Dilettante

Bienvenue sur mon blogue personnel. Ce journal intimiste exprime un désir de dépassement et d'authenticité.

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22 juin |

Le moi ne maîtrise pas le rêve. Il est emporté avec lui. Le moi est à la fois le rêve lui-même et un personnage du rêve. En société, être et paraître ne font qu'un. La dimension individuelle sait que la réalité est d'abord invisible. Non seulement invisible, mais multiple, discontinue, chaotique. Une identité seule ne peut tenir car elle est une projection du regard. Lisez un texte à quelques reprises et vous verrez que la réalité a tendance à se transformer et à se contredire selon les humeurs et les circonstances. Comme le disait Pascal, la raison n'est rien si elle ne s'ouvre pas à ce qui la dépasse. La pensée et la parole ne sont rien si elles ne s'ouvrent pas à l'impensable et à l'indicible. En s'y ouvrant, ce n'est pas ce qui est pensé ou dit qui importe, mais ce qui, tel un coup de vent, souffle entre les idées et les mots. Il peut y avoir un immense contraste entre le monde de la pensée et du discours et celui de la réalité. Quoi qu'il en soit, la pensée et le discours doivent s'oublier pour nous ouvrir d'emblée à une réalité qui ne peut que les dépasser. Pierre Bertrand, philosophe québécois, a écrit : nous sommes vie, nous sommes mouvement. L'auteur nous apprend que les mots et les idées représentent une infime partie de la réalité. Pris en eux-mêmes, les mots passent inévitablement à côté de la réalité. Ou bien, ils n'en font qu'un compte rendu partiel. Souvent, les mots appartiennent au bavardage, servant à cacher et à tromper qu'à révéler. Je reviens d'un voyage épuisant. Peut-être n'est-ce pas autant le voyage qui me fatigue que l'âge auquel je suis rendu pour faire pareille aventure. C'est là qu'entrent en jeu les mots dans lesquels ils me trompent bien involontairement. J'utilise les mots pour éviter de rester en silence et d'en souffrir lorsqu'ils se font trop nombreux. Dans les prochains jours, l'humidité fera son entrée, comme à pareille date à chaque année. Je souffre de la chaleur, l'été n'est vraiment pas ma saison préférée à part me jeter dans l'eau pour me rafraîchir. Mais le silence à lui seul ne suffit pas, car en lui-même, précisément, il ne veut rien dire. Le défi est de trouver les mots qui communiquent le silence. La vie étant mouvement, toute conclusion serait fausse. La vérité sur notre sujet n'est pas un échec mais une marque de notre finitude. Concrètement, c'est à partir du malaise ou du mal-être, de tout ce qui se passe en lui, à partir de ses questions, de ses crises, de ses lacunes, de sa souffrance, de ce qu'il y aura pour lui de plus terrible qu'il créera. Et moi, je m'assoupirai un certain temps pour laisser se dissoudre un autre printemps qui vient de disparaitre toujours trop vite.