Bienvenue sur mon blogue personnel. Ce journal intimiste exprime un désir de dépassement et d'authenticité.
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Polarsteps
6 avril |
N'essayez pas de régler l'image de l'émission. Nous avons le contrôle total de l'appareil et de tout ce que vous verrez et entendrez. La mémoire n'est pas un bien acquis, comme tout le reste d'ailleurs. C'est pourquoi je m'en sers en écrivant et racontant des histoires, les miennes à priori. La littérature, c'est ce qui me restera lorsque mon corps tombera en ruine. Et puis, je n'en sais rien. Je ne fais que parler, comme la vieille dame qui était si populaire à la télévision dans une autre époque. Elle parlait pour parler, pour jaser, disait-elle. J'ai déjà animé ce genre de soirée-là, où des questions furent posées au grand public dans un restaurant que j'aimais beaucoup sur la rue St Jean, le Commensal. Je garde un souvenir mémorable de ces temps-là où les gens s'activaient dans un plaisir immense à rencontrer des gens et discuter tous ensemble. C'était avant internet où les gens étaient encore heureux de se voir et de discuter. Je délaisse froidement le roman amorcé il y a quelques jours. Le ton aristocratique et mondain des écrivains qui se réunissent en Italie pour discuter de tout et de rien ne me séduit guère après quelques chapitres. Je suis bien d'accord sur la finesse des propos élaborés de main de maître par l'auteur. Je dois avouer, toutefois, que toute cette salade bon chic, bon genre, a trop du faste de la bourgeoisie. Je n'ai rien contre les bourgeois, vous m'entendez ? Ils ont aussi leur raison de vivre, eux aussi. Je trouve qu'il y a trop de mots pour désigner les mêmes choses. Je trouve cet ouvrage assez élégant et intelligent, mais je préfère de loin des phrases courtes et directes. J'avais pourtant mis quelques espoirs à trouver du plaisir à lire un roman. Il y a beaucoup trop de longueurs dans le livre de Denis Grozdanovitch : la secrète mélancolie des marionnettes. Mon désir de vérité et de connaissances à ce jour est plus grand que toutes les entourloupes romanesques réunies dans ce livre. Je ne regrette aucunement d'avoir tenté de lui porter mon regard. Je prends cela comme une expérience qui me confirme encore une fois mes intérêts pour d'autres distractions. Cela ne fait que renforcer mes goûts littéraires, tout en validant le style et le genre que je désire adopter. En réalité, il n'y a ni de bonnes, ni de mauvaises expériences, il n'y a que des expériences tout court. L'important est non pas de réagir mais d'agir en réaffirmant notre nature véritable. C'est une recherche de toute une vie. À l'âge respectable où je suis rendu, je n'ai plus de temps à perdre avec les fioritures et les chemins qui mènent nulle part. Et c'est ainsi, par ces mots, que je retourne joyeusement à mes essais philosophiques. André Comte-Sponville nous dit que c'est l'imagination en nous qui nous effraie et que c'est la raison qui rassure. Lorsque je lis un roman, j'ai tendance à observer l'imaginaire par de grands détours que portent le genre. Je préfère de loin aujourd'hui être raisonnable que romanesque. À quoi cela pourrait bien me servir, à part de me distraire bien légèrement ? Ce que je retiens de la religion est qu'elle relève pour moi moins de la foi que de la méditation. C'est dans certains rituels au quotidien que s'affirme ma religion, si elle en est une. Mais la méditation ne relève pas pour moi de Dieu, mais des sages qui se veulent libres ou libérés. Les différents courants de pensée et de sagesse provenant des temps anciens se sont transformés en religion pour de multiples raisons. Quelle sagesse à l'origine ? Que de superstitions au fil des âges. La question à se poser est de savoir si les hommes sont en train d'évoluer ou de régresser. C'est une excellente question n'ayant pas de réponses claires à exprimer. L'évolution n'est pas linéaire, tout comme notre humeur, cela va de soi. La philosophie me permet de développer ma pensée sur un grand nombre de sujets. C'est à cela que j'adhère en lien avec la raison. L'esprit de l'athéisme, magnifique ouvrage d'André Comte-Sponville, est ce qui retient mon attention en ce moment pour développer mon esprit critique. Évolution ou régression ? Je crois que l'un ne va pas sans l'autre, en tenant compte que la matière ne cesse de se transformer. Darwin en a fait son étude essentielle. Tout ce qui est vivant finit par périr ou se transformer sans qu'on puisse y faire grand-chose. Le cycle de la vie est en mutation constante. Foi et raison ont toujours cohabité. Le mot foi vient du latin qui signifie confiance. La foi désigne étymologiquement le fait d'avoir confiance en quelque chose ou quelqu'un. Il s'agit d'un concept philosophique, mais de façon élargie ce terme rejoint également la notion de croyance, quand il est relatif aux religions. Ce dernier aspect ne me concerne pas, il ne m'a jamais concerné. Les affects m'ont toujours troublé par une présence trop grande et trop nombreuse, et c'est en quoi je réaffirme mon engagement envers la raison. Les émotions et la raison sont les éléments déterminants pour nous divulguer certaines vérités. C'est à la lecture de mes expériences que je conviens de choisir la raison, sans prétendre vouloir me dissocier de mes émotions. Il ne faut pas oublier que les émotions sont nécessaires et que si elles existent, c'est pour des raisons bien utiles. C'est pour cette raison qu'aujourd'hui et qu'après avoir versé trop longuement dans les émotions et la passion que je choisis, non sans regrets, la raison. Max Weber disait qu'il préférait la rationalisation du réel pour expliquer son opinion. Il faut beaucoup de temps pour que certaines douleurs s'atténuent, comme le deuil. Et la paix ne viendra que plus tard. Les rituels d'antan permettraient de consolider les liens, de se consoler mutuellement, de célébrer des étapes de vie importantes. Nous avons tous besoin de rituels qui nous permettent de trouver la vie plus légère et plus humaine. La vie m'a-t-elle négligé ou n'ai-je pas fait les bons choix ? Il se pourrait que la vie soit triste sans la consolation qui provient du cœur des hommes. Là est le sens profond de notre existence. Comte-Sponville éprouve davantage d'amour pour la philosophie que de haine pour la religion. Les téléphones intelligents et internet sont devenus les nouveaux dieux, ce dont plus personne ne doute. Demander à un jeune de choisir s'il désire prier toute la soirée ou naviguer sur les réseaux sociaux. La réponse ne semble être plus claire à moins de vivre dans un monde parallèle utopique de la vie moderne. Ne pourrait-elle faire pire ou mieux ? À vous de juger, si vous en êtes capable convenablement. Les résultats du passé ne préjugent pas des résultats à venir, bien entendu. Seraient bien malins, ceux qui connaissent l'avenir. Les hommes comme la société ne peuvent se passer de lien, de liant. C'est ce que les religions ont tenté de nous démontrer. Les causes de la fragmentation dont je subis les effets sont à regret bien dévastatrices. Je ne me suis jamais réclamé fractionné, je l'ai subi pour quelques raisons qui me semblent encore nébuleuses. En tout cas, ce n'est pas Dieu qui m'a relié à quoi que ce soit, sinon il en aurait fait autrement de moi. J'aurais aimé ne pas vivre dans une société marchande. Dans ce monde à réinventer, il n'y aurait ni itinérants, ni de pauvres, ni de mal-aimés, ni de nations, ni de guerres. En réalité, le vrai contenu de la religion fut la cohésion sociale et la communication des consciences qu'elle apportait dans un monde chaotique et fragmenté. L'intention première de la religion était noble, c'est son application ensuite qui a fait défaut. Il me semble qu'il y a un vide existentiel en moi et autour de moi. N'ai-je pas raison ou bien c'est le fruit de mon imagination ? C'est la communion qui fait la communauté, dit André Comte-Sponville. Je ne vois nulle part cette communion dont il me parle, à part sur internet et sur les écrans. L'imagination que ces instruments produisent dépasse largement la réalité. Un simple conglomérat de technocrates et de concurrents ne fait pas de nous une communauté spirituelle, mais des automates programmés en horde sauvage. Communier, c'est partager sans diviser, nous raconte le philosophe en qui j'ai toute ma confiance pour les propos qu'il exprime. Comment puis-je faire confiance envers cette masse qui s'agglutine dans l'ignorance, lorsque je passe tranquillement la soirée à lire des auteurs qui communient avec moi ? Poser la question est y répondre. Ce que je reçois d'une part, je le perds de l'autre, par exemple, la solitude. Une réelle communauté se fait dans le partage et dans le sentiment d'appartenance d'en faire partie. Ainsi la cohésion et le sens qui lui sont relié renforcent chaque individu au sein de cette même communauté aux valeurs spirituelles. C'est là-dessus que j'insiste pour avoir amplement goûté aux valeurs marchandes qui font, plus que jamais, vents contraires à la véritable communion. Une culture et une civilisation sont une communion de l'esprit avant le portefeuille, bien avant tout. Mais la vie n'est pas un fleuve tranquille malgré toutes les bonnes paroles et les meilleures intentions. J'ai difficilement su réunir les forces transcendantes en quelque chose de sacré. Le terme sacré ne provient pas seulement de la religion mais de tout ce qui s'intègre à la communion et à la dignité. Néanmoins, ma vie tient à un miracle, c'est le moins que je puisse dire. Il doit bien y avoir un sens à tout ça que j'ignore.
5 avril |
Le 29 mai prochain, cela fera cinq ans que j'écris dans le blogue de façon constante. Les chapitres de toutes ces années sont conservés dans le site. Hier soir, j'ai consulté quelques chapitres des premières années. Les idées de fond sont déjà pas mal, mais la forme est très loin de celle retrouvée à ce jour. Littérairement, j'ai beaucoup cheminé, je suis content de la progression. Mes phrases sont plus courtes et moins diffuses. Les thèmes empruntés sont plus élaborés. Le vocabulaire est plus coloré et les idées mieux développées. Bref, une évolution littéraire assez satisfaisante dans son ensemble. La tristesse m'affecte ce soir. Il ne sert à rien de vouloir la chasser. Je dois l'accueillir. La solitude me pèse en ce long weekend de Pâques. Ce n'est pas que j'ai manqué de chocolat noir, mais ma peine est de n'avoir personne à qui le partager. Comment puis-je faire pour vivre sans amour et sans quelqu'un avec qui partager ? Mon pied est enflammé. J'aurai de nouvelles orthèses plantaires cette semaine, les premières étaient trop rigides et me provoquaient de vives douleurs sous le pied. C'est la cause principale de ma tristesse. La solitude est plus lourde dans cette douleur qui m'empêche de marcher librement. Cela m'affecte considérablement. Je dois limiter la marche, ce qui est éprouvant et déprimant à la longue. Je n'ai pas de quoi faire un essai élaboré ce soir. Je suis en pause. J'ai allumé une grosse chandelle parfumée. J'ai toujours vécu comme si c'était le dernier jour. Dès mon jeune âge, j'étais ainsi. Ma mère me le rappelait sans cesse. Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours eu des idées profondes, pour les nommer ainsi. Me poser trop de questions sur le sens de l'existence à mon adolescence me foutait le cafard. Je ne savais pas faire mieux. Il m'a toujours suivi sans que je l'invite. Je fus trop jeune pour vivre avec ces lourdes pensées trop hâtives. Ça s'appelle un trauma, cette bêtise-là. Je n'ai rien pu y faire, sauf m'enfuir et maugréer. Ce satané colporteur de cafard s'est imprégné très tôt dans mon corps. Insépide intrus que je devrais aimer au lieu d'haïr. J'ai souvent des flashs de voyage. C'est comme si ma mémoire ne voulait pas que j'oublie avant qu'elle ne meure et que je parte avec elle. Ma mémoire n'est pas un fil continue. C'est bien étrange la mémoire. Un jour, je me mettrai à écrire mes flashs de voyage mis bout à bout, tel le rouleau où Jack Kerouac écrivit ses péripéties et souvenirs de voyages. Je l'écrirai d'un seul trait, sans trop y réfléchir, ni le coloré. Il prendrait la forme d'un triptyque littéraire, qui est une œuvre composée de trois parties distinctes mais indissociables, formant un tout cohérent, souvent structuré autour d'un thème commun ou d'une symétrie narrative. Contrairement à une trilogie, qui signifie trois œuvres autonomes, le triptyque est conçu comme une unité unique. Il faut que je mette de l'ordre dans toute mes ruminations avant que je ne chavire, si ne n'est pas déjà fait. Parfois, il m'arrive de n'avoir plus rien à faire, plus rien à penser, ni à écrire. C'est affreusement angoissant, ces moments-là. Cela me calme d'exprimer mes émotions. C'est la meilleure chose à faire dans ces perturbations. J'écris aussi pour ça. Ça me délivre du surplus d'émotions qui m'oppressent. Si au moins je pouvais guérir ce pied, je pourrais me remettre à sauter dans toutes les directions. Et pourquoi pas danser ? Éviter de parler de ces sujets sensibles qui m'affectent aurait la même portée que de vouloir les nier et de les fuir. Donner plus d'importance à cette douleur ne ferait que l'augmenter. La renier encore pire. Je me sens si impuissant, sauf si je prends une journée à la fois. Comment en suis-je rendu à toujours voir la catastrophe, le verre à moitié vide ? Ne trouvez-vous pas que les images coïncident avec les textes ? Il est rare que je n'ouvre pas un livre le soir venu. C'est mieux ainsi. François Cheng rappelle que rien n'est beau s'il n'y a pas de spectateur : ce n'est pas parce qu'il y a quelqu'un pour contempler la beauté qu'elle existe. Un adjectif existe lorsqu'il se compare à un autre du même genre. Prenez le gris par exemple, il évoque pour nous la tristesse, la mélancolie, l'ennui et la vieillesse. C'est pas étonnant qu'après de nombreuses journées de pluies, l'on deviennent maussades, voir même déprimés. Admirer la pluie en ville ou à la campagne, ce n'est pas pareil. En ville, on observe davantage nos idées que les paysages, il va de soi. Et puis, ça dépend aussi de notre degré d'immobilité. J'aime mieux la pluie de la campagne que celle de la ville. Semblant répéter ce fait, c'est parce je viens de tomber sur un petit bouquin qui me parle du bien de la pluie : aimer la pluie, aimer la vie, de Dominique Loreau. Ça prend beaucoup de courage et de volonté pour écrire un livre sur la pluie. Ce recueil fort agréable, évoque la poésie qui émane de la pluie. Inspiré de l'auteur qui habite le Japon depuis trente ans, sa perception de la pluie est celle d'une artiste véritable. Je préfère les grosses averses que seulement un ciel couvert de gris sans nuées. Finalement, je n'ai pu résister d'ouvrir un livre de tendre lumière, afin de compléter cette journée grise avec des mots remplis de couleurs.

4 avril |
Les anges gardiens sont les anges gardiens et il n'est pas souhaitable de contester leur existence. À vrai dire, il est préférable de conserver quelques illusions, au risque de voir tout s'écrouler autour de nous. Le titre du livre de Denis Grozdanovitch : la secrète mélancolie des marionnettes signifie que les hommes, en général, ne sont actionnés que par le désir de reproduction, d'où la marionnette. C'est étrange de voir mon prénom dans ce mot. Marionette signifie petite Marie, de petites figurines bibliques articulées au Moyen Âge. Le prénom Mario dérive du latin Marius, lui-même lié à Mars, le dieu romain de la guerre. Guerrier pacifique pour ma part. Je déteste, par dessus tout, les querelles verbales et la violence. Le prénom évoque la virilité, la force et la masculinité. Dans le prénom Mario, il y a aussi l'étymologie en latin : étoile de mer, un nom assez évocateur lorsque je pense que mon signe astrologique est poisson. Si j'avais vingt ans, je dirais qu'il serait parfois amusant de m'abandonner aux mains de la marionnettiste. L'ouvrage de Grozdanovitch est teinté de romantisme qui me rappelle l'époque des désirs fortement éprouvés. Cette lecture trouvée au hasard est bien étrange. Elle m'évoque des zones névralgiques non rationnelles auxquelles je ne croyais plus avoir accès. Il est amusant de lire ce récit fort intelligent et aussi fragile que la séduction puisse l'être. Ici les débats d'idées se mêlent au jeu de séduction des protagonistes. Ce récit rempli de charme me distrait des considérations abstraites des derniers mois sur la raison. Pour avoir vécu pour et par l'aventure, je dois avouer avoir dû prendre quelques distances, sans toutefois abandonner totalement ses vibrations envoûtantes. J'ai vécu de l'aventure structurée, si je puis dire, qui fut bien moins insécurisante qu'on puisse le croire. J'ai toujours vécu pour le dehors. J'ai toujours cru que la vie n'existait pas entre les murs. Je ne m'y suis jamais habitué, sauf aux dernières années dans lesquelles j'ai découvert une passion pour la littérature. Lire en marchant n'est pas évident et souhaitable. Mon père s'est cassé le bras ainsi à plusieurs reprises en marchant, soit dit en passant. Le récit mélange adroitement la passion et la raison, ce qui est nouveau dans mes lectures. Je dois dire que les personnages n'ont rien de commun dans leurs intelligentes et vibrantes interactions. Les thèmes philosophiques rapportés par les personnages sont sensuellement abordés de manière distincte et intelligente, ce qui fait de ce livre une pure découverte pour le modeste lecteur que je suis. Plus je lis, et plus j'aime lire. Plus j'assimile des choses et plus j'ai envie d'approfondir des connaissances diverses. J'ai besoin de partir d'une idée ou d'une émotion pour aller quelque part, quoique j'aie tendance à me méfier de ces dernières pour le désordre qu'elles peuvent me provoquer. Pour dire vraie, la gestion des émotions fut et est encore mon plus grand défi. La raison est toujours un allié sur qui compter. La raison débusque les imposteurs impunément, je ne le dirai jamais assez. Au plus loin que je me souvienne, j'ai marcher, beaucoup marcher. Très tôt dans la vie, je me suis porté acquéreur de l'identité du marcheur pour me libérer de choses qui m'ont toujours assailli, sans que je sois capable vraiment de les nommer. C'est au moment que j'ai cessé de marcher comme un cinglé, que je commence à comprendre la léthargie auquelle je m'étais assigné. Je n'ai jamais su quoi faire d'autre que de m'user les pieds à traîner sur les trottoirs indifférents. Depuis peu, j'ai compris ce que voulait dire l'inaccompli de mon existence. Je commence lentement à emboîter les pièces de robots qui manquaient à ma structure. Je dis bien robot, car je n'ai pas encore acquis la notoriété d'un être libre et accompli. Quelle étrange conversation que j'ai ce soir avec les robots, les marionnettes et la romance. Inévitablement, cela doit être causé aux promesses des beaux jours.

3 avril |
Demandez à Meta quel sera l'avenir des hommes, qu'il vous répondra que la technologie deviendra indispensable et qu'elle continuera d'évoluer rapidement. Me suis-je dit par la réponse, que l'intelligence artificielle avait réussi à innover dans les conflits d'intérêts promulgués par ses créateurs. La population continuera d'utiliser massivement les technologies. En Georgie, dans le sud des États-Unis, il y aura cent cinquante centres de données d'ici quelques années. Déjà on en compte plus d'une centaine. La superficie de chaque data center représente à elle seule plus de trente-six terrains de football. À cela il faut ajouter l'énergie nécessaire à son fonctionnement, qui est gigantesque. Ces centres de données engloutissent des sommes ahurissantes pour développer l'intelligence artificielle. Tout cela se fait au détriment de la biodiversité, sans parler de la pollution qu'ils génèrent. Ce sont les grandes multinationales privées de Silicone Valley, les GAFAM qui sont les maîtres d'œuvre de toute cette dynamique mondiale dans le but d'accroître leur pouvoir et leurs bénéfices. Les gouvernements se mettent la tête dans le sable, car les centres de données leur apportent des taxes substantielles. Si on compare les dégâts collatéraux dans le développement de tous ces projets pharaoniques, on constate que les gains produits n'équivalent pas aux dégâts subis à la culture et à l'environnement. Jusqu'où ira la cupidité et l'avidité des hommes ? Encore pire, ces grands promoteurs des technologies, pour ne nommer que ceux-là, ne permettent pas le développement du bien public, bien au contraire. La vitesse à laquelle croissent tous ces systèmes est énormément plus grande que la capacité des hommes et de la nature à s'adapter. Je ne suis pas celui qui met un frein au progrès, au contraire j'y contribue d'une autre façon. Je ne suis pas un prophète de malheur, mais je raconte des faits et mon opinion. Je crois sincèrement qu'il est de notre devoir de bien calculer les risques éthiques et moraux devant toutes ces avancées à la fois spectaculaires et dangereuses. Il faut résister, même aux gouvernements qui sont, plus que jamais, à la solde de ces méga entreprises. Désormais, les hommes avancent de plus en plus seuls dans un monde à la dérive. À la dérive, disais-je, car ils sont fractionnés et impuissants devant des systèmes bien plus grands qu'eux. On aura beau avoir tous les discours nationalistes, on ne pourra jamais prétendre être plus fort que toutes ces alliances énergivores et capitalistes réunies.
Dans un tout autre ordre d'idée, en vous surprenant par la différence de mes propos, je poursuivrai sur la vie éclatante et amoureuse des anges. Tout ce qui m'est mouvementé dans la vie immédiate m'embarrasse, parce que j'aime trop la vie tranquille dans laquelle j'ai réussi à me maintenir tant bien que mal pour prendre le risque qu'elle se volatilise du fait de l'interruption intempestive de l'urgence à agir ou bien d'une quelconque passion amoureuse. Ceci débute en grande pompe le premier roman de Denis Grozdanovitch : la secrète mélancolie des marionnettes. Je dirais qu'à la lecture des premières pages de cet ouvrage, j'y détecte une forme de roman philosophique sur la quête de sens. Je me méfie de la passion amoureuse, pour avoir donné largement dans cette direction. Ce n'est toutefois pas mon manque d'intérêt envers le sexe opposé qui m'anime et me séduit, mais je tend davantage dans l'amitié dorénavant. Je justifie cela par le cours normal de la vie. Je tente d'identifier en ce moment les différents types d'amitié qui peuvent s'établir entre les hommes et les femmes. Ces remises en question se déploient avec l'âge, bien entendu, quoiqu'il puisse y avoir certaines exceptions. Et si la passion venait qu'à me tomber dessus, je remettrais mon âme à Dieu. C'est un sujet complexe. J'y reviendrai plus tard. J'aime beaucoup l'auteur pour avoir lu quelques-unes de ses œuvres. C'est pour cette raison que je me dis, pourquoi pas un roman. Je crois qu'avec l'âge, le grand amour est toujours possible, mais pas sous la forme frénétique de la jeunesse. Ce n'est pas que je n'y tiens pas, mais mon corps et mon esprit s'en vont ailleurs, et je ne connais pas à ce jour, la destination qui m'emporte. Ceci sera mon premier exercice d'écrire en m'inspirant d'un roman. Encore faut-il qu'il ait du sens et de la profondeur. Le grand amour peut être tout aussi intense sur le plan mental que physique. L'intensité du corps en vieillissant l'offre à l'esprit, qui peut être aussi ravageur que la passion du corps. Il n'y a pas de règle générale qui s'applique sur ce sujet à la fois délicieux et controversé. Jack Kerouac a dit qu'il faut écrire pour la gloire d'être soi-même et ce, peu importe le ton et le style. Le jour où je croirai sincèrement en moi-même, je n'aurai plus autant besoin d'auteurs pour écrire. Je ne suis pas rendu là, n'étant pas pressé. La littérature est une aventure au même titre que les voyages que j'ai effectués, à la différence que j'ai pas besoin de quitter mon fauteuil. Thomas Mann se demandait où aller pour sortir de l'ordinaire, où je puisse vivre mes rêves. Je connais bien des endroits à cet effet, mais les rencontres du hasard sont souvent bien ordinaires dans les rues de la ville qui me voit marcher. Je crois que la coïncidence ne coïncide pas toujours au moment désiré. Toujours est-il qu'il est fort étrange de me retrouver à lire un roman, moi qui déteste généralement le genre. Comme il est étrange d'observer les pensées de l'homme que je suis devenu si je me compare au jeune homme que j'ai été. Il y a des lieux qui sont propices aux rencontres. Malheureusement, la ville où je suis né et que je vis ne fait pas partie de ceux-là. Je n'ai aucunement besoin de témoignages pour me prouver le contraire. Ce n'est pas tout le monde qui a le sens du jeu en m'ayant exercé à maintes reprises à les rencontrer. Je me trouve banal et ennuyant comme un jeu de quilles au contact de mes semblables. Est-ce moi ou mon destin qui est en cause ou un peu des deux ? Un éminent psychologue a déjà dit que les égocentriques et les névrosés ont surtout besoin de s'intéresser à autre chose qu'eux-mêmes. Cela me semble une pure vérité en pensant aux nombreuses thérapies qui me firent tourner sur moi-même. Je n'ai aucune honte d'affirmer cela. Il serait davantage honteux que de m'en avoir abstenu. J'ai toujours été un personnage non conventionnel. Cela explique que je ne suis pas fait pour des gestes et des réponses conventionnels. Jack Kerouac a dit que parler de soi-même et parler tout court revient à la même chose. Parfois, il vaut mieux se taire. Si vous voulez distraire quelqu'un de ses pensées, vous n'avez qu'à lui parler sans cesse. Son esprit alors partira dans une autre direction, à moins qu'il ne vous entende plus ou qu'il ne s'intéresse qu'à lui-même. C'est un pur délice que la lecture du roman de Denis Grozdanovitch. J'y vois une somme incroyable de finesse et d'intelligence dans l'histoire qu'il me raconte. Moi qui m'étais abreuvé de pure philosophie et d'ouvrages sérieux durant les dernières années, cela me fait du bien de m'asperger d'un peu de romantisme et de légèreté en ce début de fêtes pascales et d'arômes printaniers. Il serait âpre de vouloir me nourrir que de raisons. La beauté sert aussi à nous transformer. Comme le hasard fait bien les choses. J'ai trouvé ce roman dans la boîte à livres sur la rue principale. À ses côtés, un petit manuel bien ordinaire me tend la main en me parlant de l'amour de la pluie écrit par une essayiste française qui vit au Japon depuis trente ans : Dominique Lareau. Il y a là un genre poétique qui s'appelle le haïku, que j'aime et que je tente d'apprivoiser légèrement. Pluies du printemps. À la lumière du faubourg. J'arpente mes peines.

2 avril |
La démocratie est en chute libre dans le monde. Peut-être qu'elle n'a jamais été réellement présente. Ce n'est que depuis la révolution tranquille qu'on connaît une relative démocratie ou une frauduleuse démocratie de surface. On n'a qu'à penser actuellement aux dérives autoritaires, à la montée des mouvements nationalistes et extrémistes pour comprendre ce qu'est la véritable démocratie. La communauté mondiale est en perte de pouvoir démocratique, surtout avec Trump, chose qu'on n'avait pas vu venir, il y a quelques années à peine. La démocratie collective s'est affirmée singulièrement dans une moitié de siècle en exploitant exponentiellement les ressources. On en a tous profité. La question à se poser est : peut-on assumer pleinement nos libertés individuelles et collectives ? Il n'y aura jamais de systèmes parfaits car les hommes ne le sont pas. Lorsque les régimes totalitaires de certains pays disparaissent, les gens ne savent pas comment faire pour être libres, car ils n'ont jamais appris à le faire. Les gouvernements sont à notre image, indissociables de ce que l'on est, et vice-versa. Comment adopter une démocratie si on est ignorant ? La démocratie, c'est l'affirmation de la dignité. Comment peut-on parler de démocratie réelle lorsque les valeurs humaines sont relayées au profit et au rendement ? Les élus aujourd'hui ne sont que des cas de figure qui n'exercent qu'un pouvoir relatif et qui ne sont que les représentants de grandes corporations privées. Quand on y pense bien, ce ne sont pas autant l'argent qui mène le monde que les idées, même si ça ne paraît pas tout le temps. Il y a toujours quelque chose qui émergera du chaos, sauf s'il nous emporte. Est-ce que le chaos naît en l'absence de la sagesse ? Poser la question, c'est y répondre. Toutefois, il existe différentes versions du chaos. Un chaos pour les uns sera une libération pour les autres. La démocratie devrait se manifester pour le mieux-vivre et non pour consommer. Les humains sont bien souvent insatisfaits pour différentes raisons. Qu'il s'agisse d'eux-mêmes, de leur relation, du travail qu'ils font allant envers ceux qui les gouvernent. Consommer revient à dire qu'ils compensent pour leur vie médiocre ou leurs désirs refoulés. L’autocratisation signifie que quasiment toutes les dimensions de la démocratie se dégradent plus qu’elles ne s’améliorent dans un grand nombre de pays. Les États-Unis ne sont ainsi plus considérés comme une démocratie libérale, mais comme une démocratie électorale. D'après les derniers rapports, le centre de gravité de l’expérience humaine et de la gouvernance mondiale s’est fortement déplacé vers l’autoritarisme, la gauche vers la droite et les valeurs libérales aux valeurs conservatrices. Pour bien comprendre les faits, on peut déceler une part d'ignorance qui flotte dans l'air pour différentes raisons. L'ignorance est un décalage entre la réalité et une perception de cette réalité, décalage qui est la conséquence d'une croyance, d'un préjugé, d'une illusion ou d'un fait avéré de ne pas savoir. Dans le bouddhisme, l'ignorance est la première étape de la chaîne des causes de la souffrance. La culture des lettres et la défense de la liberté sont indissociables. Une amie m'a dit aujourd'hui qu'elle avait déjà assisté à une conférence de Thomas de Koninck lors d'une assemblée sur la simplicité volontaire. En débutant la soirée, il a débuté par une question à laquelle mon amie s'est empressée de répondre : quel est le sens de la beauté ? La beauté transcende la réalité, qu'elle répondit de Koninck ne s'attendait pas à une réponse aussi rapide et limpide. Pour moi, l'intelligence est un signe de beauté comme le visage d'une jeune femme. Il va de soi que mon cerveau est étroitement associé à ma façon de penser. Nous devenons ce que nous pensons. Mais il faut plus encore, il faut aussi l'amitié. Aristote a dit à cet effet que nous pensons que l'amitié est le plus grand des biens pour les cités, car elle évite au maximum la discorde. Force est de constater que sans amis personne ne choisirait de vivre, eût-il tous les biens. L'ami est une extension de soi-même. Un ami vient de voir mourir sa mère. Toute sa famille s'est rassemblée autour d'elle au dernier moment, en personne ou par visioconférence pour ceux qui ne pouvaient y être. Sa mère lui a caressé la tête et quelques minutes après elle est partie pour un monde meilleur. Une vieille femme meurt, un enfant vient de naître. Le développement de la conscience a manifestement besoin de l'aide d'autrui, malgré la tentation parfois de se suffire à soi-même. Le rôle de la famille est évidemment primordial à cet égard, si évidemment elle est fonctionnelle. Elle aide à supporter les grandes épreuves de la vie. Et puis, le monde s'est globalisé en transformant la culture et les traditions. Et puis il s'individualise et plus il se fragmente. Alors, on ne s'étonnera pas que personne ne vienne nous caresser la tête à notre grand départ. Ce qui fait le lien social est en proie à un processus de dissolution. C'est alors que naissent les dérives autoritaires et technocrates. Tôt dans la vie, j'ai compris que j'allais être souvent seul. Depuis quelques années et à force de ruminer cette pensée, j'en ai déduit certaines opinions sur le sujet. Devant certains faits, il y a quelques pistes pour détourner le destin que l'on croit acquis. La première des choses est de rechercher à se relier aux autres par des champs d'intérêts communs, d'une part. La seconde est de s'agiter dans tous les sens dans le but de faire quelques rencontres fortuites par hasard. La meilleure façon de se relier aux autres est avant tout de se relier avec soi ou d'apprendre à le faire. Il y a un dicton qui affirme cette réalité : deviens toi-même. Tout objectif doit être la recherche d'une vie bonne. Cela m'amène à vouloir décrire ce qu'est une vie bonne. La double ignorance est un concept philosophique, issu de Platon et Socrate, définissant l'état d'une personne qui non seulement ignore une chose, mais ignore aussi qu'elle l'ignore, tout en croyant la savoir. C'est une ignorance de sa propre ignorance, souvent couplée à une fausse prétention au savoir. La notion de vie bonne est une question centrale de la philosophie morale qui cherche à définir non pas simplement ce qui nous fait plaisir sur le moment, mais ce qui rend une existence digne d'être vécue et accomplie. Pour les stoïciens, il s'agit de vivre en harmonie avec l'ordre du monde et d'accepter ce qui ne dépend pas de nous. L'acceptation revient souvent pour établir un élément clé de la sagesse. Pour de Koninck, le domaine des relations humaines est, par excellence, quoique non de façon exclusive, le lieu de l'éthique. Il n'y a pas de vérités pour l'ignorant. Mon défi de tous les jours est d'apprendre à toujours penser mieux. Seule cette faculté peut me rendre autonome et libre. Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la répéter. Celui qui ignore son passé ne s'en libère pas, mais est poussé à l'aveugle par lui. Néanmoins, se figer dans le passé n'est pas moins désastreux. Il s'agit plutôt d'apprendre du passé. Le problème actuel est que la pensée et la vision deviennent de plus en plus fragmentées. Le libre afflux des mots et des images à l'échelle mondiale transforme les relations humaines à tous les niveaux, nous indique le philosophe. Cela nous démontre que l'évolution des sociétés est déterminée par la culture d'abord. Toute démocratie dépend de la qualité de la formation de ses citoyens. À défaut de véritables démocraties, la violence ne pourra que s'accentuer. Les questions les plus brûlantes sont les questions qui portent sur le sens ou le bon sens de la vie, disait Hurssel. L'éducation publique tend à s'aligner sur les besoins du marché de l'emploi. Cette approche d'apparence pratique ne l'est pas du tout, elle est largement illusoire. Nous manquons délibérément notre mission, qui devrait être avant tout humaniste, au lieu de nous mettre opiniâtrement au service du marché et du corporatisme. François Legault, qui vient de terminer sa tâche ministérielle, nous dit que les gouvernements doivent s'appliquer à redonner aux humains le goût de l'avenir, comme l'affirmait de Tocqueville. Rien n'est plus nécessaire dans le contexte actuel que la philosophie. C'est elle seule qui dure et donne un sens à l'existence. Je tiens à remercier sincèrement Thomas de Koninck pour ses sincères réflexions qui donnent un sens accru à mon existence. Il a permis de retrouver chez moi quelque chose qui sommeillait et que je n'avais pas de mots pour décrire. Ce dernier chapitre est exhaustif pour la grandeur et le nombre des réflexions posées. À chaque premier jour du mois, je viens de décider d'emblée qu'un nouveau chapitre serait abordé. Il sera appuyé par les penseurs et les auteurs qui, par hasard, reflètent mes humeurs et mes préoccupations, comme quoi mon quotidien serait bien pauvre sans eux.

Je vais vous raconter une histoire véridique. Ce sont mes préférées. Tom est l'octogénaire dont je veux vous parler. Son prénom est fictif afin de conserver toute confidentialité sur son histoire. Habitant à quelques pâtés de maisons de chez moi, je rencontre Tom de temps à autre au gymnase et dans la rue. Tom a toujours été un type en forme se distinguant par son humour et une apparence beaucoup plus jeune que son âge. Il fut un homme d'affaires dans le secteur des arts, en plus d'être un artiste accompli. À chaque fois que je discutais avec Tom, il n'a de cesse que de me parler des jeunes filles, des très jeunes filles. Sa manière d'en parler était proprement malsaine à leur égard, tout comme moi, l'entendais. Je n'ai jamais compris qu'il puisse faire carrière avec cette attitude méprisante envers la gente féminine. À chaque fois que je le croisais, il exprimait ses désirs fulgurants, sans filtres et avec plein de virulence. À un plus bas âge et surtout à une autre époque, je n'aurais pas fait de cas de ces étranges commentaires. Il était coutume alors de tenir des propos sexistes à l'intérieur d'un humour grinçant. Autre époque, autres mœurs. Nous vivons dans un monde bien différent, Tom doit bien s'en rendre compte, s'il n'est pas idiot. À l'inverse de ces temps, la norme est pour plusieurs, et surtout pour les jeunes, de passer par l'intermédiaire d'internet. L'autre jour, je rencontre Tom au gymnase, la mine basse et l'air préoccupé. Je tente du mieux que je peux, de comprendre ce qu'il me raconte. Il éprouve des difficultés à articuler sa pensée, jusqu'au moment où je saisis l'ampleur de ses préoccupations. Durant les quinze années de sa jeunesse, Tom a subi des sévices sexuels auprès des frères des Écoles chrétiennes dans lesquelles il était placé en orphelinat. De plus, il était victime de violence qui l'ont marqué pour la vie. Pendant les quarante ans qui suivirent, chaque nuit il a fait d'horribles cauchemars. Tom me raconte que lui et une couple de centaines d'anciens élèves ont pris des recours afin de poursuivre les écoles chrétiennes depuis une dizaine d'années. Pendant tout ce temps, plusieurs frères et anciens orphelins sont décédés. Il a gardé sous silence cette triste histoire jusqu'à tout récemment. Les avocats dans cette sordide affaire lui ont dit qu'il devrait témoigner devant une audience pour la requête. Si je vous raconte cette histoire, c'est que j'ai vu clairement le lien avec son passé trouble et celui de prédateur que j'ai reconnu chez lui, si je peux le dire ainsi. Pour en déduire que les tristes événements qui nous arrivent dans notre enfance peuvent nous marquer pour la vie entière. C'est d'autant plus vrai dans ces circonstances dans lesquelles plusieurs enfants vulnérables ont subi des préjudices importants. Tom n'est pas le seul et ne sera pas le dernier. Même si les contextes sont bien différents, aucune personne n'est à l'abri des malheurs, qui sont nettement plus grands lorsqu'il s'agit d'enfants. J'éprouve beaucoup de sympathie envers Tom. Rares sont les fois que je témoigne de semblables récits. Mais voilà que je voulais parler de ce qui me touche ainsi que d'autres histoires que je ne peux pas passer sous silence. Possiblement que sa souffrance refoulée lui a permis de l'exprimer dans la beauté de ses œuvres et sa détermination à s'affranchir de ses souffrances. Chacun d'entre-nous avons nos propres histoires et dans lesquelles se forment le monde étrange que nous connaissons.