disparaissent. C'est un sujet qui me fascine. Le ciel se dégage, laissant entrevoir des milliers d'étoiles sur le bord du lac. Que la vie est douce ici ce soir dans les Adirondacks.

28 août | Moose Pond, Saranac Lakes Wild Forest, Bloomingdale, Hight Peak Region, Adirondack, Upper New York

Partout où règne le froid, il y a des gens qui s'usent au travail jusqu'à la moelle, et s'ils prolifèrent, c'est à seule fin de prêcher à leur progéniture l'évangile du travail. Ce texte est d'Henry Miller, que je viens de découvrir. Avec le temps, je me suis aperçu que je ne vaux pas mieux qu'eux, que je suis pire en un sens, parce que, si j'ai vu clair, je n'ai pas cependant eu la force de changer profondément de vie. La seule véritable aventure est la marche vers soi-même. Je retrouve en lui un style d'écriture d'avant-garde et circonscrit. Mes pensées se rapprochent de lui dès les premières pages de Tropique du Capricorne. Né en 1891 à Brooklyn, il dira très tôt que l'Amérique n'est constituée que de fous et d'idiots asservis par leur croyance à la nécessité inéluctable du travail, pour qui le présent n'est que le pont vers un lendemain inatteignable. Cette pensée m'a toujours accompagné dès mon plus jeune âge. J'ai ici un point éclairant sur ma nature profonde qui sommeille en moi. Que quelques lignes me suffisent pour faire germer des éclats de vérités en moi-même. Et si c'était cette masse qui était folle de ne pas savoir reconnaître la liberté ? Et si cette meute n'était pas capable de changer l'ordre des choses et que pourtant, cela nous concernait tous. Un ami à moi est anarchiste. Paul vit à Prague depuis trente ans. L'Amérique et ses dérives ultracapitalistes n'étaient pas faites pour lui. Le Québec l'est aussi, sinon plus. Le capitalisme ne vise pas la réforme de l'être mais sa destruction. Le capitalisme n'est habité par aucune conscience supérieure ni morale et ne se préoccupe que de l'intérêt pratique le plus immédiat. C'est intéressant d'essayer de comprendre les anarchistes sans verser dans leur intention de vouloir supprimer les institutions démocratiques. La question à se poser : qu'est devenue cette démocratie ? N'est-t-elle pas devenue le joujou récupéré par le capitaliste extrême pour se donner fière allure et corrompre ses fidèles ? Je suis parti de Québec ce matin en direction des Adirondacks dans le nord de l'État de New York. Je me suis arrêté pour déjeuner à Venise-en-Québec en Montérégie sur les rives de la baie Missisquoi. Cette baie n'est pas propre à la baignade et à la pêche. Des algues bleues toxiques prolifèrent dans cette baie que jouxte le lac Champlain. Le village devait être très joli avant que s'installent de grands campings le long de la baie et que les promoteurs y scandent leurs condos de merde. À l'époque, le centre culturel fut le Château Blanc, qui a brûlé dans un incendie dans les années 70. Le village perdait alors son âme. Rien de bien attrayant dans cette nature qui peine à respirer. Il en est de même dans plusieurs régions du Québec. C'est une autre histoire de l'autre côté de la frontière et dans l'état de New York où je me retrouve. À peine quelques kilomètres et le lac Champlain devient magnifique avec ses eaux pures. Tout est plus beau de l'autre côté de la frontière, c'est pour ça que j'aime y revenir. La belle province n'est plus aussi belle à mes yeux qu'autrefois. Je m'arrête à Plattsburgh y faire des courses. La ville est jolie et tranquille. Ensuite, je prends la route en direction du parc des Adirondacks, vaste territoire constitué de montagnes, parfois assez costaudes. C'est le plus grand parc aux États-Unis à l'est du Mississippi. Des villages paisibles sont intégrés à cet immense poumon de verdure. Les montagnes font partie des Appalaches. Je consulte mon guide de parcours à vélo de route. J'en ai noté une dizaine à parcourir. Je m'arrête pour la nuit au bout d'un chemin de terre à Saranac Lakes Wild Forest sur Moose Pond près de Bloomingdale. L'endroit est désertique et d'une grande beauté. Ici, les hommes n'ont pas perturbé les lieux. Le décor est sublime. Près de moi, des cimes d'une hauteur de 1,000 mètres. Je suis pas très loin de Lake Placid et Saranac Lake. Toute cette beauté tranche considérablement avec la grande ville de Québec que je viens de quitter. Pas de bruits, pas d'automobiles. Mon esprit et mon corps se calment enfin après toutes les turbulences des dernières semaines. Je ne trouve pas de lieux semblables au Québec pour me ressourcer. Lorsque je traverse la frontière, j'ai l'impression de partir très loin, tellement tout est calme et de bon goût. J'adore voyager dans ce beau et grand pays de la démesure. Ici, on bâtit les maisons autour des arbres et non l'inverse. Ce voyage ne me fera pas faire autant de kilomètres que les précédents. Mon intention est de rester dans les Adirondacks et possiblement dans la vallée de la rivière Hudson, sinon plus à l'ouest vers Watertown. On the road again, happy to be here. Dans mon road trip, la politique partisane n'a aucune emprise sur moi. Bonne affaire de laisser de côté toutes ces balivernes qui n'ont pas besoin de moi pour s'enfoncer de plus en plus dans la merde. Le problème, c'est qu'ils vont finir par nous rattraper, qu'on le veuille ou non. On est arrivé à un seuil de banalisation de l'être. La vitesse tue les hommes lentement. Le capitalisme réduit les possibilités d'être, de voir et de penser. Lorsque je quitte la grande ville pour me retrouver dans des endroits comme celui où je me trouve actuellement, j'ai l'impression de sortir d'une cage, d'une prison ou d'un asile d'aliénés. J'ai tant essayé de quitter le navire, je n'y suis pas arrivé. Mon seul espoir réside avec le campeur qui me permet de rompre avec la vie de cinglés que les hommes mènent inconsciemment. Mathieu Bélisle indique pour sa part que la vie ordinaire domine au Québec de manière exemplaire. La vie de participation et de contemplation n'ont vraiment dominé ni même exercé leur plein ascendant. Le Québec n'a jamais été un pays. Il a toujours été maintenu dans une relation de dépendance. C'est de qui tranche en venant aux États-Unis. Ça se voit, ça se ressent. La vie de participation et de contemplation ont, de tout temps, été soumises aux exigences de la vie ordinaire au Québec. Que mes détracteurs me disent le contraire, j'en ai rien à foutre, j'ai mes opinions. Le problème, c'est que j'y vis et ces pensées n'améliorent pas mon sort. Le rêve de la révolution tranquille s'est tu. Les espoirs d'un monde meilleur se sont envolés avec nos années de jeunesse et pour ceux quivoient ces années qui se ressemblent toutes. C'est pourquoi je viens chez nos voisins du sud, ce recul devenant nécessaire pour me renforcir et comprendre ce que je quitte, que ce soit une journée ou quelques semaines. La domination de la vie ordinaire constitue au Québec un trait culturel fondamental que le capitalisme mondialisé a contribué à mettre en évidence ou à aggraver. Je parais dur et cinglant envers ce faux pays, le Québec. Son pouvoir d'attraction réside en partie dans ses programmes sociaux. Que se passe-t-il alors si la participation fait défaut ? Poser la question, c'est y répondre. Le Québec, depuis la révolution tranquille, est devenu une vache à lait qui se fait exploiter à gauche et à droite, même par ses plus proches détracteurs, à ce point qu'il devient difficile aux petits cerveaux d'apporter une critique objective. Le Québec a toujours vécu dans la vie ordinaire, dans la grande pauvreté. Après la révolution tranquille, après que le petit peuple s'est réveillé tout à coup plus riche, plus libéré de la domination,  cela a déstabilisé la culture ambiante. Leurs ambitions en sont venues à se foutre de tout sauf d'eux-mêmes en s'enrichissant impunément aux détriments des autres. Je ne vois pas d'avenir pour le petit peuple. J'ai toujours eu espoir, mais lorsque je voyage dans la belle province et avec toutes ces années, je ne vois que décrépitude et morosité. Bien entendu, chez les américains, nous sommes loin du nirvana. Les camps sont divisés plus que jamais. Le douanier, fort probablement un fier trumpiste, m'a posé de bien étranges questions et son attitude m'a laissé croire qu'il est inconscient ou idiot. La grande différence entre le Québec et les États-Unis réside dans le fait que nos voisins sont plus riches et qu'ils ont un système d'éducation plus riche. Au fil du temps cela a joué sur leurs valeurs, leur indépendance. Mais tous n'ont pas accès à cette abondance. Le clivage est immense. Ce qui les guette actuellement est la fracture citoyenne qui risque de compliquer la paix sociale si les élus n'y prennent garde. Oui je sais, je râle peut importe ce que je fais et où j'irai, je suis ainsi fait. Il me reste qu'à changer de place le plus souvent que je peux pour ne pas pourrir de l'intérieur. La pluie tombe doucement ce soir à Moose Pond. Que la vie est magnifique sous cette arcade. Adirondack, my love ❤️