Bienvenue sur mon blogue personnel. Ce journal intimiste exprime un désir de dépassement et d'authenticité.
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6 juin | Mass Audubon Waseeka Wildlife Sanctuary, Hopkinson, Northeastern Massachusetts
Je profite qu'il soit samedi pour aller à Salem et Boston. Sur une petite route, je croise plein de tortues qui veulent traverser. L'une d'entre elles, en plein centre de la chaussée, fait deux pieds de large. Je m'arrête avec un gros bâton pour la glisser sur le bord de la forêt. Mon premier arrêt sera Manchester-by-the-Sea et Salem. Il serait impensable durant les grandes chaleurs de faire du vélo près de la mer ou sans les tunnels d'arbres qui m'abritent du soleil. Salem a été fondée par des puritains anglais qui fuyaient l'Angleterre en 1626. Le centre-ville est tout petit avec une rue piétonne très commerciale. Tout y est très cher, comme bien d'autres centre-villes J'arpente la rue aller et retour en entrant dans un grand musée qui était gratuit pour la journée. Depuis une semaine, les voitures sont recouvertes d'un épais tapis de pollen, avis aux allergies. Ensuite, je pars en campeur à travers les vieux quartiers abritant de vieilles maisons de bois. Un incendie en 1912 a ravagé la grande majorité de la ville. Dans une époque lointaine, on y faisait beaucoup de commerce maritime à travers le monde, ce qui a permis d'enrichir un grand nombre de commerçants et le pays. Je ne reste que très peu de temps à Salem, car je dois aller à Boston et cet endroit ne me plaît guère. L'entrée à Boston s'est bien déroulée jusqu'au moment où la congestion commence en raison d'un immense défilé Pride Parade. Des quartiers complets deviennent inaccessibles. La circulation automobile est difficile à Boston à cause des sens uniques De plus, il est presque impossible de stationner à Boston sans payer très cher. Il faut obtenir au préalable une application pour payer les stationnements et encore faut-il en trouver au moment où l'on veut. L'an passé à New York, il me semble que ce soit plus facile sauf pour sortir de la ville. Après avoir circulé en campeur dans quelques rues de Beacon Hill, autour de Faneuil Market et de Boston Common, je me dirige vers Cambridge qui abrite l'université d'Harvard sur les rives de Charles River. Harvard a été créé en 1636 et Boston en 1630. Harvard est l'une, sinon la meilleure institution du genre au monde. La dimension des bâtiments d'Harvard s'étend sur plus de dix kilomètres d'un côté et de dix kilomètres de l'autre. 25 000 étudiants chaque année étudient à cette prestigieuse université qui fait partie de l'Ivy League. Cela fait de Cambridge une ville étonnamment jeune. Cambridge sans Harvard n'existerait pas. Si je n'ai pas eu le goût d'y passer plus de temps, c'est que les grandes villes ne font pas partie de mes gènes. New York l'an dernier et Boston cette année me suffiront, à ce qu'il me semble. Il y a trop de distractions et trop de gens dans les grandes villes, cela ne me plaît guère et surtout que j'habite déjà dans une grande ville. J'étais déjà allé à Boston dans la vingtaine, et j'ai toujours eu le goût d'y retourner. Je ne ferai pas ici un historique exhaustif de Boston et des environs. Boston a un charme incontestable et l'architecture ancienne est plus que présente. Le paysage urbain de Boston ne ressemble pas aux autres villes américaines : son centre a gardé de nombreux édifices de l'époque coloniale, ses rues ne sont pas rectilignes et la cité réserve bien des axes aux piétons ou aux vélos. La ville est divisée en de nombreux quartiers. Back Bay, South End et Beacon Hill sont des quartiers résidentiels huppés. La route 16 est longue pour sortir de la ville de 4,6 millions d'habitants incluant son agglomération. En fin d'après-midi de dur labeur à conduire dans le trafic, je découvre enfin un endroit tranquille au milieu de la forêt pour me poser pour la nuit. Mass Audubon Waseeka Wildlife Sanctuary est exactement ce qu'il me fallait pour évacuer le rythme effréné de Boston.

5 juin | Stiles Pond Beach, West Roxford, Northeastern Massachusetts
Je m'étais stationné par hasard à l'endroit précis du départ à vélo pour la journée. C'est mon premier grand parcours à vélo au Massachusetts du voyage. Voici la population des états suivants ; Maine 1,4 millions, Vermont 633,000 habitants, New Hampshire 1,4 millions, Massachusetts 7,15 millions. Ce n'est pas étonnant qu'il y est davantage de circulation automobile et de multiples interdictions au Massachusetts. Les terrains libres sont plutôt rares dans l'état. Malgré cela, je me débrouille assez bien, je dois avouer et j'adore cet état. J'ai effectué une randonnée à vélo de 72 kilomètres sur un terrain vallonné à la perfection. Au Massachusetts, il très facile de se perdre dans les interminables labyrinthes de petites routes qui arpentent le territoire. Il est important d'être vigilant lorsqu'on roule dans l'état. Par chance que les américains sont respectueux sur la route et qu'ils conduisent admirablement bien, comme tous bons anglais qui se respectent. La circulation est toujours fluide et il est rare que je sois pris dans des bouchons. L'odeur du gazon coupé est ma préférée suivie des grandes forêts de pins. Le décor sur tout le parcours est sublime avec toutes ces demeures de beaux arbres décoratifs aux couleurs splendides. Il serait impensable, mais pas obligatoire de ne pas avoir recours aux guides de cyclotourisme. Je possède une imposante collection de guides de plusieurs états et qui, sans eux, les voyages ne seraient pas les mêmes. Bonne chance à tous ceux qui voudraient improviser des trajets sans l'aide de ces précieux guides. Il a fait très chaud aujourd'hui, par chance que j'ai pris une journée de congé la veille. 33 degrés mais sans humidex, ce qui aurait pu être pire lorsque l'humidité sera au rendez-vous. Sans humidité, rouler sous les grands arbres sur des routes tranquilles de la Nouvelle Angleterre est l'un des plus grand plaisir que la vie peut m'offrir. Au retour, je file en campeur sur l'autre rive de Merrimack River au New Hampshire, précisément à Lawrence. Les premiers secteurs au sud de la ville sont largement multiethniques avec une grande proportion de latinos. Lawrence est nommée la ville des immigrants et avec raison, je vous assure. Les plus grandes communautés sont portoricaine et de la République Dominicaine Je m'arrête manger dans un restaurant latino du quartier assez pauvre au sud de la ville très animé. Je mange sur place une grosse portion pour deux ou trois repas de riz aux fèves noires et deux sortes de poissons frais inconnus et boullis dans une sauce crémeuse. Je rapporte une grosse portion dans mon frigo. Aucuns blancs dans ce secteur. Je suis excité d'atteindre ma destination de l'autre côté du pont qui relie le Massachusetts et le New Hampshire. Je suis frappé par le grand nombre de vieilles usines qui arpentent Canal Street de Lawrence. Je suis sidéré de voir ce riche passé industriel encore une fois. Le nombre d'usines atteint un nombre inégalé jusqu'à ce jour. Il y a peu de blancs dans cette agglomération. Plusieurs grandes usines sont encore désaffectées et plusieurs commerces du centre ville sont moribonds. Je compte près d'une vingtaine de grands bâtiments faisant plus d'un kilomètre de long, sinon plus. Il est noté sur internet que l'un d'entre-eux jadis était les plus long au monde. Le ciel est parsemé de très grandes cheminées de briques rouges. 95,000 personnes habitent Lawrence. Aucuns touristes n'osent s'aventurer de ce côté, avec la criminalité qui domine. Tout à commencé en 1845 quand des riches hommes d'affaires de Boston fit construire le grand barrage de Bodwell's Falls et qui fut achevé en 1848. Ce chef-d'œuvre d'ingénierie était alors renommé le plus grand barrage du monde. L'importante criminalité dans cette ville atteint les proportions nationales reliées aux grandes villes américaines. La drogue y est une plaque tournante. Je poursuis vers Haverhill, ville industrielle voisine fondée en 1642. Il est temps de me trouver un spot pour la nuit. Stiles Pond Beach de West Roxford au New Hampshire sera l'endroit pour passer la nuit dans une belle grande forêt bien tranquille. Pour rien au monde je n'aurai dormi à Lawrence, mais j'ai beaucoup aimé l'avoir traversé. Il est possible que j'y retourne au retour. Le visionnement sur Youtube de certains secteurs piquent ma curiosité et mon sens de l'aventure. Ce soir, je ne cesse à penser à cette ville qui a offert et continue de donner espoir à des milliers de gens.

4 juin | Phillips Academy, Andover, Northeastern Massachusetts
J'ai pris une journée de congé du vélo. Le timing fut bon, il a fait 33 degrés Je suis étonné de constater à quel point tout est vert en Nouvelle-Angleterre. Je n'ai pas vu ni de grandes fermes ni de grandes cultures, sauf quelques petites fermes équestres et avicoles. Après avoir quitté le New Hampshire pour le Massachusetts, je m'arrête une heure à Salisbury Beach, la première station balnéaire au nord-est du Massachusetts. L'endroit est tranquille malgré la température qui frôle les 33 degrés. Je poursuis ma route en traversant le pont sur Merrimack River pour Newburyport. C'est une charmante et très ancienne ville avec des trottoirs de briques. Ensuite, je pars vers Ipswich et le bord de l'océan pour tenter d'y découvrir quelque chose d'intéressant. À la guérite, on m'informe du tarif pour aller à Crane Beach qui est de 35 $. Je demande à la jeune fille de répéter pour être certain que j'ai bien compris. Je fais demi-tour en voyant une affiche pas très loin indiquant Great House of Castle Hill of Crane Estate. L'admission est 10$. J'hésite un moment et puis j'entre. Manifestement, je n'aime pas les grandes chaleurs. Castle Hill fut rasée en 1924, elle fut remplacée par le manoir de style Stuart que l'on peut admirer aujourd'hui, inspiré des maisons de campagne anglaises du XVIIᵉ siècle. Le château possède 58 pièces et 21 dépendances. Richard Teller Crane Jr. hérita de son père du même nom de la société Crane Co. que tous les gens connaissent pour les toilettes hérissées partout en Amérique du Nord. En 1990, American Standard Brands achètera la compagnie Crane Plumbing Company. La famille Crane comprenait l'importance de la conservation des terres et de la préservation du patrimoine historique. En 1910, ils modifièrent leur testament afin de stipuler qu'ils légueraient un jour cette propriété à l'association the Trustees of Reservations of Massachusetts. Il s’agit de la plus ancienne organisation de conservation des terres à but non lucratif de ce type au monde, comptant 100,000 foyers membres en 2021. J'ai rarement vu un endroit aussi beau dans toute sa splendeur en Amérique, si ce n'est que les somptueux châteaux d'Hudson River dans l'état de New York. En face du château, il y a une grande allée gazonnée, comme elle se nomme, et qui se déroule comme une vague longue d'un kilomètre et plus sur le bord d'un promontoire menant à l'océan. Les jardins sont immaculés de statues qui ne laissent personne indifférent. On me dit que l'accès à la plage n'est pas inclus avec la visite du château, mais en réalité, il y a plein de sentiers qui mènent à la plage. Je marche près de six kilomètres sur un sable blanc immaculé, douze au total avec les sentiers du domaine. C'est probablement la plus belle plage jamais visitée sur la côte Est. Ce qui surprend est l'état sauvage et la beauté des lieux. Les résidents de la côte Est limitrophe aux plages n'ont pas à se soucier du stationnement où qu'ils se trouvent. De plus ils n'ont rien à payer pour avoir accès aux plages et d'autres services. L'endroit sur la colline où se trouve le château abrite de bons vents. Faut le voir pour y croire. Manifestement, j'en ai eu pour mon argent en cette journée de congé estival. J'ai fait le repérage des prochaines randonnées à vélo pour la suite. Je file tout droit pour me trouver un spot pour la nuit à Harold Parker State Forest d'Andover. Cette forêt est la plus près au nord de la grande agglomération de Boston. Je cherche désespérément un bel endroit où poser mes pénates. Le trafic est lourd et les endroits pour me poser sont quasi inexistants. Je tourne, puis je tourne pour finalement me trouver un beau spot sur le terrain du collège Phillips Academy d'Andover. Phillips Academy d'Andover est la plus ancienne académie constituée en société des États-Unis, fondée en 1778. Ce fameux collège a été créé par un autre membre de la même famille que celui qui a crée celui d'Exeter. La rivalité entre Andover et Exeter s'est développée après la fondation de la Phillips Exeter Academy en 1781 par John Phillips, oncle de Samuel Phillips. L'attachement du séminaire à la théologie orthodoxe a contribué à alimenter cette rivalité. Exeter était plus accueillante envers les unitariens, ou du moins moins religieuse qu'Andover ; de ce fait, Exeter avait tendance à envoyer ses étudiants à Harvard, université unitarienne, tandis qu'Andover les orientait vers Yale, plus ouverte aux calvinistes. Les journées sont à la fois très longues et très courtes. Par chance que mes nuits sont bonnes et délicieuses.

3 juin | Rand Memorial Congregational Church, Seabrook, Southeastern New Hampshire
Au départ d'Exeter, je débute une magnifique randonnée à vélo sur une distance de 50 kilomètres. Exeter est une ville historique aux valeurs libérales. La ville abrite depuis 1791 la célèbre Phillips Exeter Academy. C'est un collège préparatoire visant à entrer à l'université. C'est l'une des admissions les plus difficiles d'accès dans tout le pays. Vingt pour cent des diplômés auront accès à Harvard. Il en coûte 72,000$ US par année pour étudier au collège. Les universités les plus célèbres, quant à elles, coûtent entre 90,000$ et 100,000$. C'est ma journée la plus chaude depuis le début du voyage. La première partie de la randonnée est sublime avec de grandes demeures historiques d'Exeter jusqu'à Hampton Falls dans le New Hampshire et Amesbury dans le Massachusetts. Je roule toujours à l'ombre des grands jusqu'à Amesbury. Cette ville très ancienne est située sur la rive de Merrimack River. Depuis le XIXᵉ siècle, elle devient une cité industrielle avec la fabrication de diligences (stagecoach) et des chapeaux haut-de-forme. Huit grandes usines de textiles furent érigées autour de la rivière dans un décor somptueux rappelant l'Angleterre. Ici, tout est de briques rouges, des trottoirs allant aux maisons. Au retour à Exeter, je demande où est le dining room sur le campus. À ma grande surprise, un énorme buffet est servi gratuitement pour célébrer la dernière journée d'études de la saison sur le flamboyant gazon du collège. Le timming est plus que parfait. Je m'assoie avec quelques étudiants en me délectant de toute cette bonne nourriture. La particularité des enseignements provient d'une ancienne méthode. La méthode du Phillips Exeter Academy, mondialement connue sous le nom de méthode Harkness, est une approche pédagogique collaborative où l'apprentissage se fait par le dialogue autour d'une grande table ovale. Les élèves mènent la discussion tandis que l'enseignant agit comme un simple guide. Cette méthode connaît un franc succès pour sa forme avant gardiste et avec raison. Je ne me lasse pas de siroter la meilleure limonade que je n'ai jamais goûtée. À ma surprise, les employés s'amènent plus tard avec de gros bacs pour mettre tout le reste à la poubelle et au recyclage. Ils me demandent si je veux quelques restes, je réponds rapidement par l'affirmative. Après un calcul sommaire, je dois avoir, incluant mon repas, de la nourriture pour environ 60 $. Ensuite, je pars l'esprit joyeux et la satisfaction du travail accompli en van vers la mer. En chemin, je croise un garage pour lui parler de la petite bosse sur le derrière du campeur. Il applique un peu d'un produit qui enlève les traces de peinture de la boîte aux lettres, la veille renversée. Ensuite, j'applique avec un crayon rouge un peu de peinture pour effacer complètement les dommages. J'ai vraiment eu de la chance, encore une fois. Le premier village que je retrouve sur la mer est Rye Beach. J'y étais déjà passé, il y a fort longtemps, avec une vieille bagnole. Je m'étends un peu au soleil sur la plage de gros galets. Je roule sur la route côtière jusqu'à Hampton Beach que je trouve tout aussi horrible que la première fois que j'y suis allé. Il n'y a que quarante kilomètres de littoral au New Hampshire sur l'océan Atlantique entre Portsmouth et Newburyport. À ma mémoire, je ne me souviens pas d'avoir passé dans une région où il n'y avait pas de places pour se stationner gratuitement ou bien mettre mon campeur pour la nuit. Je déteste ce genre d'endroits qui est ni plus ni moins qu'une fabrique à faire de l'argent. Je regarde pour m'acheter une glace. La plus petite avec le taux de change équivaut à 11 $. J'irai manger mon yogourt grec à la vanille bien tranquille sur la dune de sable. Le New Hampshire est plus conservateur que le Vermont, quoiqu'il y ait de nombreux bastions démocrates. C'est dans les régions industrielles et agricoles que se retrouve la majorité des républicains. Les républicains ont le profil des gens peu instruits et passablement plus pauvres. Une grande étape vient d'être franchie en voyage en passant demain au Massachusetts, plus au sud. Je préfère de loin le cyclotourisme à la randonnée pédestre. J'ai débuté le plein air avec le vélo. Si j'ai passé à la randonnée pédestre par la suite, c'était pour offrir une activité populaire aux membres de Vert l'Aventure Plein Air, dont je fus l'organisateur et l'accompagnateur sur plus de trente ans. Pour moi, le cyclotourisme est de revenir à mes sources et à mes amours. Voyager à vélo pour moi aux États-Unis n'a rien de comparable. Ce fut très long pour me trouver un spot pour la nuit. J'ai enfin déniché ce qu'il y avait de mieux selon la région entre Rand Memorial Congregational Church et le cimetière Wildwood à Seabrook, dans le New Hampshire, à deux kilomètres du Massachusetts. Je fais vraiment un beau voyage. À bien y penser, je préfère faire à chaque jour 40-50 kilomètres à vélo et avoir le temps pour autre chose que des journées de plus de 75 kilomètres. Faut bien que ça serve à quelque chose de vieillir comme la sagesse. Et puis, je n'ai pas d'autre choix, car il me faut bien écouter mon corps.

2 juin | Henderson-Swasey Town Forest, Exeter, Southeastern New Hampshire
Il y a un an déjà, je partais aux États-Unis. Les longues canicules arrivaient le 22 juin alors que je dormais avec le campeur en plein cœur de Brooklyn. Il faisait 43 degrés. J'espère que l'été sera différent, car il fait trop chaud pour se promener en campeur. Ce matin, je débute une randonnée pédestre de huit kilomètres au départ de Powwow Conservation Area où j'ai passé la nuit. J'ai traversé Webster Natural Area pour me rendre sur Powwow River. Ensuite, au départ de Kingston, je suis parti à vélo sur une distance de 40 kilomètres. Le parcours était très beau et vallonné. Kingston et la région furent un coup de cœur pour moi. Il y a plein de beaux endroits pour faire du bondooking. J'ai roulé encore une fois sous des tunnels d'arbres. Des forêts de grands pins m'accompagnent toute la journée. Fait étonnant, des coqs chantaient sur tout le trajet vers North Danville et Sandown. Kingston est une bonne base pour rayonner tout autour au sud du New Hampshire. J'ai découvert les Selt Memorial Forest, qui signifie Southeast Land Trust of New Hampshire. Ce sont des points de départ pour des randonnées pédestres ou autre activités de plein air d'où il est permis de stationner pour la nuit. Au centre de Kingston, sur la rive de Great Pond, je retrouve un joli parc adossé derrière une immense église blanche. Il y a là une plateforme avec une grande croix dessus avec un panneau qui indique Pine Grove Mediation Garden. L'endroit est sublime. Un calme profond émane de partout dans Kingston et les alentours. Tout y est tellement paisible. Après ma randonnée, je profite des lieux pour faire du yoga après m'être baigné dans les eaux chaudes de Great Pond Beach. Ensuite, je pars faire une balade à Kingston State Park. J'aime particulièrement voyager en basse saison, où la plupart de ces lieux sont déserts. Ensuite, je pars vers Hampton Falls pour tenter de me trouver un spot pour la nuit. C'est pas facile de ce côté. Je réussis, non sans misère, à me trouver un spot sur une route déserte, face à un marais. Je m'installe pour la nuit, que la police vient de m'avertir de quitter les lieux après qu'une plainte a été formulée à mon égard. C'est la deuxième fois en quelques jours. Je me dirige à Exeter dans un petit stationnement d'Henderson-Swasey Town Forest. L'endroit est bien mais bruyant à cause de la route principale qui passe tout près. Ça fait une semaine que je suis parti et j'ai déjà cinq randonnées à vélo au compteur et une quinzaine de kilomètres de randonnée pédestre. Je suis très satisfait du travail accompli jusqu'à présent. Je fais un excellent voyage. Tantôt j'ai accroché, en reculant avec le campeur, une grosse aux lettres qui est tombée par terre. J'ai eu toute une frousse d'avoir cru brisé mon véhicule. L'un des supports à vélo sur le porte-bagages s'est tordu légèrement et une petite bosse sur l'arrière du véhicule est apparue sous le choc. Au petit parc où je me suis garé pour la nuit, je demande aux costauds gaillards si l'un d'eux voulait bien le remettre à l'endroit. En un rien de temps, le support à vélo a repris sa forme initiale. Pour la bosse, j'ai fait des retouches avec le crayon du garage prévu à cet effet. Il faut le savoir pour voir qu'il y a eu un choc. Au retour, j'irai dans un atelier d'esthétique faire polir le petit souvenir de voyage que je me serais volontiers passer. Demain, je reprends le vélo de l'endroit où je suis à Exeter pour me diriger au Massachusetts voisin.

1er juin | Powwow Conservation Area, Kingston, Southern New Hampshire
Une fois de plus je m'étais installé sur le prochain parcours à vélo. Toute la nuit, il a plu. Au réveil, je n'aurais pas cru que j'allais faire 55 kilomètres à vélo. Je débute la randonnée à Durham, une petite ville fondée en 1622 abritant un gigantesque campus universitaire. Lorsque les classes sont terminées au printemps, la ville devient déserte. Tous les stationnements dans le centre-ville et du campus requièrent un permis pour stationner. J'en trouve un, car je suis débrouillard. Le premier tronçon de vingt kilomètres est bondé de voitures, mais je traverse deux belles petites villes, Newmarket et Exeter. Cette dernière a été fondée en 1638. Exeter est une ville riche en histoire avec son vieux collège et ses nombreuses belles grandes demeures de différents types architecturaux. C'est une ville très cossue et bourgeoise. Je m'arrête prendre une tasse de thé. Elle sera gratuite car je trouve 20$ sur la terrasse du café. La suite du parcours est beaucoup plus belle en passant à travers les bois. Il n'y a qu'au Québec que les routes sont droites, chez les Anglais, on aime les courbes et c'est bien plus joli ainsi. Il y a une raison à cette histoire qui provient des seigneuries françaises. Dans tout l'est de l'Amérique à l'est du Mississippi, il n'y a que le Québec qui soit autant défriché Ici, je parle du sud des Laurentides jusqu'aux États-Unis. La colonie française avait besoin de nourrir ses colons. Et puis maintenant, on a l'air d'une bande de colons avec nos arbres allumettes et toutes ces terres agricoles à l'infini. À la fin de mon parcours, je vais faire un tour du côté de Dover. Il y a là-bas une autre cité au passé industriel avec notamment Cocheno Mills sur les rives de la rivière du même nom. Dover est à une dizaine de kilomètres du Maine. Et puis, je grimpe à Rochester pour y faire un peu de repérage pour mes prochaines randonnées à vélo. Rien à voir et à faire de ce côté, je redescends vers le sud jusqu'à Kingston Je m'installe pour la nuit à Powwow Conservation Area dans un épais couvert végétal et tout près de grandes étendues d'eau. J'ai passé maître dans l'art de trouver des beaux endroits pour dormir. Où je me retrouve est plus beau qu'un camping, les facilités en moins. Je trouve le drapeau américain magnifique avec ses étoiles réunies dans un rectangle aux couleurs attrayantes. Le drapeau symbolise l'unité, chacune des étoiles représentant chacun des états réunis dans un seul et unique pays. L'union fait la force. Ils l'ont l'affaire, les Américains, disait Elvis Gratton. Où je me retrouve, ce ne sont pas les choix pour faire de belles promenades à vélo. Je réussis à me dresser des itinéraires plus qu'acceptables, ne pouvant pas tous les faire et en tenant compte que certains passent sur des artères achalandées. Plus je pédale et mieux je dors en ruminant beaucoup moins qu'à la maison. Avec les sous ramassés, j'ai arrêté chez Market Basket, le meilleur, le plus grand et le plus économique supermarché du New Hampshire. J'y ai trouvé un comptoir à sandwichs frais préparés devant moi. Tiens, un douze pouces aux fruits de mer avec des tomates et des oignons pour 7,20$, taux de change inclus. Il est vrai que le goberge remplaçait les délicieux crustacés, mais après une aussi grande journée, ce sandwich fut très délicieux avec une bière sans alcool. Amen !
31 mai |
J'apprends ce matin que je m'étais installé cette nuit sur le parcours de vélo que je ferai par ce beau matin ensoleillé et frais. Je débute au village de Chester entre deux églises qui viennent de débuter la messe du dimanche. Plusieurs me parlent de Jésus en m'invitant au service. Il y a plein de gens aux states qui me salue, et ce, partout où je vais. Ici, ce n'est pas ce que les gens du Québec en pensent. Je ne comprends pas ceux qui voyagent en campeur et qui n'utilisent que les applications pour se trouver des spots pour dormir. J'ai toujours eu du flair pour dénicher des endroits spéciaux, et particulièrement aux États-Unis. J'entreprends ma septième année en van à me promener.dans le pays de l'oncle Sam. J'ai traversé le Canada d'un océan à l'autre et je préfère de loin venir chez nos voisins du sud. J'ai roulé aujourd'hui 45 kilomètres dans un décor époustouflant. Le terrain est vallonné comme je les aime. Je fais un ou deux pèlerinages par année à vélo de ce côté de la frontière, plus précisément en Nouvelle-Angleterre. Peu de cyclistes provenant du Québec peuvent se vanter d'avoir parcouru autant de beaux endroits en cyclotourisme que moi, en toute humilité. Ce périple a ceci de différent que je rapetisse beaucoup plus qu'à l'habitude avec moins de kilomètres au compteur à vélo. Je peux assurément avouer que j'ai un faible pour le sud du New Hampshire et le nord du Massachusetts. Mon trajet se déroule, comme depuis plusieurs jours, sous des tunnels de grands arbres. À chaque détour, j'aperçois des étangs et des marais. Ils sont nombreux au sud de l'état. Ces endroits sont à mon avis les plus beaux milieux de vie. Je pourrais aisément séjourner davantage au milieu des marais que sur les plages. Je termine la randonnée juste au moment où un gros orage éclate. J'ai de la chance, j'en ai toujours eu. C'est peut-être à cause de mon coffret à talismans qui m'accompagne dans la van et qui me porte bonheur. Merci à toi, Christophe, patron des voyageurs, de m'apporter autant d'indulgence envers ce que je vis. J'ai bien fait de ne pas rouler du côté de Lietchfield comme il était convenu hier. J'aime beaucoup où je me retrouve entre la mer, les montagnes et les vallons boisés pour rouler.et vivre. Partout où je croise mon regard, je ne vois que de la beauté et de l'harmonie. Encore faut-il savoir où aller. Il y a tellement à voir de ce côté que j'envisage même un retour éventuellement. Ici, le relief et les paysages sont ce qu'il y a de meilleur pour le cyclotourisme. Si on ajoute le côté historique de cette grande région à proximité de Boston, ce voyage représente pour moi ce qu'il y a de meilleur. Pourquoi pourrais-je encore penser aller si loin alors que le paradis est à portée de main ? Voyager en campeur, c'est la liberté extrême. Voyager en van et à vélo, c'est l'autonomie complète et le bonheur assuré. J'ai trouvé une mini canne à pêche aujourd'hui avec un hameçon avec une leurre dessus. Ceci est un autre signe de chance. Je suis installé pour la nuit sur York Lane Road à Lee, sur le terrain champêtre d'Hickory Nut Farm, dans le sud-est du New Hampshire. À quelques kilomètres d'où je suis, de vieux moulins, de belles rivières et Wiswall et Packer's Falls agrémentent mon passage dans cette magnifique région où très peu de touristes viennent. Ce soir, j'ai mangé un gros plat de pâtes avec la délicieuse sauce à la viande que l'une de mes amies m'a concoctée. Dans ce voyage et les autres qui ont précédé en campeur, je compose mon itinéraire à mesure que j'avance. Avant de partir, je trace les grandes lignes en délimitant un territoire. J'ai trouvé gravé sur un vieux tronc ce message sur le bord d'un étang. Ceci démontre combien sont nombreux les messages importants que je capte en voyageant de ce côté. If something touch the ode of our soul it's remembered forever and affects what ever comes afterwards. Si quelque chose touche l'ode de notre âme, cela reste gravé à jamais et influence tout ce qui s'ensuit. Tous les voyages que j'ai effectué aux États-Unis font partis de ceux-là.
30 mai | North Pond Wetland, Chester, Southern New Hampshire
Au réveil, des rafales de vent à 70 km/heure et de fortes pluies me réveillent. Comme j'ai toujours un plan B en pareilles circonstances, j'ai filé tout droit vers Nashua au sud du New Hampshire après un copieux déjeuner. Nashua est au confluent des rivières Nashua et Merrimack. Elle est la 2ᵉ plus grande ville du New Hampshire après Manchester, plus au nord. Située à la frontière du Massachusetts, la ville ouvrière compte 95,000 habitants. Mon objectif aujourd'hui est d'aller sur Canal Street pour m'imprégner de la riche histoire des anciennes usines de textiles et de chaussures. À l'instar de Manchester, les bâtiments ici rénovés font un kilomètre et demi et sont plus petits qu'à Manchester et Lowell au Massachusetts. L'inauguration des usines à Nashua en briques rouges, comme la plupart des bâtiments de cette époque, ont pris naissance en 1823. C'est dans ces années-là que furent construites les usines de Manchester et de Lowell, pour ne nommer que celles-là. En me promenant sous la pluie dans un froid glacial, je longe à pied le vieux canal où sont situées les anciennes usines. 7,300 travailleurs au maximum ont contribué à fabriquer des tissus et des chaussures. La plupart des vieux bâtiments ont été recyclés avec bon goût en appartements de luxe. Une résidente me dit qu'elle paie 2,500$ pour un trois pièces. Au retour dans le campeur pour me réchauffer, j'écoute l'ange vagabond de Richard Séguin. On the road again, tu cherchais qui, tu cherchais quoi. Une trace de toi, une parenté, comme un apôtre sans Jésus-Christ de Lowell jusqu'à L.A. en passant par le Merrimack. D’un bord à l’autre de ce pays, tu cherchais qui, tu cherchais quoi, ou un abri d’un bord à l’autre de ce pays. On the road again, au bout de ta peine, comme un requiem. J’avais des mots, des mots qui chantent sur ton rouleau. T’as pris la route du bout de la nuit. T’as viré d’boutte pour d'boutte dans les centres-villes américains qui ont désertés au profit des banlieues remplies d'automobiles et de centres commerciaux. J'ai pas pu m'empêcher de mettre quelques mots de ma part à ce texte si magnifique et rempli de sens. Je suis en direction d'un factory outlet pour regarder les chaussures. Je m'arrête en route pour manger dans un restaurant chinois. Il ne faut jamais se fier au linge que je me suis toujours dit. En entrant, deux énormes femmes obèses sont assises en attendant que la serveuse leur trouve une table. La salle à manger est déserte, sans aucune décoration ni fioriture, ni musique. La plupart des clients sont assis au miteux bar adjacent à la salle à manger aussi piteuse elle aussi. L'ambiance est bonne de ce côté avec les effluves d'alcool aidantes. Le menu est fastidieux et bon marché. Les deux dames obèses m'invitent à leurs tables, ce que je m'empresse de faire. La première, âgée de cinquante ans, sans enfants, ni conjoint, est inapte au travail. La seconde, âgée de soixante ans, elle aussi est inapte au travail. J'ai là devant moi, deux énormes femmes qui ne sont pas heureuses. Je suis mal à l'aise, mais je ne le fais pas paraître. Les assiettes appétissantes et bien garnies arrivent. J'ai deux viandes, du riz blanc et un délicieux bouillon très chaud pour douze dollars. Les deux femmes regardent leurs assiettes et ne mangent qu'une ou deux bouchées. Elles n'ont pas faim, mais elles aiment regarder leurs assiettes en pensant aux cornets de glace qu'elles vont s'offrir. Leurs journées seront faites. On parle de tout, allant de la politique à l'économie, de la culture et surtout de la bouffe. Elles sont sur l'assurance santé Medicare pour les personnes à faibles revenus. L'assurance qui leur coûte environ 150$ par mois ne couvre que vingt-cinq pourcent des soins. Et puis on parle nutrition en prenant soin de ne pas les vexer. Il est beaucoup plus facile de s'alimenter à bon prix dans le pays d'aliments de style junk food que de fruits et légumes. Les fruits et légumes coûtent plus cher que bien des aliments nocifs. Et c'est les gens peu instruits et les pauvres travailleurs au salaire minimum qui font les frais d'un système qui les corrompt. La culture, les revenus, l'éducation et la volonté sont nécessaires pour vivre décemment. Le salaire minimum aux États-Unis est d'environ 7,50$ de l'heure. Il y a davantage d'iniquité aux États-Unis qu'au Canada. Les mesures sociales ne suffisent pas. Les valeurs associées au travail sont plus prédominantes de ce côté de la frontière à cause des faibles mesures sociales et des croyances qu'il faut bâtir un pays sans relâche inconsciemment. Au Canada, la culture et les conditions de vie sont davantage homogènes qu'aux États-Unis. Pour un touriste comme moi, c'est plus distrayant d'assister à tous les contrastes que le pays m'offre. Y vivre serait une toute autre histoire. Je n'ai pas trouvé de chaussures à mon pied, mais j'ai trouvé un beau spot tranquille pour passer la nuit. Le grand corridor reliant Manchester à Nashua est une longue suite ininterrompue de congestion automobile et de banlieues. J'avais planifié un parcours à vélo pour demain que j'ai modifié mes plans pour un secteur beaucoup moins achalandé. Ça ne m'a pas pris beaucoup de temps pour trouver la perle rare pour poser mes pénates pour la nuit. Je m'installe, comme ça simplement avec l'arrivée du soleil à North Pond Wetland de Chester face à un étang bouillonnant d'oiseaux chanteurs et de castors qui branlent la queue en me souhaitant la bienvenue.

29 mai |Musquash Conservation Area, Duberton Center, New Hampshire
Il fait froid ce matin à Duberton, lieu de départ pour une très belle randonnée à vélo de 45 kilomètres. Le parcours vallonné regorge de murets de pierres sur les propriétés comme en Angleterre et au Connecticut. Je roule à travers des tunnels de grands feuillus, les conifères étant absents de ce côté. J'aime particulièrement le sud du New Hampshire et du Vermont ainsi que le nord du Massachusetts. Il y a 1,500,000 habitants au New Hampshire. C'est le 10ᵉ plus petit État américain du pays. La devise du New Hampshire, vivre libre ou mourir (live free or die), reflète son rôle dans la guerre d'indépendance américaine. Son surnom, l'état de granit, fait référence à ses vastes formations et carrières de granit. Le New Hampshire est bien connu pour organiser la première primaire du cycle électoral présidentiel américain et pour son influence résultante sur la politique électorale américaine. C'est pas étonnant qu'avec une devise comme cela de nombreux libertariens aient emménagé dans l'état, plusieurs étant élus au sein de l'administration. Le libertarianisme est une idéologie et une philosophie politique développée aux États-Unis autour d'un groupe de théories qui donnent une priorité stricte à la liberté et au droit naturel, mettant l'accent sur la liberté de choix, l'individualisme et l'association volontaire sur d'autres valeurs telles que l'autorité, la tradition et l'égalité. Après la randonnée, je fais du yoga à côté de la librairie de Dunbarton. La libraire me fait la jasette. Ses grands-parents étaient originaires du Québec comme beaucoup d'autres. Entre 1840 et 1930, environ 900,000 Canadiens français ont quitté le Canada pour les États-Unis. Ils ont quitté la belle province pour travailler dans les grandes usines de textiles le long de Merrimack River, notamment à Manchester et Nashua au New Hampshire et Lowell au Massachusetts. Après ma randonnée, je décide de traverser Manchester qui est tout près. La libraire m'a parlé des anciennes usines recyclées de Manchester, tout comme j'avais vu l'an dernier à pareille date à Lowell. Moi qui croyais que ces dernières étaient gigantesques, ma surprise fut grande de constater que celles de Manchester sont encore plus grandes. Je roule sur Canal Street, là où jadis un long canal traversait les usines pour contourner les cascades Amoskeag sur Merrimack River. Aujourd'hui, le canal a été rempli. Les amérindiens occupaient jadis ce site naturel. Il se dégage une belle ambiance dans cette ville de 115,000 habitants, la plus grande de l'état, et ce, grâce à tous les anciens bâtiments et vieilles demeures qui arpentent un périmètre de trois kilomètres par deux kilomètres. La société Amoskeag Manufacturing Company était un fabricant de textiles fondé à Manchester, dans le New Hampshire. Partie de modestes débuts, elle s'est développée tout au long du XIXᵉ siècle pour devenir la plus grande usine textile de coton au monde. À son apogée, Amoskeag employait 17,000 personnes et possédait une trentaine de bâtiments. Le complexe industriel d'Amoskeag a été considéré comme l'une des manifestations les plus remarquables de la culture urbaine et industrielle par la critique d'architecture du New York Times. En mai 1807, Samuel Blodgett acheva la construction d'un canal et d'un système d'écluses le long de la rivière Merrimack, à Derryfield, nom qui précédait Manchester. Son entreprise permit aux bateaux voyageant entre Concord et Nashua de contourner les chutes d'Amoskeag, ouvrant ainsi la voie au développement de la région et la reliant à un réseau la reliant à Boston. Blodgett envisageait l'émergence d'un Manchester américain, un centre textile hydraulique comparable à Manchester en Angleterre, qu'il avait récemment visité et qui était alors à l'avant-garde de la révolution industrielle. Il pleut, je dois me trouver un spot pour la nuit. Une douzaine d'œufs au supermarché coûte 1,29 $. J'achète un gros sac de croustilles et je bois une bière sans alcool. Je suis fatigué. Je peine à trouver un espace libre pour la nuit à mon goût. Il est 17h30. Je m'installe enfin pour la nuit à Musquash Conservation Area de Londonderry. C'est à mi-chemin entre Manchester et Nashua, la seconde grande ville du New Hampshire. Il y a peu de terrains vacants. J'irai de ce côté demain, il pleuvra. D'autres belles surprises m'y attendent.
28 mai | Blue Job Mountain State Forest, Farmington, New HampshireDépart ce matin pour une randonnée pédestre de sept kilomètres à Blue Job Mountain State Forest de Farmington. Deux beaux petits sommets m'enthousiasment à 378 mètres, dont l'un d'eux abrite une ancienne tour à feu et la vieille maison abandonnée du gardien de la tour. Malgré l'altitude assez modeste, la vue était fort belle là-haut. Ensuite je parcours en campeur à travers les petites routes boisées jusqu'à Concord, la capitale du New Hampshire. Avant d'y arriver, j'ai traversé de nombreuses petites forêts naturelles protégées. Concord est une ville administrative et de services d'une population de 45,000 habitants. La ville est verte et tranquille. Le centre-ville ne porte guère de joyeuses manifestations extraverties. C'est comme ça dans la plupart des villes anglo-saxonnes. Cela ne me déplaît guère. De toute façon, provenant d'une grande ville, mon objectif n'est pas de revivre la même chose. Je prends un repas dans un restaurant indien délicieux et abordable. C'est ma façon de célébrer mon passage dans la capitale de l'État. Je prends quelques photos du Capitole et je file ensuite à travers la multitude de petits chemins de traverse qui font le charme des lieux. Il n'y a pas d'industries lourdes dans la région. Concord est situé dans une région vallonnée et verdoyante. C'est très agréable de voir les belles grandes maisons un peu partout dans un décor enivrant à mon goût, du moins. Ça me prend du temps pour trouver mon spot pour la nuit. À partir de Concord vers le sud, la population est de plus en plus dense et laisse peu de place aux terrains vacants. C'est au sud de Concord que la grande majorité de la population se retrouve avec Nashua, Manchester et Rochester. Cette grande agglomération humaine et industrielle s'étend ensuite vers Lowell et Boston au Massachusetts. Malgré cela, tout est étonnamment harmonieux et de bon goût à part les grandes villes et banlieues que je viens de citer. Le périple que j'effectue cette année est mon premier road trip à vélo dans ce grand quadrilatère m'amenant du sud des Montagnes Blanches jusqu'à Salem et la côte est près de Boston, Bostonne pour les Anglais C'est pour cette raison que j'aime voyager du côté de la frontière chaque année, car aucun endroit du Québec ne possède autant de diversité et de contrastes. Je réussis à me trouver un beau spot pour la nuit à Stark Pond Wildlife Management Area de Duberton Center. Tout près d'ici, un barrage construit par l'armée américaine interdit tout campement. De grands panneaux bruns m'exposant à de sévères pénalités ne me laissent aucun choix que de regarder un peu plus loin. Une dizaine de chevreuils me souhaitent la bienvenue à quatre kilomètres des interdictions. D'ici je serai tout près de mon point de départ demain matin pour une randonnée à vélo entre Concord et Manchester. La grande chaleur des derniers jours m'a quitté pour plus de fraîcheur. Je ne me plaindrai guère de ces degrés en moins. Le voyage est très bien parti jusqu'à présent. Il est vrai que j'ai passé amplement de temps à le préparer. Dans tous ces voyages aux États-Unis, il y a une part d'organisation et une autre part de découvertes improvisées comme je sais bien les faire.

27 mai | Tamworth, New Hampshire
Je débute ma première randonnée à vélo de Tamworth, joli petit village de 2,000 habitants au pied des Whites Mountains National Forest. Les premiers dix kilomètres grimpent sans cesse mais sans que ce soit trop difficile, à part la chaleur qui frôle les 30 degrés, ce qui est inhabituel en mai. La boucle de quarante kilomètres traverse des paysages bucoliques de bosquets de lilas, de rivières et cascades translucides sur une route quasiment déserte. Les forêts de grands pins dominent le paysage. Tamworth fut réputé pour accueillir le plus vieux théâtre du pays, le Barnstrormers. Le site est charmant et composé de plusieurs vieilles grandes maisons. Tout près d'ici, les plus grandes agglomérations de l'état s'y retrouvent dans un long corridor qui s'étend jusqu'à Boston. Je poursuis en campeur vers le lac Winnipeesauke plus au sud, le plus grand du New Hampshire. Après avoir fait des provisions à Alton, je prends quelques routes de gravier pour enfin trouver le stationnement de Blue Job Mountain State Forest. Les tiques sont nombreuses et voraces. L'un d'entre eux a réussi à se frayer un chemin très profondément dans mon épiderme. Heureusement que j'ai mis un terme à sa course folle. Il est hors de question dans les États de la Nouvelle-Angleterre de marcher sans pantalons longs et sans crème à moustiques. J'ouvre tôt le lit pour lire sous le ventilateur en pensant à la petite randonnée pédestre que j'effectuerai demain au réveil au départ du stationnement où je me trouve. Au sud du New Hampshire, le terrain est sablonneux, tout comme l'état du Maine, qui est situé à une cinquantaine de kilomètres d'ici.
26 mai | Cold River, North Sandwich, New Hampshire
Départ de Québec le cœur léger et les fenêtres ouvertes en campeur pour un voyage à vélo au New Hampshire et au Massachusetts. La température est similaire au mois de juillet. La climatisation fonctionne à plein régime sur les heures de route qui me séparent de Québec à ma première nuitée au pied des Montagnes Blanches du New Hampshire. Je suis précisément au milieu de nulle part sur le bord de Cold River, à Foss Flats Road de North Sandwich. Un grand terrain gazonné sur le bord d'une jolie cascade d'eau fraîche me réjouit de sa rumeur. De cet endroit, il n'y a que trois chaises en plastique autour d'un petit foyer de pierre. L'endroit est très isolé. C'est le campement idéal après cette longue journée sur les autoroutes. Je suis à une dizaine de kilomètres de mon départ à vélo pour demain mercredi. Les moustiques sont venus me souhaiter la bienvenue. Mon périple d'une durée approximative de deux semaines se déroulera à deux cents kilomètres au nord de Boston, près du Maine. La plupart des parcours de dérouleront sur un terrain plat à légèrement vallonné. La distance moyenne des randonnées sera d'une soixante de kilomètres. C'est la meilleure période de l'année pour voyager, et faire du vélo où la température est clémente, la nature est la plus belle et les touristes sont peu nombreux à cette date. J'adore plus que tout voyager aux États-Unis pour y faire du vélo et me sentir complètement dépaysé et ce, à quelques heures de route de Québec. Et parce que j'ai aussi le temps de lire et de réfléchir, le soir venu. La catastrophe de l'exclusion commence très tôt. À l'amour, dès l'adolescence, un mot convient : celui de marché. Chacun dans ce commerce a une note qui varie selon l'apparence, la posture sociale, la fortune. Les splendides traînent derrière eux un cortège de soupirants, les vilains une foule de refus. Le sexe, offert en principe à tous en Occident, est un sexe refusé à beaucoup. Je tire ces propos des convoitises vespérales dans une brève éternité de Pascal Bruckner. Ce soir, j'ai l'âme en paix de me retrouver ici en complète autonomie au milieu des beautés naturelles de la Nouvelle Angleterre. Dans une autre vie, j'habitais dans ces contrées. Grande est la volupté d'être allongé dans mon lit à lire en sécurité dans mon petit cocon. J'aurais bien aimé avoir un campeur légèrement plus grand, mais bon, j'en possède déjà un, et c'est déjà pas mal. Ce matin en quittant la ville à l'heure de pointe, je trouvais qu'ils faisaient pitié tous ces gens s'agiter dans tous les sens. Et puis, je me retrouve ici à plus de cinq cents kilomètres. Et puis je ne m'ennuie pas d'eux ni de leurs galères.