Prédestiné

Bienvenue sur mon blogue personnel. Ce journal intimiste exprime un désir de dépassement et d'authenticité.

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Polarsteps



12 mai |

Une utopie bouffonne, éloge d'un vide permanent dans la distraction, a triomphé dans la très capitaliste Amérique du Nord qui invente au XXᵉ siècle l'empire du divertissement sans abolir pour autant le rôle du labeur. Ceux qui ont établi l'âge de la retraite à 65 ans ont agi ainsi car les gens mourraient à cet âge. On veut bien indemniser les travailleurs à condition qu'ils décèdent prématurément. Pour plusieurs retraités, le temps libre n'est pas toujours récupéré pour se cultiver, mais pour s'hypnotiser devant les écrans. J'ai passé le temps à succomber aux modes et aux idéologies. J'ai passé le temps à m'étourdir de tout et de rien. Kant demandait : que m'est-il permis d'espérer, de connaître et de croire ? Alterner entre la vie active et la vie contemplative est devenu mon letmotiv. À bien y penser, il l'a toujours été. Le temps d'apprendre à vivre, il est déjà trop tard, disait Aragon. La jeunesse a la beauté, le dynamisme, la curiosité, mais elle est l'âge qui tâtonne et qui trébuche. La vie est une incertitude qui dure et qui, tant qu'elle dure, nous garantit d'être vivant, poursuit Pascal Bruckner dans une brève éternité. Les limites n'existent que pour être repoussées. L'âge s'est emparé de moi par surprise. En l'occurrence, c'est la compression d'une existence en quelques minutes qui est effrayante. À peine a-t-on eu le temps de goûter à la vie, d'en savourer l'amertume et les délices, qu'on est devenu un vieux monsieur, une vieille dame. Oui je sais, je n'ai que peu de choses à dire en ce moment. Comment est-ce que je pourrai traduire cela ? À mesure que le beau temps arrive avec ses nouveaux bourgeons et la venue des tourterelles, mon esprit se réjouit du soleil et des vents extérieurs. Je passe ainsi d'une profonde introspection à une accalmie contemplative. Le cycle de la nature me traverse, car je fais partie intégrante d'elle-même. Dans quelques semaines, les histoires que j'aurai à raconter seront d'une autre nature à l'aube d'un grand voyage qui débutera sous peu. Ce sera l'occasion pour moi de passer des histoires d'hibernation à la version récit et aventure. Le fond restera le même, mais l'objet changera de décor. J'aurai tant de choses à découvrir avec moins de temps pour gémir. Ma plus belle saison est incontestablement le printemps. Je compte bien en profiter dans les jours qui vont suivre. Je n'ai plus autre chose à faire que de vivre et de regarder les oiseaux volés.


10 mai |

Belle vie de bavardage. Bavardage du début jusqu'à la fin. Le bavard est aveugle. Ma mère était bavarde en devenant aveugle à mes dix ans. C'est en devenant aveugle que les bavards naissent. Et depuis ce temps-là, j'ai de la misère à endurer les petits et les grands bavards. Ce n'est pas le désir de plaire qui anime le bavard, mais le désir de peupler. Pas de vide, que du remplissage. Et parce qu'en compagnie, il faut bien meubler. Ainsi le bavardage est-il le meilleur moyen de perdre son temps ? On n'est ni avec soi-même, ni avec le monde. En bavardant, tout se dissout à des vitesses éclair. Plus vite une décision est prise dans le bavardage et plus sera atroce la réalité qu'elle accouchera. Cela exige beaucoup de rigueur et de discipline lorsqu'on veut obtenir un bon dialogue. Avant d'exprimer des mots que l'on choisit dans tous bons dialogues, il est nécessaire de bien connaître au préalable, le sens de chaque mot énoncé. Plusieurs personnes choisissent certains mots sans véritablement savoir de quoi elles parlent. C'est pour cette raison que je participe à des ateliers de philosophie où chaque mot et chaque idée exprimée doivent être bien compris avant d'être dites. Il ne faut jamais sortir un objet de son contexte, nous dit Philippe Garnier. Se faire à l'idée d'une vie sans rendez-vous, serait-ce possible ? Plus rien dont l'attente pourrait me contracter et me crisper. Lorsqu'on ne va nulle part, tout devient destination en puissance. Il y a un moment où le désir et la peur deviennent invivables. Ne pas attendre le salut de l'humanité, mais simplement l'autobus. On fait tout pour avancer, mais sans aller vraiment nulle part. Il vaut mieux, même si c'est difficile, ne pas être en état de tout voir, de tout sentir et de tout comprendre. Une vigilance réduite est la condition de la paix d'esprit. Laissons nos perceptions se reposer afin de se reposer soi-même. Anticiper dans une juste mesure permet de prévenir certains dangers qui pourraient nous guetter. Trop d'anticipation a pour conséquence de souffrir bien inutilement. On n'élimine pas la peur, on se contente de la subir avec leurs cycles. Savoir vivre dans la déception est une question d'habileté. Dans la perte d'une croyance vient soudain le moment où l'on réalise qu'en fait, on ne l'avait jamais eue. Je viens de terminer le livre de Philippe Garnier sur la tiédeur qui me laisse une froide tiédeur dans le dos. Comment serait-il possible que la tiédeur soit chaude ou froide ? De ce petit ouvrage léger comme la tiédeur, je n'ai entendu qu'un incessant bavardage sur quelques éléments de la bêtise humaine. Sans faire de grandes vagues, il m'a néanmoins distrait sur quelques pages ici et là. En réalité, il possède la tiédeur de son titre sans vraiment décevoir ni surprendre. De nature honnête, il est juste un peu trop tiède pour retenir sa lecture ni tout à fait trop froide, ni trop chaude. J'ai réussi toutefois à récupérer quelques chapitres peu anodins pour m'exercer l'esprit et le plaisir que j'ai eu de lire.


8 mai |

S'efforcer de mener la vie du plus grand nombre. Non pas par solidarité, mais par conformisme. Faire partie de la majorité est à la fois réconfortant et malaisant. Le rythme du changement fait souffrir dans bien des cas. Le travail est pris pour ce qu'il est, c'est-à-dire une précieuse manière de perdre son temps, raconte Philippe Garnier. Le travail désintéressé que j'effectue en ce moment en train d'écrire relève davantage de la récupération d'idées et que de la création pure. Dans cet exemple précis, je mets en place les phrases de l'auteur comme il me convient. Cela est ma part de créativité, dans laquelle je préfère laisser parler l'autre, n'ayant que peu à dire en terme de profondeur pour le moment. Agissant ainsi, je continue à travailler sur mes études, ne prenant que très peu de pauses le soir venu. Je me tiens à égale distance entre l'oisif contemplatif et le workaholic. Le travail est stimulant car la routine empêche l'esprit de tourner sur lui-même. Il est aussi aliénant car il empêche le travailleur de se construire soi-même en absence de tâches rémunérées étant trop fatigué le soir venu. Avec l'âge de ma retraite, j'aime moins voir les choses bougé, sauf pour les quelques mois où je suis sur la route, et puis encore. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. La société est l'élément hors duquel il est impossible de vivre. Il convient donc de s'en accommoder. Trop d'engagement au sein de la vie sociale est aussi mauvais que trop de désengagement. Tout se décline aujourd'hui à une vitesse accélérée. Il n'y a que les salaires des riches qui pointent vers le haut alors que le reste du monde pointe vers le bas. Et si on a ce qu'on mérite par nos négligences de toujours remettre à demain ce qui est important de faire ici et maintenant ? Même les plaisanteries sont moins drôles qu'autrefois, ou bien nous n'avons plus de plaisir à rigoler. J'ai passé une époque où tout pouvait être dit. De nos jours, on doit toujours marcher sur des œufs lorsqu'on s'adresse à quelqu'un. La grande différence aujourd'hui est qu'internet franchit de grandes limites envers ceux qui sont sous le couvert de l'anonymat. Ainsi de retrouvant dans la vie réelle, les choses se compliquent pour eux en s'adressant avec autrui. Autre époque, autres mœurs. La lente décadence du monde s'apprivoise dans la tête et le cœur des hommes. Nous manquons inlassablement de courage. Nous avons baissé les bras, car les options réelles et la volonté nous manquent. Tout est devenu tellement tiède. Le tiède d'aujourd'hui se maintient entre le désir et la peur. Il préfère les écrans aux miroirs. À moins que les écrans ne leur servent de miroirs, a priori. Mais malgré toutes mes remontrances, je trouve que le système n'est pas si mauvais pour ceux et celles qui sont habiles pour y trouver leur place. Le système n'est pas fait pour les modérés, par exemple, le nombre d'heures à devoir travailler pour vivre décemment. Le contemporain est divorcé avec autrui et une partie de lui-même. La grisaille de vivre exprime le sentiment d'exil lié à la routine et au vide ambiant que la société génère. Le camouflage perpétuel est à ceux que l'on nomme les flancheurs chroniques qui s'affairent à de hauts postes de responsabilités. La société actuelle est une grosse image dont l'intérieur flanche de partout. Elle est à l'image des nids-de-poule et des chemins crevassés que l'on voit partout sur les routes. Je trouve qu'il manque de valorisation réelle envers ceux qui tentent de bâtir le pays. Une longue journée de bureau pour plusieurs se ramène à une guerre miniature. Une des raisons pour lesquelles je récite le charabia de cet auteur intéressant ce soir est que j'éprouve une certaine fatigue devant l'absorption inusitée et récente de caféine des derniers jours. N'ayant plus l'habitude de ce genre de substances, mon corps réagit fortement à la consommation même modérée de ces liqueurs qui prennent la forme de thé, de café et de chocolat noir. Il est de même pour toutes les boissons alcoolisées et les drogues douces. Bien que j'apprécie grandement leurs goûts, mon corps ne peut plus supporter ce genre de stimulants. Ces substances créent l'illusion d'être au réveil, mais après un certain temps, l'esprit s'endort aussi rapidement qu'il s'est réveillé quelques heures auparavant. Et si j'ajoute d'avoir eu à circuler en véhicule en ville à faire des courses, mes batteries tombent rapidement à plat. Être stressé ne favorise nullement la créativité. Je préfère de loin être somnolent que stressé. J'ai fait mes tests. Je me suis mis à jour. Le meilleur stimulant qui demeure est sans contredit l'exercice physique, le yoga, la littérature et les amis. Demain sera ma première grande randonnée à vélo de la saison. C'est à ce moment que je verrai si mes efforts de l'hiver dernier à m'entraîner porteront leurs fruits.


7 mai |

Il y a beaucoup d'agrément à se laisser dicter son emploi du temps par ses meubles, ses objets, le nettoyage et toutes les autres petites tâches au quotidien. Cela permet de boucler le circuit d'une journée en échappant au vertige du questionnement. Un rien suffit à créer une ambiance. Pour sentir le mal de vivre, il faut être endurci aux désagréments de la vie quotidienne. Je viens d'apprendre aux nouvelles que le budget pour les livres sera remis aux bonnes grâces des institutions scolaires qui devront décider entre les ballons et les livres. Qu'on en soit rendu là explique bien du peu d'importance réelle qu'a la société vis-à-vis de l'éducation. Qu'on veuille bien me dire que les technologies et les sports dans les écoles sont essentiels, il ne faudrait pas pour autant sacrifier les livres. Ce n'est pas toujours aux étudiants, dans ce cas précis, de déterminer ce qui est bon ou mauvais pour eux, mais aux enseignants et administrateurs de bonne foi. Pousser un ballon ou faire du jogging ne permet pas à ceux qui les pratiquent de négliger de s'instruire et de s'éduquer. Je ne suis pas contre le sport, y ayant fait ma carrière, mais je revendique la littérature en complément absolu. Personne ne peut nier que la littérature est en perte de vitesse comparativement aux technologies, mais il ne faut toutefois pas bannir les livres des écoles, ce qui causerait des préjudices immenses aux générations actuelles et futures. Entre le silence de la nature et le fracas des machines, il est encore une zone qui rétrécit sans cesse : celle des bruits de l'habitat, nous raconte Philippe Garnier dans la tiédeur, ou l'impossible désir de ne rien désirer. Il existe donc une place dans l'oscillation entre la conscience du vide et le divertissement, travail inclus. Cette oscillation est une condition juste à laquelle il serait vain d'essayer d'échapper. Une grande partie de mon quotidien, tout comme la grande majorité d'entre nous, sert à faire les courses. Qu'un vide persiste, que la consommation prend vite le relais. C'est ce qui m'est arrivé aujourd'hui en ce temps pluvieux et maussade. La consommation a pour effet de stimuler le désir et d'accroître une certaine part de satisfaction, voire de valorisation. C'est pour ça que les revenus des entreprises montent toujours en flèche dans bien des secteurs. Me retrouver seul chez moi est viable seulement si je peux en sortir. Ce va-et-vient demeure incontournable, comme je l'ai mentionné dans un chapitre précédent. Dans un tube de comprimés, voir la promesse d'une vie prolongée où plus rien ne risque de se produire est la réalité auquelle plusieurs font face. Chaque personne porte quelque chose qu’on ne voit pas toujours. Et on n’est pas obligé d’être parfait pour avoir de la valeur. La perfection n’arrive jamais vraiment. Et à force de courir après quelque chose d’idéal, on oublie parfois de vivre ce qui est déjà là. Seule l'habitude rend la vie supportable. Or l'habitude naît de l'immobilité prolongée. Mais rien n'est immobile sinon par le travail de l'illusion. L'imagerie virtuelle diffusée partout offre l'illusion de posséder. Le marché du travail est un leurre. Chacun croit y vivre une aventure. Gens de représentation ou d'entretien, tout le monde y passe.


5 mai |

Un brin de soleil pénètre dans mon logis très tôt le matin pour une heure environ. Une chaise légère et aérée m'accueille à la fenêtre qui me sourit légèrement. Il manque cruellement de soleil ces temps-ci. Il paraît que la santé mentale des milléniaux est plus précaire que celle de la génération qui les a précédés. Cela est dû en grande partie par trop d'écrans. Dans un reportage cette semaine à la Réunion, des naturalistes disent qu'un grand nombre de tortues meurent chaque année pour avoir avaler ou s'être pris dans du plastique. Et le nombre ne fait que croître sans que personne ne remettre en question la production de plastique à travers le monde. Il n'y a pas que les tortues qui se font prendre au piège. Des centaines d'espèces animales disparaissent ainsi chaque année. Nous ne sommes pas faits pour vivre à ce rythme effréné. C'est pourquoi nos corps réagissent par l'anxiété, l'épuisement et la maladie. Nous sommes faits pour la lenteur, le lien, la bienveillance, la nature, le rire et la pleine conscience. C'est là que nous avons notre place. C'est là que nous pouvons revenir. Et pourtant, aucun signe de ralentissement n'apparaît. Le monde est absurde car les humains qui y vivent sont absurdes. Leurs guerres sont absurdes car les hommes qui la font sont absurdes. En temps réel, nous avons les nouvelles du jour, pour ne pas dire de la minute, avec toutes sortes d'analystes et de spécialistes. En même temps, nous avons l'état des bourses qui est plus important que les gens qui meurent à chaque instant. N'est-ce pas là le symbole absolu de l'absurdité ? Et j'en passe. Tout m'angoisse, même l'idée de l'angoisse. Le lointain me fait du bien, il met mes angoisses pour quelque temps à distance. Quel calme ressenti lorsque l'égo se retire lorsque je suis au milieu de nulle part à regarder les étoiles. C'est parfois lorsque je suis le plus loin de moi que je suis le plus près. Je n'ai rien trouvé d'aussi émouvant que de dormir au milieu de nulle part en pleine nature ou dans un village isolé dans mon modeste campeur. C'est à ce moment que j'ai l'impression de ne faire qu'un avec l'univers. Mais cette impression ne dure pas pour l'éternité. L'idée de sécurité est un concept à la fois réel et abstrait. Abstrait, car les peurs qui m'habitent n'ont, bien souvent, rien à voir avec les dangers réels. Le plus grand danger qui me guette est de croire sans remettre en question mes pensées qui me traversent. Le plus grand danger est de m'identifier à mes pensées. Que sont mes peines face à la voie lactée ? Cela ne les annule pas mais les rend plus supportables. C'est pour ça que je possède cette petite boîte de tôle sur quatre roues. Sans cela, je ne pourrais pas trouver l'apaisement nécessaire pour vivre et survivre. Ce qui m'apaise surtout, c'est de faire l'expérience de l'unité qui consiste à faire un avec l'univers. Entre mes quatres murs, je me sens cloisonné et fractionné. J'ai besoin du sentiment d'appartenance à l'universel. L'expérience de l'action et de la contemplation devient essentielle. Voyager en campeur me transforme littéralement en me plongeant dans un monde que je ne soupçonnais pas. C'est pour ça ces temps-ci que j'éprouve davantage de difficultés à me concentrer pour lire et écrire. C'est qu'en réalité, l'appel des grands espaces et de l'inconnu se fait sentir très fort en ce moment. L'attente devient lourde. En moi, il y a une énergie refoulée profonde au point de ressentir certains malaises reliés à l'anxiété et à la perte de sens. L'éclat du chaud soleil me manque pour me donner le combustible nécessaire à ma vitalité. Mon hibernation n'a plus que duré. La lumière et la chaleur du soleil me guideront vers l'espoir. Avez-vous déjà remarqué que la légèreté dans le monde est souvent associé à la chaleur du soleil. Je rêve que bientôt, je ferai partie à nouveau d'un tout, m'imprégnant de beautés intenses et de joies retrouvées. Quand donc suis-je plus vrai que lorsque je suis le monde, disait Camus ? Ce n'est plus d'être heureux que je souhaite maintenant, mais d'être conscient. L'absurde chez Camus est une mystique du silence et de l'immanence. Tout cela avant passera inévitablement sur une politique de la révolte et une éthique de l'amour. Il n'y a plus de dogme, d'acte de foi ou de philosophie, mais seulement des expériences qui font le réel travail. Il y a tant de projections narcissiques et de peurs. Vous est-il déjà arrivé de ressentir une scission entre le moi et le monde extérieur ? Jamais je n'avais ressenti ce sentiment aussi fort que maintenant. La différence entre hier et aujourd'hui, c'est que j'étais davantage intégré et fusionné à la nature. Vous est-il déjà arrivé de ressentir que vous étiez projeté hors du monde ? Dans mon cas, j'ai souvent ressenti que je n'avais jamais été projeté hors du monde pour la simple raison que j'ai toujours cru ne pas en faire partie. Bien entendu, cette affirmation n'est qu'une fausse croyance, étant aussi réelle qu'erronée. Je livre ici beaucoup de secrets et de confidences. Qui devraient-ils s'en vexer ? À constater le peu de commentaires de mes écrits, je prends de plus en plus conscience que le blogue n'est que l'écho de ma propre voix, de mon propre esprit, dans une mer d'indifférence et de solitude. Je sais. Vous n'avez pas besoin de préciser ou de vous justifiez que vous êtes occupé à d'autres choses ou à vous-mêmes.

2 mai |

Le caractère exponentiel du développement du capitalisme produit de la ruine. Ça ne paraît pas toujours à vue d'œil, mais se sont toujours des ruines parce qu'on a tout construit par-dessus ce qui existe déjà. À Québec, jadis, existaient d'innombrables petits ruisseaux qui serpentaient du piedmont des Laurentides jusqu'au fleuve Saint Laurent. La plupart de ces cours d'eau ont été enfouis sous le macadam de la cité dans une multitude de canalisations. En plein cœur de Manhattan, où je suis allé l'été dernier, il y avait à un carrefour un étang où coulait une petite ruisseau. Jadis, c'était le centre névralgique de New Amsterdam, la première colonie européenne à s'installer avant qu'elle change de nom pour New York. Plus rien ne ressemble à cette ancienne colonie où des terres étaient cultivées sous de grands arbres près de l'étang, communément appelé Collect Pond. C'était l'étang historique le plus important du sud de Manhattan au XVIIe et XVIIIe siècle, situé près de l'actuelle Foley Square. Source d'eau douce cruciale, elle a été polluée et comblée vers 1810 en raison de problèmes sanitaires, et remplacée par le quartier résidentiel de Five Points, puis par des infrastructures urbaines. Cette histoire particulière est très intéressante, surtout si on aime l'histoire. J'aime revoir en images et en histoires ces lieux qui, jadis, n'étaient vraisemblablement pas les mêmes. Bien avant que les européens habitaient les lieux, les amérindiens vivaient là depuis des milliers d'années. Qu'est-ce que la spiritualité ? C'est la vie de l'esprit. Mais qu'est-ce qu'un esprit? Une chose qui pense, répondait Descartes. L'esprit est une chose qui doute, qui conçoit, qui s'affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine et qui sent. L'esprit aussi est bien plus que ça. L'esprit n'est pas une substance; c'est une fonction, une force, c'est un acte, nous raconte André Comte-Sponville. Être matérialiste, au sens philosophique du terme, c'est nier l'indépendance ontologique de l'esprit. Le terme ontologique qualifie ce qui se rapporte à l'ontologie, branche de la philosophie étudiant l'être, l'existence et la nature de la réalité en soi. Il y a plus que la conscience, il y a plus que la vérité. La méditation, disait Krishnamurti, est le silence de la pensée. C'est se libérer du connu, pour accéder au réel. Toutes nos explications et nos concepts ne sont que des mots. Il n'est pas question d'y renoncer ; écrirais-je un journal autrement ? J'aime m'imaginer des lieux qui ne soient pas souillés par les hommes. J'aime aussi les lieux qui ne possèdent pas une multitude de sédiments qui recouvrent chacune des générations qui ont vécues sur une terre. La plupart des anciens bâtiments importants que composent une cité ont été construits sur les emplacements des peuples conquis. Il en est ainsi des lieux de cultes qui accumulent diverses couches de communautés soumises par ceux qu'on nomme les conquérants. Aujourd'hui, ces valeureux conquérants s'appellent les promoteurs, envers qui nous prêtons toute notre attention et notre respect pour la simple raison qu'ils ont du pouvoir. La vie me réserve son lot de surprises au quotidien. Aujourd'hui, j'ai trouvé une belle étoile de rotin que j'ai conservé comme porte-bonheur. C'est pas à tous les jours qu'on met la main sur sa bonne étoile. Depuis toujours, j'ai une large collection de petits portes-bonheur. Je crois que le mot porte-chance serait davantage adapté à ces petits objets vibrants de sens et de chance dans la tête des gens qui les possèdent. Je porte beaucoup attention à tous ces signes, et plus encore. Je crois inexorablement à la chance, au destin et au hasard. À défaut d'espérer, j'agis. J'ai tellement trouvé toutes sortes de choses dans mon existence que je m'en étonne encore. Parfois je me demande si les gens regardent en marchant. Le talisman est cette forme de porte- bonheur. L'œil grec est l'un des plus anciens talismans, qui prend son origine dans l'Égypte ancienne. Il ornait les navires pour apporter la chance aux marins devant les dangers de la mer qui les guettaient à chaque traversée. Il protégeait du mauvais oeil. Les porte-bonheur peuvent être aussi bien une amie ou une fleur. Il est intéressant d'énumérer les talismans qui nous protègent dans son environnement. J'ai, depuis aussi loin que je me souvienne, eu des gens qui m'ont apporté de la chance. Il y a toujours eu une personne qui est apparue au moment le plus opportun. Ces bonnes gens se sont relayées au fil de mon existence, telle une longue chaîne humaine qui fraye son chemin le long de la rivière jusqu'à sa source. Le symbole est fort. La vie l'est tout autant. Oui, j'ai eu de la chance, je l'admet. Je suis reconnaissant envers la vie. Malgré l'adversité, une grande part de moi à toujours été libre. Libre de plusieurs choses, mais enchaîné sur plusieurs prismes de ma pensée. J'ai une curieuse appréhension à propos du temps qui arrange les choses. Laissez-moi y réfléchir; je vous y reviendrai demain.


1er mai |

Ici, l'objet de la consommation devient le pur indice de la culture. La culture de notre société équivaut aux produits de consommation que nous utilisons à grand usage. J'ai parfois l'impression de ne rien créer, mais simplement de copier. Avez-vous l'impression que le monde d'aujourd'hui n'est qu'une grande reproduction du déjà-vu ? L'intelligence artificielle n'est-elle pas le fruit d'une reproduction à grande échelle qui ne fait que copier ce qui a déjà été vu ou entendu ? Sa différence réside dans la vitesse à laquelle elle peut faire des opérations, ce qui est nettement nouveau à l'heure actuelle. En réalité, elle ne crée rien de nouveau à part que de faire des calculs. Il lui manque l'intelligence émotionnelle pour pouvoir créer. Les gens d'aujourd'hui sont devenus des tièdes si on les compare à ceux d'hier. Je pourrai plus longtemps vous parler de la tiédeur en recevant sous peu le livre de Philippe Garnier qui parle de ce sujet. Pierre Nepveu appelle la dévastation programmée et l'effacement tranquille des lieux qui forment nos vies. Serait-ce parce que nous changeons qu'on devient si indifférent ou bien c'est l'indifférence qui nous transforme ? À force de regarder les trains passer, perdons-nous la force de vouloir changer quoi que ce soit qui sortent de nos écrans et de notre torpeur. Est-il possible que nous ayons perdu tout espoir de transformer le monde ? Serait-il possible que nous ayons déjà amorcé la décroissance par notre indifférence et notre désespoir ? Et si la vie, telle que nous la connaissons, n'était qu'un ensemble de cycles qui se répètent sans cesse ? La différence aujourd'hui, c'est que les cycles de la nature se trouvent fortement perturbés par notre pouvoir de destruction quintuplé par les moyens dont nous disposons. La démolition célèbre le culte de la nouveauté sans cesse car nous ne savons jamais nous satisfaire. De ces faits, nous ne cessons d'évoquer le progrès comme alibi. Notre cupidité se cache derrière l'idée du progrès. Marie-Hélène Voyer dit qu'on s'évertue à démolir ce vaste presque-pays depuis des décennies pour bâtir du vide, joyeusement tourné vers l'avenir. Aucunes grandes bannières commerciales ne manquent au Nouveau-Monde que nous avons choisi de construire et qui dessine un paysage de partout et de nulle part à la fois. C'est comme ça que le Québec s'est construit depuis des décennies et qui continuera de s'effacer dans la médiocrité pour longtemps encore. On dira qu'il y a des quartiers où c'est différent avec des boutiques locales et personnalisées. Toute cette panoplie de petits commerces au cœur des villes illustre bien les divisions de classes qu'ils exercent par les prix exorbitants qu'affichent l'ensemble des produits offerts. Et pendant tout ce temps, la plupart de nos ressources partent pour l'étranger, garnir les coffres des multinationales qui nous revendront ensuite au quadruple les produits transformés. À titre d'exemple, mon père avait de magnifiques bibliothèques en érable avec des panneaux de verre rétractables. C'était ce qu'il y avait de plus beau chez moi lorsque j'étais enfant. À son décès, ma mère a déposé toutes les bibliothèques et les livres à l'intérieur à la poubelle sur le bord de la rue. Depuis, la seule bibliothèque que je possède est en mélamine. Les promoteurs d'aujourd'hui ne sont que des pilleurs d'héritage. Il y a tellement de patrimoine enfoui sous le bitume que j'ai quasiment envie de pleurer. Comment arrive-t-on à liquider de cette façon l'héritage que nous a légué les générations qui nous ont précédés ? Cela démontre le peu de respect que nous avons envers ceux qui nous ont mis au monde. Au-delà des budgets souvent faméliques des petites et moyennes villes de la province, il est ardu de départager ce qui relève de la mauvaise foi, de l'ignorance ou de l'arbitraire dans ces motifs tortueux qui guident les décisions de nos élus en matière de sauvegarde du patrimoine. C'est de même car c'est de même, diront certains des plus ignares d'entre eux.

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